Il nage dans une eau à 4 degrés : "Ils me disent que je suis fou"

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Nager dans une eau à 4 degrés : une perspective qui en effrayerait plus d’un. Ce n’est pas le cas de Michaël, un habitant de Clermont-Ferrand, pour qui la nage en eau froide est devenue une véritable passion. Il en tire, selon lui, de nombreux bénéfices sur le plan mental et physique.

Certains ont la lecture ou la pêche comme passe-temps. D’autres préfèrent les sensations fortes. C’est le cas de Michaël Roux, 47 ans, un habitant de Clermont-Ferrand. Ce professeur de sport, formateur aux métiers de la montagne, a les lacs du Puy-de-Dôme comme terrain de jeu favori car il nage en eau froide. Se plonger dans une eau à 4 degrés ne l’effraie pas le moins du monde. Depuis 2 ans, il est complètement accro à cette discipline. Une passion qui remonte à l’enfance. Il raconte : « Depuis gamin, j’aime bien me baigner en eau froide. En montagne, je me baignais dans les torrents, les lacs. J’ai toujours adoré cela. Cela ne m’a jamais vraiment quitté. J’ai fait de nombreux sports et activités et je me suis remis depuis peu à la nage en eau froide. L’idée me trottait dans la tête. Je me suis d’abord mis à la nage en eau libre l’été, avec ma bouée et je traverse les lacs. Quand l’automne est arrivé, je me suis dit que je devais m’acheter une combinaison. Finalement, j’arrivais à nager sans combinaison et je supportais les températures en baisse. J’ai vu des reportages sur la discipline et j’ai compris que c’était fait pour moi ».

"J’ai beaucoup de plaisir à nager en eau froide"

On ne se jette pas dans une eau glacée sans préparation et encore moins sans prendre un minimum de précautions car cette pratique peut s'avérer dangereuse. Peu à peu, Michaël a découvert de quoi il était capable. Il poursuit : « J’ai continué à nager à 12 degrés, puis 8 degrés. Là, l’eau est à 4 degrés. Je ne parviens plus à parcourir 1 km, je parcours pour l’instant 400 m mais les sensations sont bonnes. Ce qui me plaît c’est de m’adapter. Je ne mets pas de combinaison car je me suis habitué à la descente des températures. Mon corps n’arrive pas à tenir au-delà d’une demi-heure mais j’ai beaucoup de plaisir à nager en eau froide. Mon but est de m’aguerrir pour voir si je peux parvenir à parcourir 1 km dans une eau à 4 degrés ».

Comme un poisson dans l'eau

Cette sensation de nager dans une eau froide lui procure un grand plaisir. Il est comme un poisson dans l'eau...gelée. Le professeur de sport explique : « J’ai la sensation d’être dans mon élément naturel et j’adore cela.  C’est un vrai plaisir d’aller au bord du lac quand il n’y a personne. J’ai l’impression que les lieux m’appartiennent un peu. Lorsque je rentre dans l’eau, j’applique une technique mentale qui me permet de m’immerger sans problème. Il n’y a aucune souffrance à ce moment-là. La respiration s’accélère un peu, il faut rester quelques dizaines de secondes pour s’habituer et que le corps s’adapte. Après, c’est parti pour la nage ».

"Certains parlent d'un effet lune de miel"

Afin de pouvoir nager dans une eau à basse température, Michaël fait appel à différentes techniques : « L’immersion me permet de travailler mon mental. Quand je suis dans l’eau les 5 premières minutes, je sens le froid qui me transperce. Je mets en œuvre une autre technique d’adaptation mentale qui permet d’être absent. Ensuite, quand je nage, j’ai un retour des sensations physiques. C’est super agréable. Certains parlent d’un effet lune de miel et c’est vraiment ça. Une fois que le corps s’est provisoirement habitué à la température, avec les mouvements de la brasse, le corps est comme anesthésié. Là, il y a un état de bien-être intense ».

