Une résidence pour les retraités aux faibles revenus voit le jour dans le Puy-de-Dôme

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Écrit par Solenne Barlot

Les retraités touchant une faible pension et notamment les retraités agricoles peinent parfois à trouver des structures adaptées et notamment en zone rurale. A Gelles (Puy-de-Dôme), la construction du projet « Arbre de vie », une résidence pour les seniors, a commencé le 26 mars.

Difficile pour certains retraités de vivre avec une pension agricole, et de trouver un hébergement adapté lorsqu’ils ne peuvent plus vivre chez eux. Pour ces retraités modestes, un couple d’agriculteurs a lancé à Gelles (Puy-de-Dôme) un projet de résidence baptisé « Arbre de vie ». Béatrice Meyzonnier et son époux Vincent Quéroux sont agriculteurs, et ont une exploitation sur les communes de Cisternes et Saint-Hilaire-les-Monges, avec une soixantaine de vaches laitières. Béatrice connaît bien ce milieu rural. Depuis petite, elle est touchée par la question du vieillissement : « Quand j’étais vraiment petite, on avait une voisine dont le fils était alcoolique. Elle a été obligée de quitter sa maison et à l’époque elle est allée dans un foyer à Montferrand. Elle avait une chambre commune à l’époque mais, quand on allait la voir, elle pouvait nous faire un café, elle allait en face à la boulangerie acheter une brioche… Elle était trop contente de pouvoir faire ça. Ensuite, on a eu des tantes qui sont allées en maison de retraite, et la première chose qu’elles nous disaient c’était « On ne peut même pas vous faire un café. » Ça nous a donné envie de faire ça. »

"C’est terrible de vieillir seul à la campagne"

Chaque jour, Béatrice côtoie des personnes âgées isolées, parfois en souffrance : « On est confrontés tous les jours à la solitude. C’est terrible de vieillir seul à la campagne. On a plein de voisins, autour de chez nous, ils ne voient personne de la journée. Ils voient le facteur s’il passe. S’ils ne sont pas abonnés au journal, ils ne voient même pas le facteur. On connait plein de personnes qui sont comme ça et c’est très dur pour elles. Elles se disent : « Si je tombe, je peux rester la nuit comme ça. » C’est terrible. » Alors, le couple a imaginé une solution : 22 appartements de 43m² dans un bâtiment de plain-pied, situé dans le bourg pour avoir accès aux services et commerces. Dans chaque appartement, une pièce de vie qui fait salon – salle à manger, une chambre indépendante avec les normes chariot, un coin cuisine équipée, une baie vitrée qui donne sur une terrasse pour que les résidents puissent aller dehors : « Nous, à la campagne, quand on ne sort pas, on est foutus ! » plaisante Béatrice. Derrière ce projet, l’histoire personnelle et familiale de cette agricultrice est très présente : « Moi, ma grand-mère a eu une jambe coupée, celle de Vincent a fait un AVC… On s’en est occupé à la maison mais on se dit que si elles avaient eu besoin d’aller en maison de retraite, ce n’est pas ce qu’elles auraient souhaité. »

"Ce n’est pas que pour le monde agricole mais pour le monde rural"

Le couple a souhaité rendre ses appartements accessibles au plus grand nombre et particulièrement à ceux qui ont toujours vécu à la campagne : « Ce n’est pas que pour le monde agricole mais pour le monde rural. On a essayé de faire un projet pas trop cher pour que justement les agriculteurs puissent venir sans problème. Nos parents sont agriculteurs, ils ont des retraites agricoles. Mon père, il est à 850 euros par mois, ça a un peu augmenté et ma mère, elle a cotisé en tant que conjoint collaborateur, et elle a 350 euros de retraite. A tous les deux, ils arrivent à 1 200 euros, et une maison de retraite, c’est plus autour de 2 000 euros… Nous, on ne veut pas dépasser les 1 000 euros de loyer, charges comprises. S’ils veulent se faire livrer des repas ils peuvent bénéficier de l’APA, l’aide pour les personnes âgées. Ils ont aussi le droit à l’allocation logement. Avec une petite retraite de 800 ou 850 euros, avec le complément de l’allocation logement, ils peuvent venir vivre chez nous. »    

 "On est confrontés tous les jours à la pauvreté et tous les jours on se rend compte à quel point c’est dur"

En effet, selon Béatrice, beaucoup sont bloqués faute de moyens : « On est confrontés tous les jours à la pauvreté et tous les jours on se rend compte à quel point c’est dur. On voit bien que les familles par ici ne partent jamais en vacances parce que ça coûte cher. Mes parents ne sont jamais partis en vacances parce que c’est un budget. C’est une catastrophe le milieu agricole. On cotise toute sa vie pour rien, les gens n’ont même pas une retraite décente même si ça s’améliore. » Selon elle, les personnes âgées ont aussi d’autres freins pour déménager dans des résidences adaptées, mais l’agricultrice a pensé à des solutions : « Elles vont garder leur indépendance, par exemple leur médecin, leur femme de ménage, certains meubles, leurs animaux de compagnie si elles en ont… ça, c’est très important à la campagne. On connaît des personnes qui ne sont pas allées en maison de retraite parce que pour elles, laisser le chat ou le chien, c’était une catastrophe. C’est souvent que des gens nous disent qu’aller en maison de retraite c’est non et que partir loin de chez eux c’est dur aussi… Après, on est une résidence privée, ça peut aussi s’adresser à quelqu’un qui n’a pas 60 ans, qui est en fauteuil roulant par exemple. »

Près d'un an de travaux

Infirmiers, kinésithérapeutes, salles pour les soins spécialisés, le bâtiment a été pensé pour accueillir au mieux les futurs résidents, avec le soutien des élus qui a permis de faire avancer le projet. En effet, pendant plusieurs années, le couple a cherché des financements. Pour eux, c’est un soulagement : « On est agriculteurs, on n’a pas des revenus énormes, on a un peu galéré alors on est contents d’avoir mis la première pierre ! » Le projet devrait voir le jour dans un an.