Italie : à Turin, depuis 13 ans, une piscine autorise le burkini dans des créneaux réservés aux femmes

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Une piscine turinoise aménage, depuis 13 ans, des créneaux horaires exclusivement réservés aux femmes. Le burkini y est autorisé mais certaines musulmanes, préservées du regard des hommes, s'en sont progressivement détachées.

On l'appelle la "piscine rose". C'est la seule piscine de Turin à proposer des créneaux exclusivement réservés aux femmes, toutes les femmes. Voilées ou pas, en burkini ou en maillot de bain. Une particularité regardée depuis 13 ans tantôt avec envie, tantôt avec hostilité, mais qui ne laisse personne indifférent en Italie.

"Le but de notre association, c'est, depuis 1948, de permettre à tous d'exercer son droit à faire du sport, parce que c'est un bien public : bon pour la santé, la qualité de vie, l'éducation et l'intégration de chacun", explique Paola Voltolina, responsable de la politique éducative et de l'égalité des chances de l'Union italienne du sport pour tous (UISP) de Turin. C'est cette association bien connue dans toute la péninsule, revendiquant 1,3 million de membres, qui est l'origine de la création de cette "piscine rose" en 2009.

"80 % des femmes de la piscine sont musulmanes"

"Au fil de toutes ces années, on a eu la bonne surprise de voir changer le comportement de nos nageuses, musulmanes à 80 % dans ce quartier nord de la ville", expliquait à un confrère du journal La Repubblica en 2016, la créatrice de ce dimanche réservé à la piscine Massari. "Peu à peu, se sentant protégées et libres de se baigner vêtues, elles ont commencé à abandonner le burkini : au point qu'une seule de nos nageuses du dimanche matin le porte encore. Et presque toutes ont abandonné leur bonnet de bain", concluait Patrizia Alfano, présidente d'alors de l'UISP Piémont.

Un résultat dont le prix à payer reste tout de même l'exclusion totale de tous les hommes : employés des vestiaires, de l'accueil et même maîtres nageurs.

"Mais ce créneau horaire est ouvert à toutes les femmes sans exclusion", justifie pour sa part Paola Voltolina. "Il n'y a pas que les musulmanes qui, pour des raisons religieuses, ne veulent pas se soumettre au regard des hommes. Nous accueillons également des femmes opérées du sein, des étudiantes complexées par leurs formes, des femmes battues, ou tout simplement des femmes qui ne supportent pas l'idée d'être jugées sur leur apparence par le regard des hommes. En fait, toutes ces personnes qui, sans notre piscine, ne viendraient jamais nager. Il ne faut pas considérer cette exclusion des hommes pour une matinée comme une fermeture sur soi mais, au contraire, comme une aide à l'émancipation de ces femmes".

Une soixantaine de femmes chaque dimanche

Une volonté d'émancipation que l'association essaie d'accompagner jusque dans les bassins en dispensant aux femmes voilées, en burkini ou même en bikini, des cours de natation, ou d'aquagym. Et hors de la piscine, en organisant des rencontres parfois festives. 

Reste que la soixantaine de baigneuses turinoises du dimanche et leur piscine "privée" continue de diviser en Italie. "Moins maintenant qu'il y a quelques années, toutefois", fait-on remarquer à la mairie de Turin. "Cela fait 10 ans que l'interdiction d'accéder aux bassins des piscines municipales avec un vêtement a été supprimée : donc les femmes qui le souhaitent peuvent se baigner en burkini. En Italie, le débat sur le voile n'a jamais fait polémique comme chez vous en France".

De temps à autre, le cas d'un maître nageur excluant une femme en burkini de la piscine, celui d'un maire autorisant une expérience sur le modèle turinois, ou encore une piscine réservée aux seuls musulmans, fait tout de même ressurgir le débat sur les nageuses voilées à la une des journaux.

Le premier cas qui a défrayé la chronique date de 2009, à Vérone, quand une femme musulmane a voulu se baigner habillée. Les journaux de l'époque avaient bien noté quelques réactions indignées de  mamans voyant leurs bambins apeurés.

Le directeur de la piscine s'est sorti de cette situation alors inédite, non pas en invitant la nageuse à sortir du bassin, mais en lui demandant la composition du tissu de son burkini, histoire de vérifier que ce vêtement pouvait bien être immergé dans une piscine, sans contrevenir à la loi.