Le maire de Grenoble présente l'audit “maison” sur les finances de la Ville

Eric Piolle lors de la présentation de l'audit / © Marie Michellier - France 3 Alpes
Eric Piolle lors de la présentation de l'audit / © Marie Michellier - France 3 Alpes

"Un audit des finances de la commune, fondement de la stratégie financière du mandat", c'était la mission confiée par Eric Piolle aux services de la Ville. Le résultat a été présenté à la presse, ce mardi 2 décembre. Endettement important, fiscalité forte... rien de particulièrement nouveau.

Par Franck Grassaud

N'y allons pas quatre chemin, l'audit financier de la ville de Grenoble montre "une situation financière tendue" qui va avoir "une incidence forte sur les choix municipaux pour les prochaines années", notent les rapporteurs. 

Il est écrit: "en s'inscrivant dans l'histoire de Grenoble marquée par une forte présence de services publics municipaux, les choix effectués au cours des six dernières années ont réduit les marges de manoeuvre. A un niveau d'endettement par habitant particulièrement fort (1697€/hab en 2013) se sont ajoutés des taux de fiscalité très élevés, en particulier la taxe foncière." On sait depuis longtemps que la Ville est endettée, les habitants savent depuis longtemps que la taxe foncière est parmi les plus chères de France

Les rapporteurs "maison" conseillent donc à la nouvelle majorité de se lancer rapidement dans "une prospective financière", histoire d'intégrer "la baisse des dotations de l'Etat, la volonté de la municipalité de ne pas augmenter la fiscalité locale déjà élevée, la nécessité de maîtriser un endettement déjà important et les dépenses salariales."

Et pourtant, la Ville de Grenoble doit encore investir "pour entretenir, voire renouveler son patrimoine communal", une réflexion qui revient souvent. 

Récit Renaud Gardette et Marie Michellier
Audit de mairie de Grenoble
Intervenants : Hakim Sabri, Adjoint chargé des Finances; Jérôme Safar, Conseiller municipal PS; Matthieu Chamussy, conseiller municipal UMP-UDI

Dans cet audit, les rapporteurs ont l'air de beaucoup compter sur les transferts de compétences à la Métropole, sachant que jusqu'à présent Grenoble a souvent "complété à un niveau important les financements" de l'agglo. Ils comptent aussi sur des "mutualisations entre la Métro et la ville, mais également avec d'autres communes" ou "avec l'objectif permanent de réaliser des économies".

Sur tous ces points, les analystes concluent avec une phrase sibylline: "la richesse du dialogue devra compenser la faiblesse des moyens". Mais cet audit n'avait-il pas aussi pour objectif de "tacler", d'une certaine manière, l'ancienne municipalité socialiste? On peut se le demander quand on lit attentivement la liste des reproches qui pointe souvent des décisions "typiquement" de gauche, qu'on aurait pu très bien attribuer à une mairie écologiste. Les "inspecteurs" auraient-ils fait du zèle? 

 / © France 3 Alpes Quand on pose la question à Jérôme Safar, ancien premier adjoint, la réponse tombe comme un coup de fouet: "on a une majorité municipale qui découvre la réalité budgétaire d'une Ville et qui est en train de mettre en place une stratégie d'enfumage. Ils nous disent: y'a plus d'argent, c'est terrible! pour mieux préparer demain et une période d'austérité."

Quant à Matthieu Chamussy, le conseiller municipal UMP, il commente d'une phrase: "c'est plus facile de parler du passé que de réfléchir à l'avenir."


 

Invité du 19/20 de France 3 Alpes, Eric Piolle a tenté de calmer le jeu: "Cet audit souligne des choses que nous savions déjà, comme la dette. C'est plutôt l'héritage de Carignon et pas de l'équipe précédente. Mais la nouveauté, c'est qu'il y a des dépenses de fonctionnement qui ont augmenté plus vite que les recettes de fonctionnement. Et là, nous sommes à un moment où nous avons encore un peu moins de recettes, donc il est important d'être lucide."

