« La propagation du virus nous inquiète » reconnaît le recteur de l’académie de Clermont-Ferrand

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Écrit par Catherine Lopes
Dans l'académie de Clermont-Ferrand, mardi 4 janvier, on dénombrait une "petite centaine de classes où l'accueil est suspendu" selon le recteur.
Dans l'académie de Clermont-Ferrand, mardi 4 janvier, on dénombrait une "petite centaine de classes où l'accueil est suspendu" selon le recteur. © SULIANE FAVENNEC / AFP

Alors que le risque de contamination n’a jamais été aussi élevé à cause du variant Omicron, la rentrée scolaire se déroule dans un contexte tendu. « La situation est sensible » confirme le recteur de l’académie de Clermont-Ferrand. Les syndicats de professeurs et de parents d’élèves dénoncent une impréparation de la rentrée.

Après deux semaines de vacances, les élèves ont repris le chemin de l’école lundi 3 janvier. L’épidémie de COVID progresse, y compris dans l’académie de Clermont-Ferrand, mais pour l’heure, aucun établissement, école, collège ou lycée n’est fermé. Karim Benmiloud, recteur de l’académie de Clermont-Ferrand, détaille : « La situation est sensible, nous sommes attentifs aux remontées du terrain. Mardi 4 janvier, il y avait une petite centaine de classes où l’accueil a été suspendu, dont environ 80 pour le Puy-de-Dôme. La situation n’a pas évolué depuis mardi. Dans le premier degré, il y a 6 % d’enseignants absents et 4,75 % dans le second degré. La moyenne nationale se situe entre 5 et 10 % ». Les absences liées au COVID viennent s’ajouter aux absences dites habituelles, les maladies ordinaires, les congés maternité, les congés paternité et autres.

"Dans les écoles et les établissements, c’est un peu la pagaille"

Les syndicats d’enseignants dénoncent le manque de remplaçants. David Aliguen, cosecrétaire CGT Educ’Action, explique : « Dans les écoles et les établissements, c’est un peu la pagaille. Au vu des absences, des arrêts d’un certain nombre de personnels enseignants et non-enseignants, on se retrouve dans une situation où les collègues absents ne sont pas forcément remplacés, où les vies scolaires sont désorganisées. Il y a une désorganisation qui est croissante. Ni le ministère ni le rectorat, malgré les annonces, n’ont prévu véritablement les moyens de remplacement suffisants pour faire face à ces arrêts. Dès le mois de décembre on savait que la rentrée du 3 janvier allait être compliquée, c’est pourquoi un certain nombre de syndicats dont le nôtre se posaient la question d’un report de la rentrée, pour que le gros de la vague soit passé et qu’on mette en place des solutions pour pouvoir accueillir les élèves dans de bonnes conditions ».

De nouveaux remplaçants mobilisés

Mis en cause sur la question des remplacements insuffisants, le recteur de l’académie de Clermont-Ferrand répond : « Tous les remplaçants dont nous disposions sont mobilisés, ce sont des titulaires de l’Education nationale. Nous avons reconstitué une brigade de remplaçants au cours des deux dernières rentrées, car il y avait un déficit structurel. Comme on a de nombreux professeurs qui sont indisponibles, nous sommes mobilisés pour trouver des enseignants supplémentaires comme contractuels. On a plusieurs leviers de mobilisation. Il y a d’abord l’élargissement des viviers aux étudiants de fin de cycle de formation. On fait appel à de jeunes retraités, ce que l’on n’avait pas fait jusqu’ici. Ils sont à la retraite soit depuis le 1er septembre 2020 ou le 1er septembre 2021, on ne parle pas de retraités partis il y a longtemps. On sollicite aussi des personnes qui ont présenté le concours de recrutement du premier degré et qui n’ont pas été reçues. On peut leur proposer des contrats qui pourront aller jusqu’à la fin de l’année si nécessaire ». Il ajoute : « Nous n’avons pas limité le recours à ces remplaçants. Nous avons donné carte blanche aux inspections académiques pour les recrutements. Il n’y a pas de plafond. L’idée est d’avoir un maximum d’absences qui soient remplacées par des professeurs face aux élèves ».

