VIDEO . Législatives 2022 : le pouvoir d'achat et déserts médicaux au coeur des enjeux de la 5e circonscription de la Loire, ce qu'il faut retenir

Publié le Mis à jour le
Écrit par D.Mazzola (avec C.Exbrayat)

La 5e circonscription de la Loire se trouve au nord du département. Elle comprend Roanne. C'était traditionnellement une terre de droite depuis 1993, détenue durant 24 ans par le député maire de Roanne, Yves Nicolin. Sur cette circonscription, 11 candidats sont en lice pour le siège de député. Cinq candidats s'affrontent sur le plateau de France 3 Rhône-Alpes.

La 5e circonscription de la Loire comprend les cantons de Belmont-de-la-Loire, Charlieu, La Pacaudière, Perreux, Roanne nord, Roanne sud, Saint-Haon-le-Châtel, Saint-Just-en-Chevalet, Saint-Symphorien-de-Lay. Cette circonscription du nord de la Loire n'a plus été détenue par la gauche depuis près de 30 ans. 

Onze candidats vont s'affronter à l'occasion du 1er tour des élections législatives, le dimanche 12 juin prochain 2022 dans la 5e circonscription de la Loire. Qui sont les candidats en lice dans la course à la députation dans cette circonscription ? Quels sont les enjeux principaux ? Comment les résultats de l'élection présidentielle vont-ils influencer le scrutin dans cette circonscription ?

Le débat présenté par Claire Exbrayat, journaliste de France 3 Loire et Eric Garrivier, journaliste de la Tribune-Le Progrès. 

Ce qu'il faut retenir : le pouvoir d'achat

Le pouvoir d'achat est une des préoccupations majeures des Roannais. Que proposent les candidats ? Raphaël Pessoa préconise des "solutions chocs" comme le blocage des prix des carburants à 1,8 euros, la suppression de la CSG et du RDS pour les petites retraites, une revalorisation des pensions de réversion et un gel des prix de l'énergie. De son côté, Ismaël Stevenson milite aussi un blocage des prix de l'énergie et des prix de première nécessité et une essence à 1,40 euros le litre. Pour le candidat NUPES, le SMIC à 1500 euros net est un des éléments clés pour améliorer le pouvoir d'achat. "On veut un salaire de dignité à 1063 euros net pour les jeunes, les moins jeunes et les vieux", explique-t-il

Pour le candidat LR Antoine Vermorel-Marques, élu d'une petite commune rurale, "la première chose à faire est de stopper les hausses d'impôts déguisées ... à chaque fois que le baril augmente; les taxes continuent d'augmenter. Il faut bloquer cette augmentation de taxes. Il faut que ceux qui travaillent gagnent plus"; une proposition qui s'appuie sur "une baisse des cotisations salariales". Pour le candidat LR, le blocage des prix ne suffit pas, il faut une hausse des salaires. 

La candidate RN propose une "baisse de la TVA à 5,5% sur les produits énergétiques et notamment sur l'essence." Sandrine Granger évoque aussi une autre proposition : "un panier de 100 produits sans TVA pour tous".

"Les baisses des cotisations et les baisses des impôts ont déjà eu lieu," réplique Nathalie Sarles, la candidate sortante, "nous sommes aujourd'hui dans un contexte international qui crée de l'inflation. Le gouvernement a pris des mesures anti-inflationnistes qui permettent de limiter ces prix", explique la députée qui soutient que "la France est l'un des pays qui s'en sort le mieux". "Les mesures que nous proposons sont financées, de façon à ne pas creuser le déficit public", ajoute-t-elle à l'adresse de Raphaël Pessoa.

"Dans nos communes et nos villages, des gens ont vraiment des difficultés à joindre les deux bouts et à qui on ne peut pas dire, ne vous inquiétez pas, on a baissé les impôts les cinq dernières années. On reste le champion des prélèvements obligatoires en Europe", s'insurge Antoine Vermorel-Marques. "Deux tiers des retraités français et roannais ont vu leur retraites diminuées faute d'avoir eu leur pension indexées sur l'inflation pendant 5 ans," ajoute le candidat LR. "Pourquoi ne pas l'avoir fait avant ?" s'interroge-t-il. La députée élue, sur la défensive, "les Français, les Roannais sont en grande difficulté par rapport au pouvoir d'achat, je le sais, je les rencontre tous les jours ! Les premières mesures que le gouvernement propose à partir de juillet, ce sont des mesures de pouvoir d'achat", explique-t-elle. "C'est la préoccupation première des Français, il faut l'entendre et la prendre en compte", assure-t-elle.

"Il faut faire des économies sur les fraudes à la sécurité sociales," réplique de son côté la candidate RN. 

Le candidat Reconquête, de son côté propose une interprétation de la théorie du ruissellement. Selon lui, "il faut donner davantage de moyens aux petites entreprises, aux PME et TPE, qui créent de l'emploi, et qui sauront répercuter sur les employés". 

