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TEMOIGNAGE. Steven raconte comment il a vécu l'homophobie lors de sa scolarité

C’est à l’âge de 18 ans que Steven comprend qu’il est homosexuel. Avant ça, il avait fréquenté des filles, mais il savait que ce n’était pas son truc. Lorsque son entourage l’a su, les actes homophobes contre lui ont commencé dans son établissement scolaire de Montpellier, et n’ont fait qu’empirer. / © GEORGES GOBET / AFP
C’est à l’âge de 18 ans que Steven comprend qu’il est homosexuel. Avant ça, il avait fréquenté des filles, mais il savait que ce n’était pas son truc. Lorsque son entourage l’a su, les actes homophobes contre lui ont commencé dans son établissement scolaire de Montpellier, et n’ont fait qu’empirer. / © GEORGES GOBET / AFP

Victime d’homophobie au cours de sa scolarité, Steven aide les jeunes qui peuvent être confrontés aux mêmes difficultés. Pour ce faire, il a rejoint l'association Le Refuge, à Clermont-Ferrand. Vendredi 17 mai il participera à la journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie. 
 

Par Aurélie Albert

C’est à l’âge de 18 ans que Steven comprend qu’il est homosexuel. Avant ça, il avait fréquenté des filles, mais il savait que « ce n’était pas son truc ».
Lorsque son entourage l’a su, les actes homophobes contre lui ont commencé dans son établissement scolaire de Montpellier, et n’ont fait qu’empirer se souvient-il.
Il a mis du temps avant d’accepter le regard des autres, mais aujourd’hui à 28 ans, le jeune militaire veut s’investir dans le milieu associatif. Il ne veut plus seulement faire des dons, il veut être actif et aider les jeunes qui peuvent se retrouver dans la même situation que lui.
C’est pour cela qu’il sera place de Jaude, à Clermont-Ferrand, vendredi 17 mai, avec l’association Le Refuge et d’autres, pour la journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie.
Avant ça, il a accepté de témoigner et de nous raconter son histoire et les difficultés qu’il a vécues.
 

 

« Un jour j’ai même songé à mettre fin à ma vie »

Question : De quelle manière avez-vous été confronté à l’homophobie ?
Steven : C’était vraiment que pendant ma scolarité, parce que mes parents acceptaient très bien mon homosexualité. Au début, vous le cachez à votre école et, malheureusement, on est une génération où on est rattrapés par les réseaux sociaux. Tout finit par se savoir. Dès qu’on apprend votre homosexualité, on commence par vous embêter, vous taquiner. Mais chaque jour ça prend un peu plus d’ampleur, les gestes que l’on a envers une personne qui est homosexuelle, deviennent de plus en plus lourds, et surtout lourds de conséquences.

Question : C’est-à-dire ?  
Steven : Concrètement, j’en suis arrivé à un point où j’ai eu quatre points de suture sur le crâne. Un jour j’ai même songé à mettre fin à ma vie, parce qu’on vous force à admettre que vous êtes différent des autres, que vous êtes un rejet de la société. 

Question : Est-ce que vous avez encore cette impression dans votre travail, dans votre quotidien ?
Steven : Dans mon travail, je n’en parle pas parce qu’on est obligé d’avoir une vie professionnelle et une vie privée séparées, on est contraint au secret professionnel. Toutes les armées sont des milieux qui sont encore, malheureusement, trop sexistes. Je pense, même si je ne le constate pas personnellement, que l’homosexualité ne doit être forcément bien vue.  
Au quotidien, je ne le vois plus, je le vois dans le regard des gens dans la rue. Par contre, de ce que je vois et ce que j’entends chez les autres, c’est encore fréquent, de plus en plus fréquent.


Question : Comment ce regard des gens se traduit-il ?
Steven : Il est toujours là et il sera toujours là parce que les gens refusent d’évoluer dans la société. Simplement, on apprend au fil des années à ne plus prêter attention au regard des gens. On sait qu’il est là, mais nous, on ne le voit plus, on finit par être convaincu qu’on est comme les autres, comme les personnes hétérosexuelles ou asexuelles.
Un homme qui marche main dans la main avec un homme, ou deux femmes, aujourd’hui ce n’est toujours pas possible, les gens se font agresser, se font insulter, se font humilier en pleine rue.