Des moyens demandés

Pour David Aliguen, cosecrétaire CGT Educ’Action, il faut encore aller plus loin : « On a préconisé des recrutements exceptionnels pour le premier degré, notamment sur les listes complémentaires, de titulariser les enseignants contractuels pour avoir un vivier de remplacement avec un véritable statut. On demande des moyens supplémentaires en termes de vie scolaire, pour pouvoir assurer la cantine, le nettoyage dans de bonnes conditions ». Karim Benmiloud justifie les difficultés rencontrées par le rectorat : « La propagation du virus nous inquiète. Sur le plan des ressources humaines, les équipes du rectorat sont pleinement mobilisées. La réactualisation de ces viviers avait été amorcée bien avant les vacances. Mais trouver des contractuels implique qu’on ait aussi suffisamment de personnes intéressées, disponibles. Je prends l’exemple des personnes qui ont présenté les concours et qui n’ont pas été reçues. Elles ont pu prendre d’autres engagements pendant l’année. De plus, on a besoin de remplaçants partout sur le territoire, y compris dans les zones rurales, donc il peut y avoir des problèmes liés à des obligations familiales ou personnelles. Ce sont des opérations de ressources humaines qui sont très techniques. Dans ces viviers, nous avons aussi des collègues qui préfèrent se concentrer sur la préparation du concours et qui donc font le choix de ne pas être recruté comme contractuel ».

"Les personnels sont très inquiets"

Les syndicats d’enseignants dénoncent un protocole sanitaire qui n’est pas à la hauteur, selon eux . Patrick Lebrun, secrétaire académique FSU, indique : « Dans le second degré, les personnels sont très inquiets. Il n’y a pas d’évolution du protocole. On voit des élèves qui de jour en jour sont cas contact, partent et reviennent. Cela désorganise le service et on voit l’amplification de la circulation du virus. Mais le protocole ne permet pas de rassurer les personnels, pour travailler de manière correcte ». Il enchaîne : « Cette rentrée n’est absolument pas préparée. Le ministre n’annonce pas grand-chose dimanche soir, qui plus est dans un journal. On n’avait aucune information et on a regardé bêtement nos messageries professionnelles. On se rend compte que le protocole est moins strict. Dans les cantines, aucune mesure spécifique n’est prise. On voit aussi que les AED (assistants d’éducation, NDLR) sont très impactés : si à un moment, il n’y a plus de surveillants dans les établissements, ils ne peuvent plus fonctionner. Les vies scolaires sont débordées car il faut qu’elles gèrent toutes les absences. On manque aussi d’infirmières dans les établissements ».

"Comme il y a un an, on a très peu d’accompagnement"

David Aliguen, cosecrétaire CGT Educ’Action, ajoute : « Dans les écoles, avec la politique de tests, les élèves doivent se faire tester trois fois en cinq jours. Pour les familles c’est source de contraintes, et pour les élèves c’est source d’angoisses. Le gouvernement n’a pas pris la mesure de ce qui se passe. Dans le même temps, et on le voit dans le secondaire, il y a un certain nombre de postes qui vont être supprimés dès la rentrée prochaine. Pour les collègues enseignants, c’est bis repetita. Comme il y a un an, on a très peu d’accompagnement ».

La question des examens

Les syndicats s’inquiètent de la tenue normale des examens. David Aliguen, cosecrétaire CGT Educ’Action, souligne : « Dans les lycées, il y a beaucoup d’incertitudes pour les examens, avec des épreuves de spécialité qui doivent avoir lieu au mois de mars. Mais les élèves et les professeurs vont peut-être avoir des absences pendant ces deux prochains mois. Notre revendication est de demander un report de ces examens à la fin de l’année, pour que la préparation puisse avoir lieu dans de bonnes conditions et qu’elle soit la plus égalitaire possible. Dans les lycées professionnels, les élèves sont censés être en stage mais il y a une certaine cacophonie, avec des personnels qui ne savent pas si les stages vont avoir lieu ». Patrick Lebrun, secrétaire académique FSU, précise : « Il y a de l’inquiétude et une grande fâcherie par rapport aux propos qui ont été tenus par Jean-Michel Blanquer à la rentrée. Il ne nous annonce rien. On sait que le virus circule beaucoup plus mais on voit qu’il n’y a rien de changé. Les collègues sont inquiets pour eux-mêmes mais aussi pour le travail qu’ils peuvent faire avec les élèves. Quand il y a régulièrement des élèves absents, il est dur d’avancer, de progresser. Il y a une échéance avec des évaluations qui vont bientôt tomber avec le baccalauréat. On demande un report en juin de cet examen-là. Je ne vois pas comment on peut l’organiser de manière correcte ».

