Sommet de l'Elevage de Clermont-Ferrand : « Ici, on fait comme à la maison, on trait et on lave tous les jours »

Publié le Mis à jour le
Écrit par Jérôme Doumeng
Chaque jour, au petit matin, les 140 bovins de toutes les races laitières présentes au sommet de l’élevage prennent la douche. « Elles doivent être présentables » disent, unanimes, les éleveurs.
Chaque jour, au petit matin, les 140 bovins de toutes les races laitières présentes au sommet de l’élevage prennent la douche. « Elles doivent être présentables » disent, unanimes, les éleveurs. © Jérôme Doumeng / FTV

Le Sommet de l'Elevage de Clermont-Ferrand fait son grand retour. Après une année blanche pour cause de pandémie en 2020, il accueille donc à nouveau depuis ce mardi 5 octobre 2021 les professionnels de l'élevage. Plus de 1 500 exposants, et plus de 95 000 visiteurs y sont attendus pendant 4 jours.

Parce que ce Sommet de l'Elevagede Clermont-Ferrand est une vitrine internationale, seuls les animaux d'excellence y ont droit de cité. Si l'on cherche la noblesse de robe, alors il faut aller dans la cour des bovins. Là, où chaque matin, les reines prennent leur bain, où tous autour d’elles y sont aux petits soins.

Station de lavage ou "station de la vache" ? Les deux

Si ce n'était pas l'objet de toutes les attentions, tout ressemblerait à une station de lavage automobile. Des hommes et des femmes, armés de brosses de nettoyage en nylon dans une main, et de jets d'eau dans l'autre. Des roues au capot, côte à côte, en rang serré, et que ça astique et que ça décrasse. Même le pot d'échappement y a droit. Derrière cette chorégraphie parfaitement huilée, les regards impassibles des suivantes, à attendre leur tour bien sagement derrière, sans signe d'agacement, aucun. L'impatience serait donc l'apanage du genre humain ? Ici cesse donc la comparaison. Sous les belles carrosseries, point de chevaux ni de moteurs rutilants mais de sacrés bestiaux. Les plus beaux spécimens de leur race. Prim'holstein, Simmental, Brune, Aubrac, Salers, toutes triées sur le volet. « Ici, il n'y pas de rouleau, ni de bouton pour appuyer et puis elles sont mieux lavées que les voitures ! » s'amuse de l'image cet éleveur en tenue imperméable de la tête au pied. Une bouteille de produit vaisselle d'un litre entre les doigts, il colore de jaune le dos de l'une de ses vaches de race Montbéliarde. Il faut que ça brille. Et à voir tous les bovins étirer leur cou quand l'eau en vient à chatouiller leurs joues, on se dit qu'il en va du bien-être des humains comme celui des animaux. « D'autant que l'eau est tiède !» s'étonne avec joie Cédric. « Ici, on fait comme à la maison, on trait et on lave tous les jours » raconte-t-il en faisant mousser le dos d'une de ses chères protégées.
 

« L'Elite » et les moissons de médailles

Cédric Castanet est un jeune éleveur, installé en Gaec avec ses parents et ses frères sur la commune de Saint-Arcon-de-Barges (Haute-Loire). Toute la famille est restée à la ferme, seul lui est venu avec la crème des crèmes de cette race à lait. A se faire bichonner, il y a là « L'Elite », 6 ans, mère de 4 veaux, sa fille « Optilite » (« parce que c'était l'année des O ») et Omégastar son arrière-arrière petite nièce, 3 ans toutes les deux. « Sur 8 vaches que j'ai présentées, 3 ont été sélectionnées pour le Sommet » se réjouit-il. « Pour en arriver là, il faut passer des sélections » explique Patrick Boit, animateur de la race Montbéliarde. « Tout commence, chaque année, début septembre. On fait le tour des 27 exploitations de Haute-Loire spécialisées dans cet élevage. Un premier tri sélectionne d'abord  95 bêtes puis une semaine avant le Sommet, nouvelle sélection, seules 24 vaches sont retenues. Ce sont celles qui présentent notamment de très bonnes mamelles, et des dos bien rectilignes ».
 

Au Sommet de la pyramide

La Haute-Loire est le deuxième département français de la race après le Doubs. Environ 10% du cheptel français y est élevé, soit environ 90 000 bovins Montbéliard. « Surtout parce que le territoire de semi-montagne leur convient très bien » rajoute Patrick Boit. Dans deux jours, le grand jour. Sur le ring, au sortir d'une énième douche matinale, Elite, sa fille et son arrière-arrière petite nièce seront sous les feux des projecteurs. Un tour de piste ou deux, livrées en pâture au regard expert des juges. Cédric espère cette année encore faire monter sur la plus haute marche du podium ses belles de concours. « Il y a 5 ans, Istanoise a remporté le Grand Prix ». La consécration après une moisson de médailles sur tous les concours de France. Aujourd'hui la miss « est devenue donneuse permanente d'embryons » explique Cédric. 


« Vous imaginez ici, c'est LE concours national, c'est le plus relevé de France, toutes les régions sont là, il y a 140 vaches laitières en compétition ! Alors quand vos animaux gagnent, les retombées sont grandes. Grâce à ce Sommet, nous, on vend 30 bêtes par an, partout en France à des prix variant entre 1 500 euros et 10 000 euros, selon l'âge de l'animal et selon d'autres critères. Et puis, il y a les embryons. On les prélève à 7 jours dans une donneuse, comme Istanoise, et on insémine les paillettes (qui peuvent coûter entre 400 et 800 euros) dans l'anatomie d'une vache-hôte. Une mère porteuse. Mais pour nous, gagner un concours s'est toujours une immense joie surtout parce que cela récompense notre travail au quotidien et surtout notre passion ». A entendre et à croiser le regard de cet éleveur, difficile d'en douter. « L'Elite » de Cédric doit à présent céder sa place à une... « Néfertiti ». Une reine de beauté peut ici en cacher une autre. C'est ici, en somme, l'autre pays des vaches sacrées. Là, tout au sommet de la pyramide.
 

 

En partenariat avec France 3 France Bleu et Make.org

Participez à la consultation citoyenne sur la présidentielle 2022

Faites-vous entendre ! France 3 Régions s'associe à la consultation Ma France 2022, initiée par France Bleu sur la plateforme Make.org. Le but ? Vous permettre de peser dans le débat démocratique en mettant vos idées les plus plébiscitées au centre de la campagne présidentielle.