Interview Eric Piolle
Extrait du 19/20 du 2 décembre


Quand l'audit regarde dans le rétro

Les tendances relevées année après année
- Selon les experts de la Ville, la période 2004-2008 était déjà tendue financièrement mais avec "une bonne dynamique des bases fiscales", la commune s'en sortait donc. 

- La période 2009-2012 marquée par l'augmentation de +9% des taux de fiscalité a permis d'améliorer temporairement la situation financière. Environ un quart de la ressource supplémentaire a été affecté au fonctionnement, notamment pour compenser la baisse progressive, mais encore limitée, des dotations de l'État.

- La dernière période est marquée par un retournement sensible de situation avec des politiques publiques municipales comme la réforme des rythmes scolaires qui a eu un coût d'autant plus élevé qu'elle a été mise en place dès la première année, le renforcement de la police municipale et une politique de recrutement et de remplacements jugée plus volontariste que les années précédentes. L'ensemble a généré une forte hausse des dépenses de fonctionnement. Simultanément, la Ville connaissait une baisse des dotations de l'État.

Exemples de remarques:
-Dans le domaine économique et universitaire, la Ville a continué à financer, au-delà de ses compétences obligatoires et à un niveau élevé (environ 2,5 M€/an) les mêmes politiques que la Métro, faisant supporter ainsi aux contribuables grenoblois une double contribution

-Dans le domaine de l'aménagement et du logement, la collectivité a engagé simultanément plusieurs coûteuses opérations d'envergure (Presqu'île, Esplanade, Flaubert…), alors qu'elle n'avait pas fini de financer des opérations déjà fortement déficitaires (Vigny-Musset, Bouchayer-Viallet). 

-En matière de construction de logement, réhabilitations ou constructions neuves, la Ville a maintenu son niveau d'engagement budgétaire en direction des bailleurs sociaux, soit environ 2,2 M€/an de dépenses nettes, alors que la Métro mettait en place une fiscalité additionnelle sur les ménages d'environ 10 M€/an pour assumer pleinement cette compétence. 

-En matière d'équipements sportifs, la construction de la piscine des Dauphins, puis la rénovation de la piscine Bulle d'O, n'ont pas été suivies des fermetures desb piscines vieillissantes et coûteuses.

-Le coût de construction de la nouvelle halle couverte de tennis de la Plaine des Sports (près de 12 M€), beaucoup moins financé par subventions qu'annoncé, grève très fortement les moyens disponibles pour le gros entretien des équipements sportifs existants, en particulier les gymnases.

-Dans le domaine culturel, la construction de la salle des musiques amplifiées, La Belle Électrique, a coûté près de 12 M€ TTC, partiellement financés par des subventions, soit 5,9 M€ HT à charge de la Ville. Elle risque de générer de nouveaux investissements non prévus à ce jour pour limiter les nuisances pour les habitations très proches. 

-La construction sur la période 2010-2013 de la nouvelle École Beauvert, pour environ 11,3 M€. L’importance de son financement a nécessité de réduire pendant deux ans le financement alloué au gros entretien du reste du patrimoine scolaire dont une partie nécessiterait cependant de gros efforts.

-La subvention au CCAS a connu une très forte croissance de +23 %, passant de 20,1 M€ en 2007 à 24,7 M€ en 2013.

-Les charges de personnel représentent plus de la moitié du budget de la collectivité. Elles se sont élevées à 133 M€ en 2013, contre 121 M€ en 2008. La majeur partie est liée aux augmentations réglementaires et législatives mais l'évolution est également liée à des créations de postes, notamment pour la police municipale, le renforcement de la présence d'agents spécialisés des écoles maternelles (ATSEM). 

-La gestion des ressources humaines de la ville de Grenoble est marquée par un niveau d'absentéisme important avec une hausse du nombre de jours d'arrêt liés à des accidents de travail et de trajet qui passent de 5333 jours en 2008 à 8031 en 2013 (+50%).

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