Journée mondiale de lutte contre l’homophobie : "On ne tombe pas amoureux d’un corps mais d’un cœur"

Ce lundi 17 mai a lieu la journée mondiale de lutte contre l’homophobie. Manifestations et actions militantes ont lieu un peu partout. En Auvergne, 3 jeunes femmes ont accepté de raconter la façon dont elles vivent leur orientation sexuelle dans leur vie de tous les jours.

Dans le cadre de la journée mondiale de lutte contre l'homophobie, 3 Auvergnates témoignent de la manière dont elles vivent leur orientation sexuelle.
Dans le cadre de la journée mondiale de lutte contre l'homophobie, 3 Auvergnates témoignent de la manière dont elles vivent leur orientation sexuelle. © PHILIP FONG / AFP

La journée mondiale de lutte contre l’homophobie, ce lundi 17 mai, est l’occasion de rappeler les inégalités et discriminations qui frappent encore les personnes homosexuelles. En Auvergne, 3 jeunes femmes qui vivent leur orientation sexuelle au grand jour, témoignent de leur quotidien. Léa, 23 ans, est originaire des Combrailles. Lorsqu’elle rencontre sa compagne, il y a un an et demi, c’est le coup de foudre. Elle la présente rapidement à sa famille : « Ca s’est très bien passé dans l’ensemble. J’ai eu un peu peur de la réaction de mes frères mais je me suis complètement trompée. Mes amis et ma famille étaient un peu choqués mais tout le monde l’a bien pris. Il y a juste une de mes collègues de travail qui m’a demandé comment c’était arrivé, comme si j’avais une maladie. Après, je n’ai pas à me cacher et si quelqu’un le prend mal, je vais réagir, parce que ce n’est pas normal », raconte la jeune femme. Elle vit désormais pleinement sa relation sans se soucier du regard des autres. « Je n’ai jamais reçu de remarque, après parfois les gens nous regardent un peu bizarrement. Quand on a emménagé ensemble et qu’on a visité des appartements, il y avait des gens qui croyaient qu’on était en colocation, on était obligées de leur dire que non, nous sommes bien un couple », se souvient Léa. Pour elle, l’homosexualité est de mieux en mieux acceptée : « J’ai l’impression que les mentalités évoluent, même si ce n’est pas le cas partout. J’ai une coéquipière de football lesbienne qui n’est pas soutenue par ses parents, son père lui a même dit « Tu n’es plus ma fille ». Ca doit être très dur. Je suis plus chanceuse que d’autres ».

"J’ai l’impression qu’il y a des gens pour qui c’est une maladie"

Noémie, 18 ans, a officialisé sa relation avec une autre femme il y a un peu plus d’un an : « J’en ai d’abord parlé à mon frère, je savais qu’il allait être content. Ensuite je l’ai dit à mes parents, ma mère s’en doutait un peu, et ils m’ont dit que tant que j’étais bien et heureuse, ils étaient contents pour moi ». Malgré tout, dans son lycée de l'Allier, son orientation sexuelle choque parfois : « J’ai entendu des choses qui n’étaient pas sympa de la part de gens pour qui c’est inconcevable d’être avec quelqu’un du même sexe. C’était un peu difficile, j’avais peur des piques, des réflexions. J’ai l’impression qu’il y a des gens pour qui c’est une maladie, et je pense que c’est pire quand on est un homme gay », ajoute Noémie. Elle encourage maintenant à s’accepter : « Il y a certaines de mes amies qui n’osent pas en parler mais pour moi, il ne faut pas se priver d’un bonheur à cause du regard des gens. Pour moi, il faut s’accepter, ce n’est pas parce que tu aimes quelqu’un du même sexe qu’un truc ne va pas chez toi. Je pense que c’est quand même mieux accepté par rapport à l’époque de nos parents, mais on entend quand même encore des histoires de gens qui se font frapper, ou à qui on tourne le dos. »

" Ma marraine m’a dit qu’elle allait m’amener voir un médecin "

Manon, quant à elle, a toujours été attirée par les femmes, dès le plus jeune âge, et à 23 ans, elle vit ses relations au grand jour : « Passé un certain âge, je l’ai dit de moi-même. Je dis aux gens que je suis lesbienne et si ça ne leur plaît pas, tant pis. » Pourtant, son homosexualité lui a parfois causé du tort : « Ca s’est su dans mon collège, parce que j’avais embrassé une fille, et on avait fait une photo. Cette photo, quelqu’un l’a récupérée et l’a montrée à tout le collège. A cet âge, les gens sont méchants et puis c’était un peu nouveau pour eux, alors j’ai eu droit à des réflexions du style « Tu es gouine », « Tu es bizarre », « Tu n’es pas normale », « C’est contagieux, je ne te touche pas ! », des choses comme ça », se souvient Manon. Si la plupart des membres de sa famille ont accepté l’orientation sexuelle de cette jeune Clermontoise, elle a malgré tout subi quelques remarques : « Ma marraine m’a dit qu’elle allait m’amener voir un médecin. Après, il y a ceux qui sont dans le déni, comme ma grand-mère, qui me demande encore comment s’appelle mon petit copain alors que je suis avec ma copine depuis des années ! »

"Plus on en parle, moins c’est tabou"

« Je pense que ça vient vraiment de l’éducation. On a avancé un peu avec le mariage pour tous mais je pense qu’il y a un peu d’ouverture d’esprit à avoir pour certaines personnes. En parler à l’école, ce ne serait pas mal, et puis surtout, il faudrait légaliser le fait que les couples homosexuels puissent avoir des enfants, pour qu’il n’y ait plus de différence. Il faut effacer la différence, tout ce qui fait qu’on est différents des couples hétérosexuels », raconte Manon. Pour Cindy, sa compagne, l’homosexualité est malgré tout de mieux en mieux acceptée : « C’est vraiment normalisé, comme ça aurait toujours dû l’être. Plus on en parle, moins c’est tabou. Par exemple, Bilal Hassani qui s’assume ou les joueurs de foot qui portent le maillot avec le drapeau, ça touche beaucoup de gens. Moi, avant, je n’avais jamais vu des hommes qui portent des crop-tops, et maintenant il y en a plein ! Il faut s’assumer comme on est. » Pour Manon, le bonheur passe par l’acceptation : « On ne tombe pas amoureux d’un corps mais d’un cœur. Le corps, ça change avec l’âge, mais le cœur ça reste. »

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