La dotation en masques

Autre revendication syndicale, à propos de la dotation en masques pour les enseignants. Patrick Lebrun, secrétaire académique FSU, insiste : « On voudrait des masques car on a eu en début d’année scolaire cinq masques en tissu. Ils doivent tenir toute l’année. On doit être les seuls dans ce cas. Contrairement à ce qu’affirme monsieur Véran, il y a très peu de capteurs de CO2 dans les établissements. La Région Auvergne-Rhône-Alpes donne, sur demande, 10 capteurs par lycée. Or on a 30 ou 40 salles de classe. On nous dit de ventiler, mais comment faire quand il fait froid comme aujourd’hui ? ».

L'annonce de Jean Castex

Karim Benmiloud, recteur de l’académie de Clermont-Ferrand, lui répond : « Il y a eu des dotations de masques en tissu. Ils ont été distribués. Le Premier Ministre a annoncé ce matin que des commandes seraient passées pour pourvoir les enseignants en masques chirurgicaux. Cette annonce vient d’être confirmée lors d’une visioconférence avec le ministre, sous réserve des recommandations des autorités de santé qui sont imminentes. Les échéances données sont le courant ou la fin du mois. Il sera fait droit à cette demande des enseignants ».

Le point de vue des syndicats de parents d'élèves

Les syndicats de parents d’élèves sont également inquiets. Catherine Béthermin, vice-présidente FCPE 63, affirme : « Les moyens ne sont toujours pas présents pour les écoles et les élèves. On a les informations un dimanche à 17 heures pour le lundi matin et ça ne peut forcément pas fonctionner comme cela. Avec un réveillon et un premier de l’An aussi proches de la rentrée, on pouvait imaginer qu’il y allait avoir beaucoup de familles qui allaient se rendre compte qu’elles étaient contaminées. Quand on voit ce qui a été mis en place pour les élèves, pas de fermeture de classe, se tester trois fois, je ne sais pas si beaucoup d’adultes accepteraient de se faire autant de fois torturer le nez. On voit qu’il n’y a toujours pas d’embauche de personnel pour réduire le nombre d’élèves dans les classes, toujours pas de capteurs de CO2, toujours pas de mise en place de personnel supplémentaire pour le nettoyage ».

"Une instruction complètement inégalitaire d’un enfant à l’autre"

Elle redoute une inégalité des chances des élèves à cause du manque de remplaçants : « Les élèves sont habitués à avoir des absences de surveillants et de professeurs. Les remplacements n’existent quasiment plus. Ils ont déjà appris à s’organiser, plus ou moins bien. Cela se traduit par une instruction complètement inégalitaire d’un enfant à l’autre. Ce n’est pas tolérable ». Sur ce point, Karim Benmiloud rétorque : « Nous vivons cette crise sur l’ensemble du territoire national. Potentiellement, ces absences peuvent toucher l’ensemble des écoles, pas plus certaines que d’autres. Tout le monde est logé à la même enseigne. Les enseignants sont très sensibilisés à la question de la progression des élèves. Ils ont à cœur que l’ensemble de la classe poursuive la même progression au fur et à mesure. Il ne s’agit pas de laisser les élèves sur le bord du chemin, d’en oublier certains. Tout cela sera lissé d’ici la fin de l’année ».

"Les parents d’élèves sont inquiets pour la suite"

L’absentéisme préoccupe aussi Hervé Raquin, président de la PEEP de Clermont-Ferrand : « Il y a une très grosse inquiétude de la part des parents et des professeurs. Après quelques jours de rentrée, on s’aperçoit que l’Education nationale vit au jour le jour. L’absentéisme est marqué et il n’y a pas de remplacements. La situation est très difficile et les proviseurs ont du mal à s’adapter au protocole. On aurait aimé qu’on aborde le sujet plus sérieusement. On aurait pu repousser la rentrée d’une semaine. Les parents d’élèves sont inquiets pour la suite. Ils se demandent si on ne va pas revenir à une fermeture de classes, à un enseignement à distance qui engendrait des difficultés d’enseignement. Je plains les enseignants, les enfants et les parents d’élèves ». Vendredi 7 janvier, comme toutes les fins de semaines, le rectorat communiquera sur l’évolution de la situation sanitaire dans l’académie de Clermont-Ferrand. On saura alors si d’autres classes sont touchées par des fermetures en raison de la progression de l’épidémie de COVID.

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