Rumeurs d'enlèvements d'enfants : la psychose de la camionnette blanche a concerné l'Isère à 2 reprises déjà

- Photo d'illustration - / © William WEST / AFP
- Photo d'illustration - / © William WEST / AFP

Elles se répandent via les réseaux sociaux et ont parfois de graves conséquences avec le lynchage ces derniers jours de 2 personnes en Île-de-France. Les rumeurs d'enlèvements d'enfants dans une camionnette blanche ont déjà, par le passé, concerné au moins à 2 reprises le département de l'Isère.
 

Par Yann Gonon

La rumeur a eu cette fois des conséquences dramatiques en Île-de-France avec l'agression de 2 personnes de la communauté Rom. En Isère, à 2 reprises au moins, des histoires de tentative d'enlèvements d'enfants dans des camionnettes blanches ont également suscité l'émoi, heureusement sans faire de victime.
 

"Les camionettes sont souvent blanches"


L'une de ces "affaires" de rumeurs remonte au mois de février 2016 à Saint-Egrève dans l'agglomération de Grenoble. Un conducteur, à bord d'une camionnette blanche avait abordé un jeune garçon près d'une école. Rien d'inquiétant aux dires des gendarmes mais la psychose avait fait son chemin sur les réseaux sociaux, comme souvent à partir d'un fait visiblement anodin.

Cette fois déjà, une camionnette blanche avait attiré l'attention. "Les camionnettes sont souvent blanches", faisait remarquer un enquêteur, "donc en donnant ce détail on donne l'impression d'avoir un élément crédible à ceux qui regardent Facebook, or ça fait rarement avancer une enquête". 
 

Une autre histoire de camionette blanche avait fait souffler un petit vent de panique, cette fois du côté de Vienne. C'était le 21 septembre 2018. En début d'après-midi, un homme au volant d'une camionette, blanche encore une fois, avait abordé une adolescente de 13 ans. Là encore, les spéculations étaient allées bon train sur les réseaux sociaux. Les faits avaient été présentés comme une tentative d'enlèvement. L'enquête avait vite conclu à une simple tentative de "drague" de mauvais goût et en aucun cas à une tentative d'enlèvement.
 


Des conséquences dramatiques


Les rumeurs de tentatives d'enlèvements d'enfants à bord de camionettes blanches ressurgissent régulièrement sur les réseaux sociaux. C'est le cas notamment depuis le début de l'année 2019 en Île-de-France, comme l'explique le journal Le Monde. Pourtant, "les rumeurs de kidnapping d'enfants avec une camionnette sont totalement infondées" a insisté, ce mardi 26 mars 2019, la préfecture de police de Paris sur son compte twitter.
 

Ces dernières rumeurs ont eu des conséquences dramatiques. Le 16 mars dernier, à Colombes dans les Hauts-de-Seine, une vingtaine de jeunes avaient pris à partie les occupants d'une camionnette blanche, selon une source policière. Les deux hommes, appartenant à la communauté Rom, avaient été désignés, à tort sur les réseaux sociaux, comme étant à l'origine d'enlèvements d'enfants. Légèrement blessés, ils ont réussi à s'extirper du véhicule pour se réfugier dans un hall d'immeuble. Ils n'ont pas porté plainte.


Fake news, ce que dit la loi


Ce mercredi 27 mars 2019, le chef de file des députés En Marche Gilles Le Gendre s'est dit "très favorable" à des sanctions financières à l'encontre des réseaux sociaux, après les violences visant des Roms désignés par des rumeurs comme étant à l'origine d'enlèvements d'enfants."Il faudra que les réseaux sociaux, les plateformes se donnent les moyens d'être très transparents sur ces sujets-là", a-t-il ajouté.

L'élu LREM a rappelé que les députés avaient "un énorme chantier concernant les +fake news+, le complotisme, la manipulation. Nous l'attaquons par petits bouts. Nous allons voter bientôt une proposition de loi sur les propos haineux sur internet. C'est une première étape". Emmanuel Macron avait lui-même fait de la lutte contre les fake news l'une de ses priorités lors de ses voeux à la presse début 2018.

Aujourd'hui, la lutte contre les fausses nouvelles relève toujours de la loi sur la presse de 1881 qui indique que "la publication, la diffusion ou la reproduction, par quelque moyen que ce soit, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers lorsque, faite de mauvaise foi, elle aura troublé la paix publique, ou aura été susceptible de la troubler, sera punie d'une amende de 45 000 euros".
 

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