Coronavirus : en Auvergne, le confinement à la ferme de la joueuse de rugby Jessy Trémoulière

A Barlières, en Haute-Loire, Jessy Trémoulière vit le confinement dû au coronavirus COVID 19 dans sa ferme familiale. La meilleure joueuse de rugby du monde 2018, qui évolue à l’ASM Romagnat, près de Clermont-Ferrand, estime ne manquer de rien.
 
Jessy Trémoulière, joueuse de rugby à l'ASM Romagnat, vit un confinement heureux dans la ferme familiale en Haute-Loire.
Jessy Trémoulière, joueuse de rugby à l'ASM Romagnat, vit un confinement heureux dans la ferme familiale en Haute-Loire. © Jessy Trémoulière
C’est depuis l’exploitation familiale, à Barlières, sur la commune de Bournoncle-Saint-Pierre en Haute-Loire, que Jessy Trémoulière vit le confinement dû au coronavirus COVID 19. Quelque 170 vaches laitières à gérer, pas de quoi s’ennuyer. La joueuse de l’ASM Romagnat raconte : « Je suis salariée de l'exploitation agricole de mon père et de mon frère. Pour moi, le confinement ne change pas grand-chose. Je travaille au quotidien. Une journée-type ressemble à la traite le matin, car on est en production de vaches laitières, en bio. Une fois que la traite est finie, je m’occupe des animaux. Je soigne les petits bobos des génisses. Après je rentre pour faire la cuisine. Les après-midis, je jardine, je m’occupe des travaux à faire sur la ferme. On a aussi 250 hectares de culture. Il y a toujours à faire, toujours de quoi s’occuper. Si vraiment je m’ennuie, je vais courir ».

Un entraînement qui continue

Celle qui a reçu le prix de la meilleure joueuse de rugby au monde en 2018 n’en oublie pas forcément le rugby, même si la saison est finie. Jessy explique : « Je vais courir deux à trois fois par semaine. J’essaie de faire du sport tous les jours et de maintenir mon activité physique même si ce n’est pas la même chose que sur les terrains. Je cours pour garder le fond et ne pas tout perdre d’un coup. Depuis mars, ça fait vraiment une coupure longue. Je mettrai un peu plus de physique sur juillet et août ». Sa vie d’agricultrice prend le pas sur la carrière internationale de rugby. Le laitier passe tous les 3 jours récolter le lait. Mis à part un petit problème de livraison de semences, l’exploitation n’a connu aucune difficulté.

Le rôle important des agriculteurs

La crise a permis d’éveiller les consciences et de souligner l’importance du métier d’agriculteur. Pour la jeune joueuse de 27 ans, « Il faut toujours qu’il y ait un événement pour que les gens découvrent autre chose et ça les sort de leur quotidien. Il faut aussi les comprendre. Ils ont leur vie de famille et se sont construit un rituel. Chercher les produits dans leur caddie dans les supermarchés est une solution de facilité. Les gens ont un peu plus de temps en ce moment et ils ont vu qu’il y avait des pénuries dans les grandes surfaces. Ils se sont demandé quelles solutions ils avaient pour les produits et se sont tournés vers les producteurs, surtout français. Il faut aussi voir l’après confinement, s’ils vont continuer à garder cette ligne de conduite ou reprendre le caddie et aller en grande surface, acheter de la viande de Nouvelle-Zélande. C’est très bien mais il faut une prise de conscience. J’espère qu’après ce confinement il y aura une remise en question, encore plus qu’aujourd’hui, car les gens ont plus le temps d’aller vers les producteurs ».

Un rôle d'ambassadrice ?

Jessy Trémoulière se verrait bien en défenseur de l’agriculture française, si on lui demandait. Elle indique : « Un porte-drapeau c’est peut-être un grand mot. Si je deviens porte-parole de nos producteurs, ça serait pour une prise de conscience du consommateur, et pour lui dire certaines choses de notre production, valoriser nos produits. Il faut qu’on les accompagne, car ils sont perdus, il faut qu'on les éduque dans ces domaines. Produire en France, transformer en France, dans l'Union Européenne, ça perd les gens. Un produit transformé en France n’y est pas forcément produit. La viande peut faire 3 pays différents et on ne sait pas d’où elle vient. Si on me demande d’être porte-parole de l’agriculture, c’est avec grand plaisir. C’est un monde que l’on dévalorise, donc c’est important de susciter des vocations. Je trouve ça ingrat car il n’y a pas de sous-métier. Je suis faite pour l’agriculture, je ne suis pas faite pour travailler à l’usine. Il suffit que le métier plaise et c’est du bonheur garanti ».

Liée à la terre

Son attachement à la terre c’est aussi son équilibre. Elle a vécu 4 ans près de Marcoussis à Paris pour finalement se rendre compte que la nature, l’agriculture, le contact avec les animaux lui manquaient. Son travail à la ferme constitue une source d’épanouissement. Jessy conclut : « Pendant le confinement, j’ai tout : je travaille, je mange à ma convenance, je peux aller courir, je peux jardiner, je ne vois pas passer les semaines et les jours. Rien ne me manque vraiment. Il faut relativiser les choses ».
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