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PORTRAIT. Puy-de-Dôme : la 2CV , plus qu'une voiture, un art de vivre

Jean Duron, passionné inoxydable et collectionneur invétéré de 2cv depuis plus de 60 ans, vit sur le plateau de Laschamps (Puy-de-Dôme), au cœur de la chaîne des Puys. A l’image de son environnement immédiat, sa vie est pleine de reliefs. Jean le sait mieux que n’importe qui : « la 2cv n’est pas une voiture mais un art de vivre ». Alors, comme la voiture de son cœur, l’homme est libre et passe partout. / © J. Doumeng / France 3 Auvergne
Jean Duron, passionné inoxydable et collectionneur invétéré de 2cv depuis plus de 60 ans, vit sur le plateau de Laschamps (Puy-de-Dôme), au cœur de la chaîne des Puys. A l’image de son environnement immédiat, sa vie est pleine de reliefs. Jean le sait mieux que n’importe qui : « la 2cv n’est pas une voiture mais un art de vivre ». Alors, comme la voiture de son cœur, l’homme est libre et passe partout. / © J. Doumeng / France 3 Auvergne

Pour Jean Duron, passionné inoxydable et collectionneur invétéré de 2cv depuis plus de 60 ans, qui vit dans le Puy-de-Dôme, au cœur de la chaîne des Puys : « La 2cv n’est pas une voiture mais un art de vivre ». Alors, comme la voiture de son cœur, l’homme est libre et passe partout.

Par Jérôme Doumeng

C’est le dos courbé par le poids des années et le travail acharné que Jean Duron, 86 ans, nous accueille chez lui, à Laschamps, dans le Puy-de-Dôme. Au beau milieu des 2cv désossées, le pas fragile et hésitant, il marche pourtant sans canne. Mais il tient, inlassablement, au bout de ses doigts, la laisse de son « ptit’ fillou ». Reinette, sa fidèle amie. Petite chienne, de tous les voyages en deudeuches, toujours bien calée sur l’épaule de son maître. Les deux passions en bandoulière, Jean Duron nous ouvre, en grand, ses portes.
Les gens d'ici : Jean Duron
Jean Duron, passionné inoxydable et collectionneur invétéré de 2cv depuis plus de 60 ans. A l’image de son environnement immédiat, sa vie est pleine de reliefs. Jean le sait mieux que n’importe qui : « la 2cv n’est pas une voiture mais un art de vivre ». Alors, comme la voiture de son cœur, l’homme est libre et passe partout. - France 3 Auvergne

« Quand j’étais un vandale »


Dans un décor de far-west où les carcasses de 2cv rivalisent, Jean plante le décor : « Je n’ai rien appris. A l’école, pendant que les autres étudiaient, moi je cassais les carreaux, je détruisais du matériel, j’étais un vandale, mais, la vie m’a tout appris ». Depuis 1954, la vie lui a notamment tout appris de cette « moto avec un parapluie » qu’est la 2cv, à qui il a consacré toute sa vie parce que « même si, quand on est au volant, on a les genoux dans l’estomac, la 2 cv elle, elle pardonne tout, toutes les erreurs de conduite, ce n’est pas comme les femmes ! » s’en amuse Jean. D’ailleurs la sienne n’a jamais pu supporter sa passion. « Un jour, je voulais tester les freins, ma femme a donc pris le volant et une fois arrivée dans Clermont, elle s’est retrouvée les pattes en l’air, dans la 2 cv. J’avais oublié de verrouiller le siège. Depuis ce jour-là, elle a exécré cette voiture, cela l’a déchaînée contre les 2cv ! ». Jean en rit encore.

Quatre millions de kilomètres au compteur


Après avoir roulé sans permis dès l’âge de 14 ans, Jean a cumulé plus de quatre millions de kilomètres au volant d’un poids lourd. Une vie de transporteur routier international. Aux heures les plus sombres, il a sillonné, de long en large, l’Europe des dictatures. De l’Allemagne d’Hitler, à l’Italie de Mussolini jusqu’au Portugal de Salazar. « Tous des ffffumiers ceux-là ! » tempête-t-il. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les pays du Nord comme la Suède ou encore le Danemark eurent toujours ses faveurs. « Les routes du Sud, ça pue, c’est sale, les gens jettent tout et partout ! » rouspète encore Jean avant de se radoucir. « En Suède, je livrais du verre fabriqué dans la Loire et je redescendais mon camion rempli de fûts d’intestins pour la charcuterie lyonnaise ». Son œil frise.

« Je ne râle pas, je m’exprime »


Sa fille vient de lui offrir pour cadeau un tee-shit qu’il porte en étendard sur lequel on lit : « Je ne râle pas, je m’exprime ». Il faut dire que l’autre école de Jean, pendant longtemps, c’était la révolution communiste. Membre du parti, il s’est érigé contre toutes les inégalités. Son mentor ? A ne pas confondre avec Pedro Almodovar, c’est un certain…Pablo el Modovar. « Un bandit, pire que moi !, mais un bandit au grand cœur ! Sous Pinochet, il a piqué le pognon à des riches chiliens pour le donner à 25 000 habitants de Santiago qui étaient dans une misère noire. C’est pourquoi d’ailleurs j’ai décidé que mon garage porterait bientôt son nom. Je vais faire faire une plaque émaillée, et je vais inaugurer ici, chez moi… l’Espace Pablo el Modovar ! ».
Pour quelqu’un qui râle, Jean ne se départit pour autant, jamais, de son rire en cascade et de ses yeux pétillants. D’ailleurs quand on lui demande où il puise ses ressources pour nourrir sa joie de vivre communicative, la réponse fuse tel un révolutionnaire prêt à partir sur le front: « Je résiste à tout ce qui m’ennuie, je lutte. La vie c’est ça ! C’est lutter pour dépasser les difficultés ».
 

Une vie dans la deuch’ ou une vie de deuch’
 

Ce jour-là, en pleine période de canicule, Jean combattait une grippe tenace. Mais la veille au soir et jusqu’à 3 heures du matin, il avait malgré tout travaillé, à la fraîche, sur une 2cv. On avait bien fini par prendre la route, une deudeuche entre les mains, bien sûr, Reinette, évidemment, calée comme toujours, dans le dos de Jean, accrochée à sa laisse qui elle-même était fixée au levier de vitesse. Avec une profonde sincérité, Jean nous dit…« merci » de l’avoir écouté. Reinette semblait tout comprendre. « Elle a une grosse personnalité ». Tel maître, tel chien.

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