Sommet de l'élevage de Clermont-Ferrand : « C’est mieux qu’à Paris ici, la capitale, c’est Clermont »

Après 4 jours d’échanges, le Sommet de l’Elevage touche à sa fin ce vendredi 8 octobre. Des exposants aux visiteurs, ce carrefour de la ruralité est d’abord et surtout celui d’un public averti, et très pointu. Au risque de ne pas soulever ici un lièvre : le Sommet, c'est pas la Foire.

Ce vendredi 8 octobre 2021 se referme le 30ème Sommet de l'Elevage de Cournon-d'Auvergne près de Clermont-Ferrand. La Grande Halle d'Auvergne a, une fois de plus, fait le plein. Depuis toujours, on vient ici plus pour consolider les acquis et se projeter dans un monde agricole innovant. Aussi, que l'on soit jeune ou moins jeune, les perdreaux de l'année sont rarissimes. Pour personne ici, une Limousine est une voiture longue et luxueuse.

Le modèle 1050, 500 cv m’impressionne 

Soyons clairs, si vous cherchez un enfant pour vous dire que le lait sort d'une bouteille ou d'une brique, c'est peine perdue. Personne non plus pour prononcer Salersss à la vue des acajous du Cantal, aux cornes en forme de lyre. Ici, c'est pas la Porte de Versailles à la fin du mois de février. Non non. Les gamins portent des bottes en caoutchouc kaki et sales et se baladent en jogging avec une casquette fièrement vissée sur la tête aux couleurs d'engins agricoles. Tels des étendards de leur équipe préférée. Ainsi sont apparus au beau milieu de géants d'acier les cousins Edgar et Jules. 12 ans tous les deux, fils d'éleveurs d'Aubrac à Laguiole (Aveyron). Ils étaient en pleine moisson de posters publicitaires offerts à qui veut bien s'y intéresser. « Ils viendront ceux-là compléter ma collection », avance Edgar, « et moi la mienne » surenchérit son cousin. « Les murs de ma chambre en sont couverts ».

Pour une fois que Mbappé est hors-champ. La vache ! Les egos de Messi, Neymar et compagnie en prennent là un sérieux coup. Les stars de ces deux-là s'appellent plutôt Massey Ferguson (rien à voir avec Manchester United), Claas, ou New Holland et ne poursuivent qu'un but : rendre la tâche de l’agriculteur moins pénible. Et, à leurs yeux brillants, le « ballot d'or » s'il existait reviendrait sûrement à Fendt. « C'est la Rolls- Royce des tracteurs » tranche Edgar avant d'en dire plus. « Ca m'impressionne, surtout le modèle 1050 de 500 chevaux. Il y en a pour 300 000 euros au moins ! Allez les voir, ils sont juste derrière ». Jules de rêver éveillé : « Mon père a des John Deere mais quand je reprendrai la ferme, je l'améliorerai et peut-être que j'aurai alors un Fendt ». Edgar et Jules doivent encore creuser leur sillon. Pour les aider, le lycée agricole Louis Mallet de Saint-Flour (Cantal) les attend déjà tous les deux. 
 

 

300 000 plus 100 000 euros d’options

C'est comme face à un éléphant, on se sent petit. Très petit. C'est que toutes ces bêtes, c’est vrai, impressionnent avec leurs regards sévères. « Et encore ce n'est que le modèle en-dessous du 1050. Celui-ci c'est le 936 qui développe 360 chevaux. Le 1050 n'est pas disponible en ce moment. La chaîne de fabrication et les délais de livraison sont enrayés par la crise sanitaire. Et aux 300 000 euros, vous pouvez rajouter 100 000 euros de plus pour les options. Les avancées technologiques sur ces modèles sont sans égal. En Europe, la marque Fendt se positionne au 3ème rang, derrière John Deere et New Holland » vient nous renseigner un vendeur de la concession. Edgar, du haut de ses 12 ans, en savait un rayon. Avec lui, mieux valait donc se garder de poser des questions à la c…du genre : « Dis-moi, sais-tu d'où vient le lait ? » Il aurait sûrement marqué un temps d’arrêt, interrogé du regard pour savoir si c’était du lard ou du cochon. Une poule qui aurait trouvé un couteau.
 

C’est pas de la couillonnade là !

A ce propos, après la lourde, voici l'artillerie légère. Quand l'infiniment grand côtoie l'infiniment petit, quand le futur tourne le dos au monde d'hier. Là, au c..  des pachydermes de fer, Christian, affûteur, son 30ème Sommet de l’Elevage. Trente ans qu’il invite d'une voix à peine audible : « Si vous êtes à l'affût des bonnes choses, venez me voir ! ». Même là, se nichent des esprits aiguisés, des yeux pointus. Prenez Patrick par exemple, aimanté par ce petit établi de fortune où Christian, à l’ombre des ogres de plomb, tente de démontrer tout l’efficacité de ses limes triangulaires sur lesquelles il fait glisser des lames en tout genre. « Voici la faux et usage de faux » annonce-t-il. Jamais à court de bons mots, « c’est de l’or en barre » promet-il. Eh bien, même là, il y a des experts. Patrick, donc. Spécialiste de mécanique agricole à Beaulon, dans le Bourbonnais, voix forte : « Là, c’est pas comme à côté, c’est pas de la couillonnade là ! Ca fait 10 ans que je lui achète ces pierres à aiguiser. Avec tous les outils dont j’ai besoin quand je répare mes vieux coucous, je peux vous dire que c’est très utile des trucs comme ça. Ca, c’est du sérieux ! ».


Christian ne bronche pas. Le client lui fait l’article. Puis vient le moment où la lame rencontre le papier. Instant solennel magnifié par un geste de magicien. Clou du spectacle. Public conquis. Tel un artiste de rue qui tend un chapeau, Christian empoche 40 euros pour deux pièces vendues. Le tour est joué. Et l’affûteur futé de déclarer : « Ici, c’est mieux qu’à Paris, la capitale de la France, c’est Clermont ! Dites-le à tout le monde ». Patrick du tac au tac : « Tu m’étonnes, ici, en Auvergne, on a tous un couteau dans les poches. Tiens regarde ! Mon Laguiole fabriqué à Thiers, il m’aide à tout. Quand je dois couper une ficelle, crac ! ».  Charles, à côté, en applaudirait presque. Ce retraité venu de la Creuse est ici comme au spectacle. Il coupe la parole : « Moi j’adore ces mecs –là, ils sont très forts. C’est par sur Amazon que tu vas trouver ces produits ».

Dans quelques minutes, la Grande Halle d’Auvergne redeviendra silencieuse. A l’image de Mathilde adossée à sa vache Gabana. A voir cette jeune éleveuse de Haute-Savoie, on la penserait installée devant un feu de cheminée, bien coincée dans un canapé moelleux. Comme chez elle. Comme elle, comme pour les autres, ce Sommet c’est leur seconde maison. A chacun son salon.
 

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
le sommet de l'élevage agriculture économie