Mort d'une Nigériane dans les Hautes-Alpes : le procureur général de Grenoble refuse de rouvrir l'enquête

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Écrit par Marie Perrier avec AFP

En mai 2018, une jeune nigériane de 21 ans s’est noyée dans les Hautes-Alpes après avoir franchi la frontière italienne. A la suite d’un non-lieu prononcé par le parquet de Gap, l’enquête a été portée par des proches de la victime devant la Cour d’appel de Grenoble. Le procureur général, saisi pour rouvrir l’enquête, a refusé leur demande le 23 juin dernier.

La justice n'envisage pas de rouvrir l'enquête sur la mort d'une Nigériane en 2018 dans les Hautes-Alpes, a déploré jeudi 30 juin l'association de défense des migrants qui en avait fait la demande avec la sœur de la victime.

Blessing Matthew, 21 ans au moment des faits, avait été retrouvée noyée le 9 mai 2018 dans la Durance, après avoir franchi la frontière en provenance d'Italie.

L'enquête sur les circonstances du décès, portant notamment sur un contrôle de gendarmerie survenu deux jours plus tôt à la frontière, avait d'abord été classée sans suite par le parquet de Gap.

La sœur de la victime, Christiana Obie Darko, avait déposé plainte avec constitution de partie civile et une information judiciaire avait été ouverte. Elle a conclu à un non-lieu prononcé le 18 juin 2020 et confirmé, le 9 février 2021, par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Grenoble.

Un nouveau témoignage qui pourrait "rebattre totalement les cartes" ?

Le 13 juin dernier, l'association Tous Migrants et la sœur de l'exilée ont déposé une demande de réouverture d'information judiciaire à la lumière d'un nouveau témoignage de nature, selon elles, "à rebattre totalement les cartes".

Mais dix jours plus tard, le procureur général de Grenoble leur a fait savoir, dans un courrier dont l'AFP a pu prendre connaissance, qu'il n'envisageait pas de saisir la chambre de l'instruction à cette fin.

Cette décision "qui tient en quelques lignes et qui a été prise en très peu de temps, balaye tous les éléments nouveaux apportés par notre enquête", déplore le collectif de soutien aux migrants dans un communiqué.

Selon les parties civiles, le témoignage, fourni par un membre du "groupe d'exilés pourchassés par les gendarmes", révélait pour la première fois "l'existence d'un véritable guet-apens".

Pour le procureur général, "l'existence du témoin était connue" : "les enquêteurs avaient eu deux contacts téléphoniques avec lui, les 14 et 15 mai 2018, et il n'avait pas évoqué de guet-apens", écrit le magistrat dans sa réponse. "La chambre de l'instruction avait expressément indiqué que son audition n'était pas utile à la manifestation de la vérité", ajoute-t-il.

L'association Tous Migrants estime que la situation personnelle de ce témoin direct des faits, à l'époque, ne lui avait pas permis "d'être entendu physiquement par les enquêteurs de façon sereine".