Pass vaccinal : ce qu'en pensent ces restaurateurs de Clermont-Ferrand

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Écrit par Solenne Barlot
Dans les bars et les restaurants de Clermont-Ferrand, le pass vaccinal sera peut-être bientôt exigé.
Dans les bars et les restaurants de Clermont-Ferrand, le pass vaccinal sera peut-être bientôt exigé. © S.Barlot/FTV

Alors que les parlementaires se penchent sur le projet de pass vaccinal, les restaurateurs s'interrogent sur les conséquences de cette mesure sanitaire. A Clermont-Ferrand, les avis sont partagés.

L’Assemblée nationale a adopté en première lecture le projet de loi transformant le pass sanitaire en pass vaccinal, ce jeudi 6 janvier. La vaccination serait alors obligatoire pour accéder aux activités de loisirs, aux restaurants et bars, aux foires ou aux transports publics interrégionaux. Un test négatif ne suffira plus. Pour certains restaurateurs de Clermont-Ferrand, ce pass change de nom mais leur quotidien, lui, ne changera pas. C’est en tout cas ce que pense Manuel Castelain, assistant responsable de salle au sein du restaurant clermontois la Côte à l’Arête : « Ça a été une contrainte au début mais maintenant tout le monde a pris le pli, les clients comme nous, comme le personnel. Maintenant c’est devenu un moment d’échange. On a eu un peu de baisse de fréquentation lorsque le pass sanitaire est arrivé, le temps que nos clients se fassent vacciner et qu’ils obtiennent ce Graal. Maintenant, on n’a plus trop de souci. Les gens sont rentrés dans la troisième dose, on n’a pas vraiment de crainte ». C’est même, pour lui, une mesure plutôt rassurante : « On a eu des cas positifs dans l’équipe ce qui est vraiment catastrophique pour nous. C’est rassurant ce pass, ça apaise l’ambiance générale. On y est favorables et notre direction également. »

"On perd encore de la clientèle"

Dans les mesures barrières, le télétravail est, selon lui, ce qui impacte le plus les restaurants : « On est dans une zone où il y a beaucoup de bureaux et donc beaucoup de gens qui ne sont plus présents. On le voit à la circulation quand on arrive le matin. On voit qu’il y a beaucoup moins de monde sur la route car les gens sont en télétravail. Ça inclut une perte de clients habituels du midi. » Près de la Maison de la Culture, au bar-restaurant l’Univers, Murielle Nabrin la patronne craint de perdre des clients : « Le seul problème, avec ce pass vaccinal, c’est que les tests ne seront plus valides. Toutes les personnes non vaccinées ou pas à jour devront rester chez-elles. On perd encore de la clientèle. Ça nous demande un effort. Il faudrait avoir 4 mains. On manque de personnel en plus en ce moment. On avait embauché 2 personnes, les 2 ont le Covid donc personne n’est là. On travaille à 3. On a un nombre d’heures supplémentaires limitées qu’on est en train d’utiliser. Comment on va faire après ? On ferme ? On remet les gens en vacances ? Je ne sais pas. »

"On a perdu un monde fou"

Son établissement a déjà perdu une partie de ses clients, autant en raison du pass sanitaire que du télétravail, et les contrôles lui pèsent : « Tous les gens qui viennent sont en règle. On a pas mal d’habitués. On avait pris l’habitude de ne contrôler qu’une fois par semaine, ceux qu’on connait on ne les contrôlait pas systématiquement parce qu’on n’avait pas le temps de tout faire. On a eu un contrôle de police et maintenant on doit vérifier tous les jours. On a perdu un monde fou. On fait moitié moins de couverts qu’avant. On a une moyenne de 100 couverts, hier, on a eu du mal à faire 55. Le télétravail a un gros impact. On circule en voiture comme si on était au moins d’août. »

Pour elle, contrôler les vaccins ne devrait pas être laissé à la charge des établissements : « On est comme les clients, on ne sait jamais sur quel pied danser. Un coup on peut servir au comptoir, un coup on ne peut plus… On voudrait que les dirigeants aient le courage de prendre des décisions au lieu de nous demander à nous de contrôler les pass. Ils ne se mouillent pas. Quelque part, ça rend le vaccin obligatoire si on veut profiter et sortir, il fallait commencer par là. Ça fait un an et demi qu’on tourne autour du pot. Ils n’ont qu’à rendre le vaccin obligatoire et ne pas demander aux autres de faire leur boulot, on a déjà le nôtre. »

"Moi, j’en suis à réfléchir à faire autre chose"

