Le nouveau patron de Renault Jean-Dominique Senard vu par les syndicats de Michelin

Jean-Dominique Senard cultive une image de patron "social" / © ERIC PIERMONT / AFP
Jean-Dominique Senard cultive une image de patron "social" / © ERIC PIERMONT / AFP

Jean-Dominique Senard prend ce jeudi 24 janvier la succession de Carlos Ghosn à la tête de Renault. Les syndicats de Michelin gardent une image contrastée de leur futur ex-patron.

Par FG

Jean-Dominique Senard a été élu à la présidence de Renault ce jeudi 24 janvier en tandem avec Thierry Bolloré. Le patron de Michelin succède ainsi à Carlos Ghosn. 

A Clermont-Ferrand, les syndicats de la multinationale du pneu gardent une image contrastée de leur futur ex-patron. 

Pour la CGT, "Jean-Dominique Senard, c'est les finances qui gouvernent"

Pour Jean-Michel Gilles, secrétaire général de la CGT chez Michelin, le souvenir, "partout où il est passé, à Péchiney ou chez nous, c'est des suppressions d'emploi, la désindustrialisation de la France et des bénéfices qui vont aux actionnaires ! Tout ce qui a été décidé à la Roche-sur-Yon par exemple, c'est sous l'ère Senard !"

"Avec Jean-Dominique Senard, c'est les finances qui gouvernent. Il passe dans les usines, mais il évite les dialogues. Il ne faut pas le contrarier.  Sur Tours, la Roche-sur-Yon, le rechapage à Clermont, y'a pas de négociation : c'est comme ça et c'est comme ça."

Pour la CFDT, "un patron à l'écoute et humain."

Laurent Bador, de la CFDT, est moins radical : "Bien sûr, nous ne sommes pas toujours d'accord, mais au moins, il est à l'écoute et il est humain. Quand on a des choses à dire, on peut aller le voir, il est accessible. C'est notamment le cas à chaque fois qu'on a eu des problèmes sur des personnes en particulier ou pour des cas difficiles." 

"Bien sûr, quand il décide de fermer une usine, un service ou d'externaliser, on n'est pas d'accord. Mais le côté social, il en tient toujours compte dans ses prises de décision. Il respecte les hommes. Y compris dans les plans sociaux, le traitement social est fait dans des conditions acceptables. Si on prend le dernier cas à la Combaude à Clermont-Ferrand, les salariés qui ont eu des propositions de nouveaux postes ont dans la grande majorité eu des postes plus faciles ou plus intéressants."

Quand on demande à M. Bador si les salariés pourraient regretter Jean-Dominique Senard : "en termes de personne, oui. Si il est sur un trottoir, il va venir nous saluer, nous dire bonjour, nous demander comment on va. Pour moi c'est un patron qui a un aspect social et humain indéniable. J'espère que son remplaçant Florent Menegaux sera dans la même ligne !"

Pour la CFE-CGC, "il existe un décalage entre son image et ce qu'on vit chez Michelin"

Pour Jean-Christophe Laourde (CFE-CGC), le constat est plus nuancé : "Il a une image sociale, c'est clair. Il la cultive, d'ailleurs. C'est fondamentalement quelqu'un qui croit en ce qu'il dit. Dans son rapport fait avec Mme Notat, c'est clair qu'il porte des idées, qu'il a des convictions. Mais à l'intérieur de Michelin, ce qu'on vit, c'est pas tout à fait la même chose."

"Alors que Michelin va très bien financièrement, les salariés sont payés 6 % en dessous du marché, on a des participations et intéressements inférieurs à ce qui se fait ailleurs. Par rapport au plan de départ volontaire de 1.000 emplois, ceux qui restent subissent une pression énorme. Les conditions de travail se dégradent. On aimerait bien que les idées sociales de Jean-Dominique Senard se voient plus du côté des salariés, même si on sait que dans un monde capitaliste et libéral, il a ses contraintes." 

Quant aux rapports humains, "sa porte était toujours ouverte. En tant que délégué syndical central, il suffisait de prendre rendez-vous avec lui et il m'accordait une heure ou deux. Quand on connaît l'agenda d'un grand patron, c'est déjà un signe qui montre que c'est quelqu'un qui fait attention à ses salariés en écoutant leurs représentants."
 
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