Vendredi 13 : l'addiction au jeu, une maladie qui se soigne

En ce vendredi 13, vous tenterez peut-être votre chance aux jeux de grattage. Gare à la dépendance. / © JOEL SAGET / AFP
En ce vendredi 13, vous tenterez peut-être votre chance aux jeux de grattage. Gare à la dépendance. / © JOEL SAGET / AFP

En ce vendredi 13, les accros aux jeux vont sans doute tenter leur chance. Mais attention à ne pas tomber dans la dépendance. Un fléau qui toucherait de plus en plus de Français.
 

Par Catherine Lopes

Vendredi 13. En ce jour, il y a ceux qui vont gratter un jeu ou cocher une grille de loto par tradition. Mais il y a aussi les autres : les dépendants au jeu, jeu d’argent et même parfois jeux vidéos. Difficile d’évaluer le nombre de patients touchés par ces addictions. Les patients consultent encore peu à ce sujet. Il y aurait 200 à 500 000 joueurs pathologiques en France. Le Pr Georges Brousse, chef du service d’addictologie et de pathologies duelles au CHU de Clermont-Ferrand, a constaté ces dernières années une explosion des consultations pour des joueurs dits pathologiques. Pourtant, le jeu pathologique est l’une des premières addictions à avoir été décrites en médecine. Des écrits qui remontent au XVe siècle attestent de cette dépendance.

Une addiction comportementale

Selon le Pr Georges Brousse, l’addiction au jeu est d’abord une addiction comportementale. Il explique : « Elle se définit autour d’un noyau central qui est la perte de contrôle du comportement de façon répétée. Cette perte de comportement s’effectue dans une visée de recherche de plaisir ou de soulagement. La personne dépendante recherche une récompense. Plus l’addiction s’installe, plus la personne perd le contrôle et plus il est difficile pour elle de se passer du comportement. A un moment, il lui est impossible de ne plus jouer. Elle a une envie irrépressible. La personne dépendante poursuivra ce comportement en dépit des conséquences négatives. Elle continue à jouer, à parier et à perdre de l’argent. Ceci est difficile à comprendre pour l’entourage. Il peut aussi y avoir des mécanismes de pensée magique : le joueur a perdu mais se dit qu’il peut se refaire ».

Des maladies pychologiques ou psychiatriques associées

Afin de définir une addiction au jeu, plusieurs signes peuvent alerter. Le Pr Georges Brousse indique : « D’autres symptômes apparaissent comme le temps consacré au jeu. Les gens ne font plus que cela, parfois au détriment de leur vie personnelle et professionnelle. Il y a d’autres signes comme la tolérance et le sevrage, des symptômes physiques : il faut jouer longtemps pour trouver une sensation de plaisir et l’arrêt est douloureux. Des maladies psychologiques psychiatriques de type dépression ou anxiété sont parfois associées ».  

Mesurer sa capacité de contrôle

Afin de bien cerner la pathologie du joueur, il faut d’abord s’interroger sur sa relation avec le jeu. D’après le Pr Georges Brousse, « Dès le début d’un acte, il faut se demander si l’on a le contrôle de ce que l’on fait. Par exemple, on peut se poser la question dès le premier verre d’alcool. On doit faire de même dès que l’on joue à un jeu et si l’on augmente le temps de jeu. On doit s’interroger si on est toujours en capacité de contrôler. De plus, si on pense en permanence au jeu, on doit s’inquiéter. On demande aux gens de faire des pauses dans leur activité de jeu, afin de mesurer leur dépendance. Plus c’est difficile de faire des breaks, plus on est en train de perdre le contrôle ».

Sortir de l'addiction

La prise en charge de la dépendance au jeu permet au patient de se reconstruire. « Pour sortir de l’addiction au jeu, il faut reconnaître sa souffrance et demander de l’aide. On peut faire appel à un professionnel de santé, soit son médecin traitant, soit en se rendant dans des consultations spécialisées en addictologie. On peut aussi consulter un psychologue ou un psychiatre. On met alors en place des stratégies comportementales comme l’interdiction de casino, ou désinstaller des applications de jeu. Il fait aussi quantifier l’addiction. On demande aux patients de tenir des agendas de consommation de jeu. On essaie avec le malade de positiver l’arrêt. Il y a aussi quelques médicaments qui peuvent accompagner la réduction de l’envie de jouer » précise le Pr Georges Brousse.

Le danger des publicités à la télévision

Avec l’avènement d’Internet, les occasions de tomber dans la dépendance au jeu se sont multipliées. Le Pr Georges Brousse constate ainsi : « On est dans une société de plus en plus connectée. Un individu passe en moyenne 6 heures par jour face à un écran. Via les écrans ont été développés un certain nombre de supports liés au jeu. Il y a beaucoup de jeux d’argent sur Internet. A la télévision, le budget consacré aux jeux d’argent et des paris en ligne est extrêmement important. Les publicités ciblent principalement les jeunes, or ils sont plus vulnérables ». A Clermont-Ferrand, le service d’addictologie du CHU traite environ 2 000 patients par an. Les joueurs pathologiques représentent 10 % des consultations. Au cours de l’année 2020, un hôpital de jour en addictologie devrait être créé dans la capitale auvergnate, où pourront être reçues les personnes souffrant d’addictologie au jeu. Des outils comme la sophrologie, l’ergothérapie, des groupes de parole seront alors proposés.
 

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