72 ans après la grève, les enfants de mineurs de la Loire vont être indemnisés

Le 18 septembre 2020, le Conseil constitutionnel a ouvert la voie à l'indemnisation des enfants des grévistes dans les puits de mine en 1948. Licenciés, condamnés à de la prison pour certains, les mineurs grévistes de la Loire ont payé un lourd tribu. Leurs descendants vont obtenir réparation.

Le musée de la mine à Saint-Etienne, dans la Loire.
Le musée de la mine à Saint-Etienne, dans la Loire. © JP Amet/MaxPPP
Dans le département de la Loire, une trentaine de familles vont pouvoir prétendre aux 5.000 euros au titre de réparation. Ces familles, ce sont les descendants de travailleurs dans le bassin minier. Des mineurs qui, pour avoir participé aux grandes grèves de 1948 et 1952, ont perdu leur emploi, ont été trainé en justice, voire même condamnés à de la prison. Saisi d'une question de prioritaire de constitutionnalité, le Conseil constitutionnel a donné raison à leurs descendants et ouvert la voie à des indemnisations.

Des enfants marqués à vie

André Provera est né, juste après la sortie de prison de son père. René, l'un des grands leaders de la grève dans les mines de la Loire en 48, a purgé 4 mois de prison après le mouvement. Et après la grève, il n'a jamais pu réintégrer la mine.

À la question de savoir si c'est dur de porter le nom de Provera, André raconte que "cela l'a été à une époque, quand je cherchai un nouveau travail. J'avais trouvé un emploi qui me plaisait beaucoup et l'entreprise en question m'a signifié que je n'avais rien à y faire. Et quand j'ai compris que le recruteur était un mineur reconverti.... ça s'est fini aux Prud'hommes. Il y a des noms de famille qui ont été bannis."

Alain Lourdin est le fils de Fernand qui après la grève, a été réintégré à la mine, mais s'est retrouvé sous surveillance. "Son travail est devenu de plus en plus pénible. Il rentrait à la maison, il était fatigué, et nous ne vivions qu'à crédit", raconte péniblement Alain. Son père est décédé à l'âge de 55 ans, et le fils de mineur en a encore les larmes aux yeux quand il évoque la maladie.
 

Quand il est tombé malade, il y a des gouverneurs et sous-gouverneurs de la mine qui passaient à la maison. Dès qu'il y avait un arrêt de travail, fallait savoir pourquoi. Ils venaient voir si c'était vrai, s'il ne tirait pas au flanc

Alain Lourdin, fils de mineur


► Une grève dure, aux conséquences douloureuses


A l'époque, le bassin de la Loire comptait 25.000 mineurs. Dans la période d'après-guerre, l'agitation sociale gonfle avec une inflation galopante et des salaires qui n'arrivent pas à suivre. Et il y a les décrets Lacoste qui diminuent les maigres avantages des mineurs de fond, baissent leur rémunération.
Automne 1948 : un vote est organisé dans tous les puits de mine. Une majorité écrasante de 90% en moyenne se prononce pour la grève. Celle-ci commence le 4 octobre, elle va durer 7 semaines, jusqu'au 27 novembre.

 

Parmi les meneurs de la grève, beaucoup ont perdu leur emploi, leur logement et tous les avantages liés au métier de mineur. Des leaders CGT ont été rejetés, expulsés par leurs camarades qui leur reprochaient "de les avoir fourrés dans une sale histoire". Certains mineurs ont été marqués à l'encre rouge et ne pouvaient plus passer l'entrée d'une mine. Il n'était plus question de leur donner du travail.

Maurice Bedoin, historien des mines dans la Loire



C'est une grève dure, réprimée avec force et qui va s'avérer douloureuse pour ses protagonistes et leurs enfants. "Ils ont souffert au moment de la grève déjà... Ils avaient faim. Après, ils ont souffert à l'école, parce qu'ils étaient l'objet de vexations" détaille l'historien Maurice Bédoin. Les familles se sont murées dans le silence.
Dans la Loire, une trentaine de familles vont pouvoir prétendre à réparation. Obtenir une forme de réhabilitation, suite à cette décision du Conseil constitutionnel en date du 18 septembre 2020, qui reconnaît les licenciements abusifs après la grève de 1948.


 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
histoire culture société social économie grève