« Ca me choque que les gens ne soient pas capables d’évoluer à la même vitesse que la société »


Question : Est-ce que ça vous étonne cette situation ?
Steven : Quand je vois nos voisins les Anglais qui n’ont plus ce problème-là depuis 30 ans, ça me choque oui. Parce qu’il n’y a pas de problème en Angleterre, en Allemagne et dans d’autres pays, il n’y a qu’en France où on a besoin de faire de la politique sur le sexe. Ca me choque que les gens ne soient pas capables d’évoluer à la même vitesse que la société.

Question : Comment avez-vous vécu toutes ces difficultés ?
Steven : Malheureusement ça m’est arrivé à une période où tout ce qui était question d’homophobie et de harcèlement à l’école était caché au public et peu connu. Moi, quand j’ai vécu ça, concrètement, si je n’avais pas eu un de mes professeurs qui était venu me tendre la main au bout d’un moment, je n’aurais jamais pris conscience de ce qui m’arrivait.

Question : Comment ça ?
Steven : C’est un professeur qui a remarqué que quelque chose n’allait pas depuis plusieurs semaines. Un jour, il m’a enfermé dans une pièce, et il m’a obligé à lui dire ce qu’il se passait. Quand j’ai fini par lui dire, il a pris toutes les mesures nécessaires auprès de l’établissement pour que ça s’arrête.

Question : Aujourd’hui, comment voyez-vous l’avenir ?
Steven : Ça m’a permis de voir ma sexualité et la sexualité de n’importe quelle personne différemment. Ça m’a permis aussi de prendre conscience que chaque personne, chaque individu, est facteur à ce que l’homophobie diminue. Depuis lundi, j’ai rejoint l’association Le Refuge, justement, pour aider ces jeunes qui comme moi ont eu des problèmes d’acceptation dans leur famille ou dans leur entourage.

Question : Avez-vous eu des problèmes dans votre famille ?
Steven : Non parce que j’avais déjà une cousine qui était lesbienne et qui a 20 ans de plus que moi. Donc le débat était déjà ouvert, ça a facilité mon coming out.
 

« Ce n’est pas aux homosexuels de changer leur orientation sexuelle pour s’adapter à la société »

Question : Comment voyez-vous la perception de la société sur l’homosexualité ? 
Steven : Très mal, j’ai lu un témoignage d’un jeune qui, à 21 ans, avait pour chambre un garage. Alors que moi, j’ai un chien qui ne dort même pas dans le garage. Ce jeune a été complètement exclu par sa famille parce qu’il était homosexuel. On voit des milliers de jeunes qui viennent toquer à la porte du Refuge parce qu’ils sont en détresse, qu’ils sont rejetés par leur famille et reniés par elle. On est comme ça, ce n’est pas un choix, on ne se dit pas du jour au lendemain, je veux être hétérosexuel ou homosexuel. Ce n’est pas aux homosexuels de changer leur orientation sexuelle pour s’adapter à la société, c’est à la société, aux personnes, à la famille de s’adapter aux choix de leurs enfants. 

Question : Est-ce que vous trouvez que ça a empiré ces dernières années ? 
Steven : On se dit que plus les années passent plus les chiffres sur l’homophobie diminuent. Quand je suis entré dans l’association et que j’ai vu les chiffres réels, j’ai vu que ça augmentait considérablement surtout dans le contexte économique et politique actuel de la France. Je ne pense pas que ça diminuera tout de suite. 

Question : Que diriez-vous à des jeunes qui sont confrontés à ce que vous avez vécu ?  
Steven : Parlez. Allez toquer à la porte de quelqu’un de confiance ou même d’un inconnu. Il faut savoir aussi que depuis 2017, le ministère de l’Education a mis en place un référent dans chaque établissement scolaire. Il est là pour prévenir toute situation de harcèlement scolaire. Il est formé pour ça, il est là pour trouver les solutions les plus adéquates. Il faut aller voir son CPE. Il ne faut pas hésiter à faire son coming out à ses parents, même s’il y a un risque qu’ils ne l’acceptent pas. De mon expérience, ce qui m’a aidé, c’est d’en parler à quelqu’un. Ça fait toujours du bien d’avoir quelqu’un sur qui se reposer et qui est là pour nous épauler dans ces moments difficiles.  
 

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