VIDEO. Grenoble mauvais élève du tri sélectif : "Avec un taux de refus de 38 %, on a encore des progrès à faire"

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Écrit par AH

Vous triez vos déchets ménagers pour faire un geste pour la planète mais le faites-vous correctement ? L’agglomération de Grenoble n’est pas la championne du tri : 38 % des déchets glissés dans la poubelle verte ne sont pas recyclables. Nous sommes allés au centre de tri Athanor à La Tronche pour mieux comprendre comment ça marche.

Chaque matin, c’est le même scénario au centre de tri Athanor, situé à La Tronche près de Grenoble. Après avoir collecté les déchets dans les rues, des dizaines de camions venant de toute l’agglomération grenobloise mais aussi de 7 autres collectivités du Sud-Isère viennent décharger la matière sur le site. Des papiers, plastiques, cartons ou métaux qui vont ensuite être séparés et compactés pour être envoyés dans des usines de recyclage. Malheureusement, les erreurs de tri des particuliers rendent le processus moins efficace, plus coûteux et parfois dangereux.

>> Revoir le reportage réalisé par Anne Hédiard, Yves-Marie Glo, Sylvain Dumaine et Eric Achard pour savoir comment mieux trier ses déchets ménagers et pourquoi.

800 tonnes de déchets valorisés chaque semaine

Tous ces déchets sont déversés dans d’immenses fosses avant d’être triés. “Pour vous donner une idée, sur l’année 2021, on a trié 42 000 tonnes de déchets, ça fait environ 800 tonnes par semaine”, précise Romain Chireux, directeur adjoint du centre de tri. Les camions sont pesés à l’entrée et à la sortie du site. Ainsi, on peut connaître la masse de déchets par secteur. Mais on peut aussi analyser ces déchets.

Un échantillonnage pour mesurer la qualité du tri

Ce matin-là, un camion déverse son chargement directement sur la plate-forme et une pelleteuse en récupère une partie pour la reverser dans des containers. Ces déchets seront scrutés de près. “On a un plan d’échantillonnage que l’on fait sur l’année, explique Cathy Virando, responsable du service tri qualité, on récupère des secteurs sur les 49 communes de la métropole. Aujourd’hui, on récupère celui de Meylan. Le client va venir faire la caractérisation avec nous pour déterminer ce que l’on a comme matériaux dans cette poubelle, pour savoir si le tri est bien fait au niveau de la collecte sélective”. Cette analyse doit permettre aux communes et de mettre en place des actions ciblées pour améliorer la collecte.

38 % de rejets

Et il y en a besoin. Car l'agglomération de Grenoble fait partie des mauvais élèves avec un taux de refus de 38%. "Ça veut dire que sur 100 tonnes de collecte sélective, on a 38 tonnes de déchets qui ne sont pas des matériaux valorisables, explique Romain Chireux. On a des encombrants, des végétaux, des bouteilles de gaz, on a beaucoup de verre aussi. Ce sont des déchets qui normalement devraient être gérés par des déchetteries communales. Les gens ne sont pas forcément respectueux de toutes les consignes de tri qui sont en place sur le groupement.” Et c’est un problème car “ce mauvais tri” peut avoir de lourdes conséquences au niveau humain et matériel.

Des conséquences matérielles...

La première étape du processus de recyclage, c’est le tri mécanisé. Tous les déchets provenant de la collecte sélective sont déposés sur des tapis roulants, des “trieuses optiques”. “La matière passe sur une bande accélératrice au-dessus de laquelle se trouve un scanner couplé avec un ordinateur qui va lire la matière et en fonction de la composition de la matière ou de la couleur du matériau on va séparer le papier du carton, une bouteille claire d’une bouteille foncée… La séparation se fait par principe d’éjection avec un système d’air comprimé”, précise Romain Chireux. Les erreurs de tri peuvent être à l’origine de l’arrêt des trieuses. Quand il y a des encombrants par exemple qui bloquent le tapis ou bien des morceaux de verre qui l’endommagent. “Cela représente des coûts financiers importants”, admet Romain Chireux qui précise cependant que ce n’est pas le plus important.

... Et humaines

Ce verre par exemple, qui n’a rien à faire dans une poubelle de collecte sélective des déchets ménagers, peut être à l’origine de blessures pour les salariés. “Et notre priorité, c’est de protéger l’intégrité physique de nos salariés”, ajoute le directeur adjoint d’Athanor. Car tout le tri ne peut pas se faire de façon mécanique. Et en fin de parcours, les opérateurs de tri sont là pour enlever à la main certains déchets. Sur le tapis des cartons par exemple, les opérateurs vont retirer tout ce qui n’est pas du carton.

Stop aux sacs-poubelles

Trop souvent encore, les gens jettent des sacs-poubelles dans le bac de tri sélectif. Et même si à l’intérieur, il n’y a que des déchets recyclables, ils seront mis de côté et incinérés. “Le tri sélectif des déchets ménagers doit se faire en vrac. On ne met pas ça dans des sacs-poubelle sinon ça empêche le process de trier correctement et les opérateurs de tri n’y voient pas mieux. Cela revient à ne pas trier”, conclut Romain Chireux.

Bientôt un nouveau centre de tri

A côté de l’usine Athanor, un énorme chantier est en cours. C’est la construction d’un nouveau centre de tri. L’actuel est obsolète. Il a plus de trente ans, les machines-outils tombent régulièrement en panne et les conditions de travail pour les opérateurs ne sont pas satisfaisantes. “On a besoin d’un nouveau centre de tri surtout pour traiter davantage de volume, déclare Lionel Coiffard, vice-président de Grenoble Alpes Métropole chargé de la collecte et du traitement des déchets. Là on travaille déjà aux trois-huit, 6 jours sur 7, il n’est pas possible d’avaler davantage d’emballages. Avec ce nouveau centre de tri, on augmente la capacité de 30 à 40 %. C’est énorme, on parle de dizaines de milliers de tonnes supplémentaires”.

Et c’est important de recycler davantage. Pour l’environnement d’abord mais c’est aussi une question économique. Ces déchets, qui autrefois coûtaient de l’argent à détruire, incinérer ou enfouir, rapportent aujourd’hui. “Ces déchets deviennent de plus en plus lucratifs, confirme Lionel Coiffard. La ferraille par exemple, aujourd’hui on la commercialise, c’est 200 euros la tonne, avant on payait pour s’en débarrasser. Un évier en inox c’est 8 000 euros la tonne et même le plastique fait à base de pétrole commence à avoir une valeur considérable, les gens se battent pour récupérer nos plastiques."