"Chèques carburant, chèques alimentaires, ce sont toujours les mêmes personnes qui en profitent. Les gens de la classe moyenne se sentent toujours délaissées et abandonnées", constate Sandrine Granger.

Quid les alternatives à la voiture ? Le candidat NUPES répond, "justement, le train est plus cher que la voiture, un aller-retour Roanne-Lyon est à 36 euros ! Quelle est la logique ? Et sur notre 5e circonscription, le maillage de bus ne dessert pas suffisamment les territoires isolés."... Et le candidat LR enchérit : "je regrette qu'on ait abandonné la ligne TGV sans contrepartie. Monsieur Stevenson a raison, l'enjeu c'est la ligne entre Roanne et Lyon, ou la ligne Paray et Lyon ou la ligne entre Roanne et Saint-Etienne. C'est une compétence de l'Etat". Et il ajoute : "Je regrette qu'on n'ait pas pu faire pression ensemble avec notre parlementaire (Nathalie Sarles) pour défendre notre ligne entre Roanne et Lyon'", déplore Antoine Vermorel-Marques. La députée sortante se défend : "on a abandonné la ligne TGV mais la contrepartie était de mettre de l'argent sur les trains du quotidien. L'enjeu pour Roanne aujourd'hui, c'est le noeud ferroviaire lyonnais, à partir de là on pourra travailler sur les lignes TER de notre circonscription.".

Autre préoccupation des Roannais : les déserts médicaux. 

Le candidat NUPES veut "des embauches massives à l'hôpital et revaloriser les métiers du soin. On veut aussi des médecins salariés". Pour Sandrine Granger, la candidate RN, milite pour "moins d'administratifs, plus de médecins et d'infirmières, et d'aides soignantes." Pour les attirer, elle évoque la piste des subventions pour les attirer en zones rurales.

Pour le candidat de Reconquête, "il faut aussi réintégrer les 15 000 soignants qui ont été mis à pied le 15 septembre 2021. Quand on a besoin de soignants, on les garde!" Raphaël Pessoa prône l'installation des facultés de médecine dans les déserts médicaux avec, à la clef, une installation obligatoire de ces étudiants durant 3 ans sur le territoire.

Nathalie Sarles, en sa qualité d'ancienne soignante rebondit : "la désertification médicale touche toute la France. Il faudra 10 ans pour former des médecins. 10% actes de soins sur le Roannais sont dispensés par des médecins à la retraite, 10% sont des médecins étrangers... l'exercice médical est libéral. Quant au salariat des médecins, il est aujourd'hui prévu par la loi".

Pour Antoine Vermorel-Marques, "il faut ouvrir le débat".

Les invités 

>>  Nathalie Sarles  (Ensemble !/LREM), suppléant : Bruno Berthelier, le maire de Charlieu.  La députée sortante, âgée de 60 ans, a été enseignante au Burkina-Fasso. Polyglotte, elle a été traductrice avant d’être commerciale-export au sein d’entreprises du secteur textile. Elle a aussi été infirmière pendant 8 ans dans un service de soins pour adultes handicapés. L’élue fait ses premiers pas en politique lors des élections municipales de 2008 à Villerest sur une liste citoyenne (divers gauche). Elle a été première adjointe du maire Paul Court et vice-présidente à l’agglomération. De 2014 à 2017, elle était conseillère municipale d’opposition à Villerest. Laure Desroches, ancienne maire PS de Roanne a été son assistante parlementaire jusqu'en 2019. Nathalie Sarles a également été commissaire au développement durable et membre du comité national de l’eau. 

>>  Ismaël Stevenson (Nupes /LFI), suppléante : Dominique Bouineau. Le binôme compte défendre les trois urgences suivantes : sociale, environnementale et démocratique. LFI, PS, PC et EELV Les Verts soutiendront la candidature du franco-chilien de 38 ans. Anthropologue de formation, il réside à Ambierle. S’il affirme voter Mélenchon depuis 2012, il est adhérent de La France insoumise depuis janvier 2022. Dominique Bouineau, roannaise de 55 ans, principale adjointe du collège de Balbigny, l’a rejoint fin 2021, après avoir quitté Les Verts. Initialement, LFI avait désigné un autre binôme avant de se prononcer en faveur du duo Stevenson-Bouineau qui s’est imposé pour être candidat quand la circonscription a été attribuée à LFI.

>>  Raphaël Pessoa (Reconquête), suppléant : Raphaël Baud. A 33 ans, le candidat du parti d'Eric Zemmour est intérimaire. Il a été l'un des leaders des gilets jaunes dans le Roannais. Il était aussi ancien Sympathisant chez Les Républicains. L'habitant de Lentigny a rejoint les rangs du parti Reconquête en décembre dernier. 

>> Antoine Vermorel-Marques (LR), suppléante : Fanny Fesnoux. A 28 ans, il a occupé la fonction de conseiller presse du groupe Les Républicains à l'Assemblée nationale. Il est conseiller départemental du canton de Renaison. ll est également à ce jour, second adjoint au maire de Renaison.