Ecouter son corps

C’est au lac Chambon qu’il s’entraîne le plus régulièrement. Le nageur souligne : « Je nage 2 fois par semaine. J’essaie de me trouver des créneaux en journée. Pour l’instant, il y a de la glace, donc il y a une toute petite zone libre. Cette zone fait plus de 200 m de long sur 200 m de large ». Il rappelle qu’il doit être à l’écoute de son corps pour exercer cette discipline : « La plus grosse difficulté est de tenir sur la durée. Plus l’eau est froide, plus c’est difficile de rester longtemps. Le problème n’est pas de rentrer dedans mais de tenir. Avant, j’essayais de parcourir des distances et j’essayais de rejoindre une île au milieu du lac. J’y parvenais assez jusqu’à 6,5 degrés mais à 4 degrés, je sens qu’à un moment donné, ce n’est plus possible. Il faut vraiment que je m’écoute car lorsque je fais demi-tour, il faut repartir et il faut avoir assez de ressources pour ne pas se faire prendre par le froid. Si on calcule mal et que l’on est loin de la berge, cela peut très vite tourner en mission de survie. Maintenant je connais mieux mes limites, je sais jusqu’où je peux aller. Je progresse à tâtons ».

Des effets positifs sur le corps et l'esprit selon lui

Michaël ressent de nombreux bénéfices pour sa santé : « Il y a le plan mental avec la satisfaction d’avoir accompli quelque chose. C’est important de se sentir fier de ce que l’on peut faire. Mais, au départ, le combat n’est pas gagné d’avance. Si j’y arrive, c’est super pour la confiance et l’estime de soi. Quand je sors de l’eau, il y a un état de bien-être intense. Pendant le réchauffement, il y a des tremblements qui arrivent et ce n’est pas la phase la plus agréable. Il y a une dépense énergétique qui est folle. Je me sens plus fort, plus robuste. Je ne suis jamais malade ».

La tentation de la compétition

Le professeur de sport espère désormais se frotter à d’autres pratiquants de cette discipline très exigeante : « J’aimerais bien participer à des compétitions mais il faut que je progresse en technique de nage. J’aimerais réussir à parcourir 1 000 m dans de l’eau inférieure à 5 degrés. Quand j’y arriverai, je serai prêt pour la compétition. Y parvenir serait un véritable exploit personnel. Cela serait mon Everest ».

 "Ils me disent que je suis fou"

Ses proches le laissent vivre sa passion, non sans un regard amusé : « Ils me disent que je suis fou. Quand on va au bord du lac et qu’il y a de la neige, mes proches sont avec les doudounes et les bonnets. Ils m’attendent sur la berge. Ca les fait marrer mais ils ont du mal à comprendre ».

Rompre avec la routine

Le Clermontois compare les sensations que lui procure ce sport à d’autres disciplines : « Le fait de s’immerger permet vraiment de lâcher prise. C’est un peu méditatif. En étant dans un milieu très agressif, cela permet de ne penser qu’à ce que je fais, voire même à plus rien du tout. Le cerveau se bloque et je rentre dans un état méditatif profond. Cela me procure énormément de bien. C’est ce que je recherche dans de nombreuses activités, un côté fusionnel avec l’élément. C’est le même mécanisme qui se met en place quand je fais une voie en escalade. Je fais du parachutisme et quand je chute en l’air, je ressens la même chose. Je pense que cela permet vraiment de remettre les choses à leur place, l’homme dans son élément sans aucun artifice. Cela aide aussi à relativiser beaucoup de choses de la vie courante, à casser la routine ». Michaël conclut : « Je regrette que depuis quelques années, dans beaucoup d’activités de nature, les interdictions pleuvent, comme de se baigner dans les lacs. Même si je peux comprendre les raisons, je trouve que c’est dangereux d’aller dans ce sens-là, car on va se retrouver à tout interdire. Les espaces de liberté se réduisent et ce n’est pas un cadeau que l’on fait aux générations futures ».