Mais la clientèle a elle-aussi un avis à donner. Assis au comptoir devant un café, Adrien est partagé : « J’ai mes 3 doses de vaccin donc je suis en règle mais forcément, je perçois ce nouveau pass comme une obligation vaccinale déguisée. Pour notre liberté à tous, je suis plutôt contre. Ça complique mes habitudes. J’ai toujours mon portable sur moi mais pas forcément de batterie. Ça m’arrive d’arriver au restaurant ou au bar et de ne plus avoir de batterie donc pas de pass, et je ne peux pas manger. On est tous plus ou moins vaccinés mais j’ai quelques amis encore réticents au vaccin qui malheureusement vont se retrouver dans l’obligation de se vacciner pour continuer d’avoir une vie sociale. C’est vrai que l’isolement, c’est déjà un problème et je trouve que ça augmente avec ce pass. » Cet habitué est servi par Julie Laugier, l’une des responsables de l’établissement Le Gavroche. Elle est lasse de toutes ces mesures, au point de penser à se reconvertir. « Il y a eu tellement de variations, de restrictions, d’ordres, de contre-ordres et d’incohérences qu’on ne sait plus sur quel pied danser. Moi, j’en suis à réfléchir à faire autre chose, histoire de sortir de tout ça. Je ne m’y retrouve plus. Certains clients comprennent très bien, d’autres nous envoient ch*er. Il y en a qui arrivent et qui ne savent même pas ce qu’est le pass, on se demande où ils étaient pendant 2 ans. »

"On n’a plus le droit de faire confiance"

Julie Laugier désespère de ne plus avoir la même relation avec ses clients et se sent perdue : « Ce n’est pas notre rôle. Il n’y a plus de rapport de confiance. On ne sait jamais où on en est, comment on va travailler. A la rentrée, on a fait un gros service, et hier on a fait 10 couverts. C’est toujours quitte ou double. On ne sait jamais ce qui va arriver. Ça rend aigri, les rapports entre les gens sont compliqués. Ça crée des fossés entre tout le monde. » Il lui arrive même de devoir refuser de servir des clients réguliers : « On avait pas mal de gens qui venaient avec le test. Globalement tout le monde jouait le jeu. Nous, on travaille pas mal avec le centre Jaude et parfois ça arrive que des clients viennent sans leur téléphone, comme ils sont à côté. On ne peut pas les servir alors qu’on sait pertinemment que leur pass est valide mais, s’il y a un contrôle, on risque d’être sanctionnés. Ça, c’est compliqué. Ils ne comprennent pas. Même les gens qui sont là tous les jours, il faut continuer à les flasher. On n’a plus le droit de faire confiance. »

"On s’en sort bien"

Julie se plaint également des changements de procédure très fréquents : « L’autre jour, j’étais avec le personnel de 5 ou 6 établissement différents et on se demandait où on en était en termes de restrictions, si les gens avaient le droit ou pas d’être au comptoir, s’il y avait un nombre de personnes restreintes à table… Tout le monde avait des versions différentes. On ne sait plus ce qu’on a le droit de faire ou pas, c’est très compliqué. » Un peu plus loin, Vincent Picard, directeur du Victoire, est lui plutôt optimiste : « L’essentiel de nos clients sont vaccinés. Ça va forcément impacter quelques personnes, mais ça ne va pas être une charge supplémentaire phénoménale, c’est un travail qu’on fait déjà. Ce n’est pas une grosse contrainte même si ça fait perdre un peu de temps à la prise de commande. Dans l’ensemble, nos clients sont assez favorables, il y en a toujours qui râlent pour sortir leur pass sanitaire mais dans l’ensemble, ils n’y sont pas réfractaires. Si on fait le plein, c’est plus compliqué mais on y arrive. Ça m’arrive parfois de contrôler une deuxième fois des tables déjà contrôlées par mes serveurs. Tout va bien, on fait les choses dans les règles. Avec le télétravail, on a des services un peu plus creux, moins 20 ou 30 couverts. On fait avec, on n’a pas le choix. On s’en sort bien, on a été aidés et on est bien situés, on ne peut pas se plaindre. »  

"Ça rajoute encore de la complication"

A la brasserie de la Lune, près de la place Gaillard, la patronne fait une salade en urgence et pour elle, le pass est une contrainte supplémentaire dans ses journées déjà bien chargées : « C’est compliqué de contrôler les gens alors qu’on n’est pas assermentés, qu’on n’est pas médecins. Professionnellement, on n’a pas le choix, mais on fait avec. Ça rajoute encore de la complication. Il y a déjà des gens qu’on refuse mais maintenant, même ceux qui ont le test, on ne pourra plus les accepter non plus. Ce sont des clients en plus qu’on va refuser. Pour moi, si tout le monde se faisait vacciner, ça réglerait le problème ». Les réactions sont diverses : « Il y a les gens qui nous regardent comme si on venait de la planète Mars, les gens de mauvaise foi, ceux qui ont trop attendu pour la 3ème dose et dont le pass n’est plus valide… Je travaille 13 heures par jour en ce moment car on a un manque de personnel et ça rajoute encore une contrainte en plus. C’est dur, les gens en ont ras-le-bol. Ça crée 2 clans, les vaccinés et les non-vaccinés. Malheureusement, c’est pour l’intérêt général. Il faut que tout le monde s’y mette sinon on ne s’en sort pas. »

