Grève des enseignants à Clermont-Ferrand : « La situation est ingérable »

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Écrit par S.B avec Julien Teiller et AFP
Les enseignants étaient plus d'un millier à manifester ce jeudi 13 janvier dans les rues de Clermont-Ferrand.
Les enseignants étaient plus d'un millier à manifester ce jeudi 13 janvier dans les rues de Clermont-Ferrand. © J.Teiller/FTV

La grève des enseignants a provoqué la fermeture de nombreuses écoles ce jeudi 13 janvier. A Clermont-Ferrand, certains sont venus crier leur ras-le-bol des protocoles sanitaires instables. Ils dénoncent un manque de moyens.

A Clermont-Ferrand, de nombreux enseignants ont répondu à l’appel à la grève lancé par les syndicats ce jeudi 13 janvier. En France, près de 38,5% des enseignants sont en grève dans les écoles maternelles et élémentaires, selon le ministère de l'Education, tandis que le SNUipp-FSU, premier syndicat du primaire, annonce 75% de grévistes. Une école primaire sur deux est fermée, selon le SNUipp-FSU. Dans la capitale auvergnate, ils sont environ 1 200 selon la préfecture et 1 500 selon les syndicats à s’être mobilisés pour manifester.

Parmi eux, Amélie Richard, co-secrétaire départementale SNP FSU, est venue pour protester contre les protocoles sanitaires. Ce « jeudi noir » des écoles, elle l’explique par un sentiment de trop-plein : « Je suis enseignante en collège. On est sans cesse en train de s’adapter aux différents protocoles qui sont mis en place par le gouvernement. Ils nous sont annoncés en même temps qu’à la population sur les chaînes de télévision, parfois sur des articles payants. On trouve ça inadmissible. C’est vraiment très lourd à gérer. On nous demande de garder les écoles ouvertes, on est d’accord avec ça mais on ne nous donne pas les moyens pour le faire. A force, il y a un épuisement des personnels et un ras-le bol général ».

"L'école est clairement en train de craquer"

Les revendications de ces grévistes sont multiples et concernent presque toutes la situation liée à l’épidémie dans les établissements scolaires : « Tout d’abord des protocoles clairs, donnés à l’avance pour qu’on ait le temps de s’organiser. Egalement, des moyens pour la protection des personnels : des masques, des purificateurs d’air… D’avoir des classes dédoublées et surtout d’embaucher. On a demandé à ce que les enseignants qui étaient sur liste complémentaire au concours soient recrutés et pour l’instant, ça n’a pas été le cas. Il manque déjà du monde à la base et là, avec la situation sanitaire en plus, l’école est clairement en train de craquer. Les enfants en pâtissent, ils n’étudient pas dans de bonnes conditions », affirme Amélie Richard.

"Tout le monde le subit, y compris les chefs d’établissement qui n’en peuvent plus."

Marie, enseignante

Dans le cortège, Marie, enseignante spécialisée à Pont-du-Château. Elle vient rarement manifester, mais aujourd’hui, elle ne supporte plus la situation : « Il y a un ras-le-bol général. La situation est ingérable avec des protocoles qui changent sans arrêt. On est prévenus au dernier moment. Je crois qu’ils ne savent pas ce que c’est que d’être avec des enfants et de faire subir ça aux enfants. On en a ras-le-bol de voir des enfants masqués qui sont stressés, angoissés. Ça devient intenable. » Elle explique ne pas  pouvoir exercer son métier dans de bonnes conditions : « On est en train de devenir une garderie, soi-disant c’est pour qu’ils ne ratent pas l’école mais comme les enseignants absents ne sont pas remplacés, on fait de la garderie. Ce n’est pas normal, on ne peut plus faire notre métier correctement. Quand il y a des nouveaux protocoles, on doit être prévenus assez tôt pour pouvoir s’organiser et qu’on demande leur avis aux gens qui travaillent sur place et qui savent ce que c’est que d’être avec des enfants toute la journée. On subit ça d’en-haut, on ne demande jamais notre avis. Tout le monde le subit, y compris les chefs d’établissement qui n’en peuvent plus. On est là aussi par solidarité pour eux parce qu’ils sont épuisés»

Marie B., professeure des écoles, n’en peut plus et dénonce des incohérences : « Il n’y a que ça, des protocoles qui manquent de bon sens, qu’on reçoit le dimanche soir après les avoir écoutés à la radio ou à la télévision, qui changent sans arrêt… On en est au moins au cinquantième. Les enseignants sont trop mal reconnus, trop mal considérés. Je n’ai pas l’habitude de faire grève mais là trop c’est trop. Il faudrait lire des pages et des pages à 6 heures le lundi matin pour comprendre le protocole qui ne va durer que deux ou trois jours. Garder le masque en EPS, c’est l’enfer pour les enfants. C’est infaisable, c’est trop lourd. On n’est pas là pour nous en priorité, la priorité c’est revenir à un confort pour eux et du bon sens dans les protocoles. On est aussi là pour nous parce qu’on a été très dociles depuis 2 ans, on a suivi les règles, mais là ce n’est plus possible. »

Une délégation reçue par le rectorat

Dans les collèges et lycées, 23,7% des enseignants sont mobilisés, selon le ministère, tandis que le Snes-FSU, premier syndicat du second degré, annonce 62% de grévistes. L'ensemble des syndicats enseignants, auxquels se sont associés notamment, fait plus rare, les inspecteurs de l'Education nationale ou les chefs d'établissements, ont appelé à la grève et à des manifestations dans la journée. A Clermont-Ferrand, le cortège est parti à 10h30 de la place Delille et a rejoint le rectorat. Une délégation de l'intersyndicale a été reçue par le recteur à 11h30.

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