>> Sandrine Granger (RN), suppléant : Michel Lucas, le référent départemental du Rassemblement National. Contrairement aux autres candidats, elle ne vit pas dans le Roannais. Sandrine Granger, 47 ans, chargée de relations clientèle, vit à Saint-Romain-le-Puy, dans le Forez. Elle a rejoint les rangs du RN en début d'année. Elle a été encartée chez les LR.  Elle se dit la seule candidate d'opposition à Emmanuel Macron. Son fils est par ailleurs candidat dans la 6e circonscription de la Loire (celle de Montbrison). Son cheval de bataille : le pouvoir d'achat.

Les enjeux de la 5e circonscription de la Loire

Nathalie Sarles, députée sortante LREM de la 5e circonscription de la Loire brigue un deuxième mandat. Elle est partie en campagne avec Bruno Berthelier, le maire de Charlieu. Va-t-elle parvenir à conserver son siège de député ?

Face à la candidate sortante LREM, le maire LR de Roanne, Yves Nicolin, député sur la 5e circonscription durant 24 ans, veut imposer son jeune poulain, Antoine Vermorel-Marques. Ce dernier, en cas de victoire, sera frappé par la loi sur le cumul des mandats de 2014. Il devra choisir : il ne peut être député et membre d’un exécutif communal ou intercommunal. La droite est prête à reconquérir le Roannais. 

Dans cette circonscription l'extrême-droite part désunie. Faute d’alliance entre RN et “Reconquête !”, le parti d'Eric Zemmour présente des candidats partout dans la Loire. Dans le Roannais, Raphaël Pessoa a été désigné.

Deux candidats sont extérieurs au Roannais : Sandrine Granger est ligérienne et réside à St-Romain-le-Puy. Edith Roche, candidate LO dans le Roannais habite Lyon.

Dans cette circonscription, la gauche est unie au premier tour.

Retour sur le scrutin législatif de 2017

En 2017, c'est une surprise alors que la 4e circonscription était détenue depuis 1993 par la droite. La candidate Nathalie Sarles, quasi inconnue et issue de la société civile, s'était imposée au second tour face à la candidate Les Républicains Clotilde Robin. Cette dernière avait été soutenue alors par le maire de Roanne, Yves Nicolin, lui-même député de cette circonscription durant 24 ans, entre 1993 et 2017. Ce dernier avait cumulé 5 mandats consécutifs. La circonscription avait été ravie au ministre socialiste Jean Auroux.

Nathalie Sarles, conseillère municipale à Villerest, était parvenue à s'imposer largement avec 53,13% des voix contre 46,87%. Nathalie Sarles se présentait pour la première fois et avait bénéficié de la vague En Marche. Cinq ans plus tard, au second tour de la présidentielle 2022, Emmanuel Macron est arrivé en tête dans la 5e circonscription. Nathalie Sarles espère bénéficier de ce résultat. 

En 2017, cinq candidats de gauche s’étaient affrontés sur la cinquième circonscription. Aucun n’avait été qualifié pour le second tour. 

Les thématiques abordées :

  • Le pouvoir d'achat. 

C'est une vaste circonscription avec des communes rurales. Les déplacements sont donc un enjeu d'importance, en raison notamment des hausses du prix des carburants. Les trajets pendulaires pèsent sur le budget des ménages. Quelles propositions seront les propositions des candidats sur ce thème ? Blocage prix carburants, prime à l’électrique, chèques carburants, covoiturage, transports en commun à développer ? Au niveau alimentaire, les prix flambent aussi : quelles sont les propositions des candidats ?

  • L'accès aux soins.

Le Roannais est un désert médical. L'accès aux soins est un des enjeux majeurs abordés dans ce débat. La Loire compte 14 maisons France Service, dont 4 dans le Roannais. Selon les derniers chiffres de la CPAM, en 2021, 11 000 patients de plus de 17 ans se trouvaient sans médecin traitant, faute de nouveaux médecins. Quelles pistes pour les attirer ? Quelles solutions pour remédier à cette pénurie de médecins  : télémédecine, prime à l’installation ? L’hôpital du mal à conserver son personnel et à recruter. Il vient de lancer une opération : transformer 238 CDD en CDI et recruter 40 personnes directement en CDI à l'hôpital. 

  • Les services publics et le désenclavement. 


La 5e circonscription de la Loire s'étend sur tout le nord du département. Elle compte 142 322 habitants selon le dernier recensement de l’INSEE, qui vivent dans près de 90 communes. Centrée sur l'agglomération de Roanne, c'est une circonscription rurale où 83% des actifs sont obligés d’utiliser un véhicule pour aller travailler. C'est aussi une circonscription âgée où la moitié des habitants a plus de 46 ans et près d’un tiers est à la retraite. 

Les autres candidats de la circonscription :

Grégory Chevret, (la voix du peuple et du citoyen)

Philippe Granchamp (Parti animaliste)

Yann Esteveny, (Civitas)

Maryline Emorine (Parti radical de gauche (PRG)

Kevin Cazottes Bosco (Debout la Frane)

Édith Roche (Lutte Ouvrière)