"C’est quelqu’un d’épuisé qui vous parle"

Elle craint également les conséquences de la généralisation du télétravail : « Le télétravail, c’est une catastrophe. On va avoir des couverts en moins, les gens vont manger chez eux, boire le café chez eux… ça va avoir un impact énorme. Ça a des répercussions très négatives sur notre travail. Le chiffre d’affaires d’aujourd’hui n’est pas celui qu’il était et on a l’impression qu’il ne le sera plus jamais. » Elle se dit très fatiguée par la situation : « On est épuisés. On nous demande de faire des choses qui ne sont pas de notre responsabilité. On est face à des gens dans l’incompréhension, qui sont parfois agressifs… On doit appliquer pour ne pas être fermés administrativement mais ce n’est pas notre rôle. On perd un temps dingue à contrôler tout le monde, c’est ubuesque. Il faut qu’on arrête d’être hypocrite et qu’on vaccine tout le monde au lieu de faire 3 pas en avant et 3 pas en arrière. Un commerçant doit prendre tous les clients qui viennent, c’est son rôle et on ne peut pas le faire correctement. C’est sans fin. C’est quelqu’un d’épuisé qui vous parle et pas quelqu’un d’en colère. »

"Il y a parfois un ras-le-bol"

Dominique, responsable du Garden Ice, est quant à lui plutôt rassuré : « Pour nous, ça ne change pas grand-chose dans la mesure où on ne nous demande pas de contrôler les identités. On aura peut-être quelques réactions agressives de personnes qui ne vont pas l’accepter, sinon ça ne change rien. Contrôler un pass, qu’il soit sanitaire ou vaccinal, c’est du pareil au même. Tous les clients qui présentent un test PCR n’auront plus accès à l’établissement, mais c’est difficile de savoir s’il ça représente beaucoup de monde ou pas. Après, environ 80% de nos clients sont déjà vaccinés. » Il reconnait néanmoins que la situation n’est pas toujours facile : « Quand on a du monde, surtout qu’on a une grande terrasse, c’est parfois compliqué pour le serveur de contrôler tout le monde. Ça demande plus de temps, la rapidité de service en pâtit. Il y a des gens qui ne comprennent pas forcément que le service soit moins rapide. Il y a parfois un ras-le-bol, les gens en ont marre qu’on leur demande leur pass 10 fois par jour et que ça dure. »

"Nous sommes les dindons de la farce"

Malgré quelques optimistes, selon Martine Courbon, présidente du syndicat UMIH (Union des métiers et industries de l’hôtellerie-restauration), l’état d’esprit général de la profession n’est pas au beau fixe : « Ça nous pose beaucoup de problèmes. Depuis 2 ans, nous sommes les dindons de la farce et, de nouveau, nos entreprises sont en difficulté à cause des obligations de ce nouveau pass vaccinal qui va être voté. Les bars ne peuvent pas faire consommer debout, le télétravail pose beaucoup de problèmes… Sur janvier, on prévoit -50% sur les restaurants, les bars et les hôtels. Les traiteurs, c’est vraiment une catastrophe aussi. Les gens qui venaient avec des tests ne pourront pas venir, c’est une clientèle que nous perdons automatiquement. Il n’y a jamais eu de cluster, jamais de problèmes… C’est toujours les mêmes, encore une fois. Les pertes de chiffre d’affaires, c’est pour nous et on doit se débrouiller. Je ne sais pas où on va trouver l’argent pour rembourser les PGE (Prêts Garantis par l’Etat, NDLR). Ça va être la catastrophe. »

"On nous entend, mais on ne nous écoute pas"

Martine Courbon espère que la profession va bénéficier d’aides de l’Etat pour faire face à une nouvelle période complexe : « Il va falloir que le gouvernement aide ces entreprises. Il faut qu’on nous aide pour les charges fixes, les salaires… Déjà qu’il nous manque du personnel, il y en a encore qui vont changer de métier. On nous entend, mais on ne nous écoute pas. Ça ne fait rire ni les employeurs, ni les employés. Si encore une fois on nous prive de tout ça, ils vont aller voir ailleurs. » Clients dans l’incompréhension, salariés fatigués, la profession est selon elle en difficulté : « La clientèle est assez partagée. Il y a ceux qui nous envoient balader, ceux qui comprennent et qui ont un mot gentil… Il y a la peur aussi avec les variants, les gens hésitent à sortir. Toutes les réceptions sont annulées. Les traiteurs prennent une belle claque et ça continue. On respecte tout ce que le gouvernement nous a demandé mais là, on est à bout. » Annoncé mi-décembre par l'exécutif face à la flambée du Covid-19, le projet de loi doit désormais être examiné par le Sénat la semaine prochaine, pour une entrée en vigueur que le gouvernement voulait au 15 janvier mais qui devrait être repoussée de quelques jours.

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