Une étude dans le Puy-de-Dôme pour mieux connaître et préserver les abeilles noires

L'abeille noire est une espèce qui produit moins de miel mais qui est plus adaptée à l'environnement de la région. Dans les Combrailles, un conservatoire de l'abeille noire veut protéger cette espèce. / © FRED TANNEAU / AFP
L'abeille noire est une espèce qui produit moins de miel mais qui est plus adaptée à l'environnement de la région. Dans les Combrailles, un conservatoire de l'abeille noire veut protéger cette espèce. / © FRED TANNEAU / AFP

Les abeilles noires sont au cœur d’un programme européen de recherche, une partie de l’étude se fait en Auvergne. Ces abeilles noires produisent moins de miel que les autres mais elles sont mieux adaptées à leur environnement naturel qui est l’Europe de l’Ouest. 

Par Virginie Cooke

Connaissez-vous les abeilles noires ? Installées à l’origine en Ouest de l’Europe, elles sont de plus en plus concurrencées par d’autres abeilles qui produisent plus de miel. Un programme européen de recherche se penche actuellement sur cette espèce d’abeille. Une partie de l’étude se fait à Clermont-Ferrand.

Le conservatoire de l'abeille noire en Combrailles est né il y a un peu plus d'un an à l'initiative d'apiculteurs. Une quarantaine d'adhérents aujourd'hui et le soutien d'une quinzaine de communes, tous mobilisés pour défendre l'abeille noire : l'Apis Mellifera mellifera.

Un projet pédagogique avec des écoliers pour tout apprendre sur l'abeille noire 



L’un de ses membres, l’apiculteur Noël Mallet, chapeaute un projet pédagogique à visée scientifique et technique avec une classe d’élèves de CM2  de l’école Léonard de Vinci de Pontaumur. Les écoliers suivent 8 séances avec l’apiculteur pour tout apprendre de ces petites abeilles et de son métier.

« Tout ça, c’est le berceau de la colonie sur un cadre, c’est ce que l’on appelle le couvent. On suit l’évolution de la surface au cours de l’année, c’est ça qui nous donne le cycle de développement annuel de la colonie », explique l’apiculteur Noël Mallet.

L'apiculteur Noël Mallet, le président du conservatoire de l'abeille noire en Combrailles, chapeaute un projet pédagogique avec des écoliers. Il leur fait découvrir son métier et cette variété d'abeille méconnue. / © C.D et C.F
L'apiculteur Noël Mallet, le président du conservatoire de l'abeille noire en Combrailles, chapeaute un projet pédagogique avec des écoliers. Il leur fait découvrir son métier et cette variété d'abeille méconnue. / © C.D et C.F

Les abeilles noires menacées par les pesticides et les virus 



A Pontaumur, on élève et on multiplie ces abeilles domestiquée depuis longtemps. Elles sont concurrencées par des abeilles plus productives. Dans les Combrailles , l'hybridation n'est que de 5 % contre 30 %  dans les terres de Limagne.

A côté des croisements et des pesticides, une autre menace pèse sur ces abeilles : les virus. Certains sont transportés par Le varroa, une sorte de tique fixée sur le dos de l'abeille.

« Ce parasite est venu à cause des mouvements d’abeilles. L’importation, c’est la diffusion des maladies », se désole Noël Mallet, apiculteur.

Une étude menée à Clermont-Ferrand 



Actuellement, le conservatoire travaille pour le compte du laboratoire micro-organisme, génome et environnement de l'université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand qui est engagé dans un programme européen de préservation de l'abeille noire. Suivi des colonies, études génétiques ou encore impact des virus sur les essaims, voici ce qui est au cœur de leurs recherches.

Le projet s'appelle Beehope. Il concerne six centres de préservation des abeilles noires en Europe : 3 en France, 2 en Espagne et un au Portugal. Toutes les analyses sont faites à Clermont-Ferrand.
 
Un programme européen de recherche se penche sur l'abeille noire, une partie de l'étude se fait à Clermont-Ferrand. L'objectif : mieux connaître l'abeille noire pour mieux la préserver. / © C.D et C.F
Un programme européen de recherche se penche sur l'abeille noire, une partie de l'étude se fait à Clermont-Ferrand. L'objectif : mieux connaître l'abeille noire pour mieux la préserver. / © C.D et C.F

45 essaims naissent chaque année dans les Combrailles 



L’apiculteur Noël Mallet, accompagné des écoliers, marque les reines d’une touche jaune. C’est la couleur de l’année 2017.  Ces reines  marquées  iront rejoindre un essaim dans un rucher de multiplication.  Chaque année, ce sont près d'une centaine de reines et 45 essaims qui naissent dans les Combrailles. Une adaptation naturelle à l'environnement, c'est la force de l'abeille noire.

«  Elle calque vraiment son développement sur l’évolution de son environnement. Il n’y a rien de superflu ce qui lui permet d’être économe. Quand ça va bien autour, quand il y a des floraisons, elle se développe. Quand ça va un peu plus mal, ça régresse", sougline Noël Mallet qui est aussi le président du conservatoire de l'abeille noire en Combrailles.

Au Puy-du-Mur, 367 hectares sont protégés, la commune ne fauche pas à ras. Un endroit idéal pour les abeilles noires. / © C.D et C.F
Au Puy-du-Mur, 367 hectares sont protégés, la commune ne fauche pas à ras. Un endroit idéal pour les abeilles noires. / © C.D et C.F


367 hectares protégés au Puy-du-Mur, un paradis pour les abeilles noires



Dans le cadre du projet européen, l'espace naturel sensible du Puy-du-Mur sur la communauté de communes de Billon accueille des abeilles noires. Elles disposent ici de 367 hectares protégés qu'elles partagent avec les autres espèces.

Le maire de Mezel, François Rudel, raconte : « on se doit, nous, de protéger la nature. Il y a beaucoup de fleurs, beaucoup de papillons, donc on ne fauche pas à ras, on laisse monter les plantes et on fauche après pour garder un peu de pelouse sèche. Mais on laisse proliférer les fleurs qui sont au service des insectes ».

A Chadrat, un apiculteur amateur veille sur des abeilles noires qui sont installées sur la commune. Lui aussi envisage d’élever à nouveau ces abeilles locales.

Convaincre les apiculteurs de choisir les abeilles noires 



« Moi personnellement,  si j’ai la possibilité d’acquérir des reines noires, je les introduirais dans mes ruches pour passer en abeille noire. Mais cela va être assez compliqué compte du nombre de ruches composées d’abeilles différentes tout autour ", confie Benrard Giraud qui est apiculteur amateur. 

Le projet Beehope,  premier du genre en Europe s'arrêtera à la fin de l'année prochaine. Il aura permis d'accroître les connaissances sur ces abeilles locales. Peut-être aussi convaincra-t-il les apiculteurs de choisir les petites noires à l'avenir.

Les abeilles noires au coeur d'un programme européen de recherche
Un programme européen de recherche étudie les abeilles noires, l'objectif est de mieux les connaître pour mieux les préserver. De nombreux apiculteurs de Puy-de-Dôme s'activent pour défendre cette abeille qui souffre de la concurrence des autres espèces qui produisent plus de miel. Intervenant : Eliot Brousse (élève de CM2 à l'école Léonard de Vinci), Lorris Cassas (idem), Noël Mallet (président du conservatoire de l'abeille noire en Combrailles à, Iris Eouzan (doctorante), François Rudel (maire de Mezel), Bernard Giraud (apiculteur amateur).  - Christian Darneville, Claude Fallas et Laurent Bortolazzo.


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