Meurtre de Maëlys : "Je n'ai plus le droit de vivre", la famille Lelandais "dommage collatéral" du procès

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La mère, la demi-sœur et le frère de Nordahl Lelandais, interrogés devant la cour d'assises de l'Isère depuis ce lundi 31 janvier, ont évoqué une situation familiale en délitement depuis le début de l'affaire Maëlys, avec un quotidien marqué par les agressions et les insultes.

"Tout le monde nous a tourné le dos. Tout le monde", confie Sven Lelandais, frère de Nordahl jugé devant la cour d'assises de l'Isère depuis ce lundi 31 janvier pour le meurtre de Maëlys et des agressions sexuelles sur deux de ses cousines.

Comme sa sœur et sa mère la veille, il a fait part d'une situation familiale au bord du gouffre depuis le début de cette affaire en 2017. Pour lui, "l'enfer est arrivé."

Absent lors de son premier procès à Chambéry, pour le meurtre d'Arthur Noyer, le témoignage de Sven était attendu, ce mardi. Pendant de longues minutes, ce saisonnier en station de ski, âgé d'une quarantaine d'années, a cherché ses mots. Malgré toutes les accusations qui pèsent sur son petit frère, il le "respecte" encore.

Le dernier cercle

Il fait partie, comme sa sœur et sa mère, des derniers membres du cercle familial de Nordahl Lelandais. Les seuls à encore s'entretenir avec lui, depuis son incarcération au centre pénitentiaire de Saint-Quentin-Fallavier (Isère). Tous ses amis ont coupé les ponts.

La veille au soir, sa demi-sœur s'expliquait : "Quand on est dans sa situation, je pense que c'est bien qu'il y ait quelqu'un qui reste quand les autres partent." Cette mère de famille, plus âgée que Nordahl Lelandais de six ans, avait ensuite ajouté : "Mais, bien sûr, ça (les agissements reprochés à son frère, ndlr) me font horreur, c'est marqué au fer rouge. C'est très grave. Il n'y a pas de mot pour ça."

Une enfance "tranquille"

Les trois membres de la famille Lelandais ont évoqué une enfance "tranquille", "comme un long fleuve tranquille", du fils cadet. Il est décrit comme quelqu'un de "doux", "gentil" et même de "serviable".

Doué pour les activités physiques, son parcours scolaire et professionnel est, lui, plus en dents de scie. Sa mère explique qu'il a arrêté ses études en classe de 4e. A 17 ans, il s'engage dans l'armée. Après quatre ans de service et suite à une blessure à un œil, il se rapproche de sa famille.

"Nordahl est comme un roc" quand il revient, selon son frère, "plus droit que droit, mais plus froid." Sven lui porte une certaine admiration : "Il a la sagesse quand il parle. (...) J'étais content de le voir revenir pendant ses permissions. J'étais, et je suis, fier de lui qu'il ait fait l'armée."

"Plus le droit de sourire"

Le clan Lelandais peine à expliquer les motivations de Nordahl. De concert, ils parlent d'"incompréhension", mais aussi de sa consommation de drogues et d'alcool : "En 2017, il plonge. Il n'était pas bien du tout", se souvient sa mère.

"Avec la drogue et l'alcool, ça amplifie. C'est un cocktail explosif. Je pense que c'est à cause de ça qu'il est parti en vrille, que son esprit a divagué", explique son frère.

Lui essaie de passer à autre chose, "d'aller de l'avant". Devant la cour, il explique qu'il a entamé des démarches pour changer d'identité, "de nom et de prénom" pour "avancer dans la vie".

Je n'ai le droit de rien faire, je n'ai pas le droit de vivre. J'ai juste le droit de crever...

La mère de Nordahl Lelandais.

S'appeler Lelandais est synonyme d'"agressions physiques et verbales" pour Sven. Pour sa demi-sœur, ce sont "des menaces, des insultes, une perte de confiance".

"J'aimerais qu’il se soulage en disant ce qui a été fait, a demandé Sven, après un long silence face à la cour d'assises. Je pense que beaucoup de monde attend la vérité. Ca ne pourra lui faire que du bien de s'expliquer, parce que la famille de la petite et notre famille, on est des dommages collatéraux. Ils ont besoin de comprendre et nous aussi."

"Être la mère de Nordahl Lelandais est une difficulté incommensurable, décrit la mère, émue jusqu'aux larmes. On est insulté, on ne peut plus bouger, on ne peut plus faire ses courses. Je n'ai pas le droit d'aller au cinéma. Je n'ai le droit de rien faire, je n'ai pas le droit de vivre. J'ai juste le droit de crever... Je n'ai pas le droit de vivre, je n'ai pas le droit de sourire."