Un pasteur soupçonné d'être à la tête d'un réseau de prostitution à Lyon

Au moins 50 jeunes femmes, âgées de 20 à 22 ans, étaient exploitées depuis 2016 dans le quartier de Gerland, à Lyon. / © Alex Baillaud / Maxppp
Au moins 50 jeunes femmes, âgées de 20 à 22 ans, étaient exploitées depuis 2016 dans le quartier de Gerland, à Lyon. / © Alex Baillaud / Maxppp

Un vaste réseau de prostitution de Lyon a été démantelé mardi 26 septembre. C'est un pasteur évangéliste lyonnais qui est soupçonné d'en être le principal dirigeant. 

Par Mathieu Boudet

18 interpellations au total, et un vaste réseau de prostitution démantelé à Lyon : c'est un coup de filet majeur qui a été réalisé mardi 26 septembre par les autorités françaises.

L'Office Central pour la Répression de la Traite des Etres Humains, en coordination avec la Juridiction Interrégionale Spécialisée et la Police Judiciaire de Lyon, ont démantelé un réseau présumé de prostitution particulièrement important, qui exploitait au moins cinquante jeunes femmes à Lyon, âgées de 20 à 22 ans. Et c'est un pasteur évangéliste lyonnais de 33 ans qui est soupçonné d'être l'homme clé de ce réseau.

Un pasteur-proxénète ?

Le pasteur, "bien connu dans la communauté africaine de Lyon" selon une source proche de l'enquête, allait chercher les futures prostituées dans les centres d’accueil italiens avant de les ramener à Lyon. Les filles, toutes originaires du Nigéria, pouvaient, selon les cas, être relâchées des centres de rétentions italiens sans forcément faire l'objet d'une reconduite automatique à la frontière. Dans ce cas, le pasteur les prenait en charge pour les ramener vers la France. Jouait-il de son statut pour les mettre en confiance ? Pour l'heure, les services judiciaires restent prudents, indiquant que l'enquête devra déterminer ses méthodes pour approcher les victimes.

Le pasteur officiait dans le cadre de l'Eglise évangélique, mais usait également de religions africaines, telles que la croyance Vaudou, largement partagée au Nigéria. Il prêchait dans différentes salles de Lyon, et parfois à Montpellier.
 

Un réseau organisé


"C'est un gros réseau, très organisé, qui exploitait des femmes dans une trentaine de camionnettes", explique Jean-Marc Droguet, Directeur de l'Office central pour la Répression de la traite des êtres humains. Les filles opéraient depuis 2016, dans le quartier de Gerland à Lyon. Selon une source proche de l'enquête citée par Le Parisien, « certaines savaient très bien à quoi s’en tenir. D’autres pensaient qu’elles seraient employées comme tresseuses dans des salons de coiffure afro et se sont trouvées contraintes de faire des passes ».

Selon les autorités, le pasteur, chef présumé du réseau, assurait toute la logistique contre une contribution de 50 euros, par jour et par fille, prélevée sur le montant des passes. En plus du paiement des frais (location de la camionnette, hébergement...), les femmes devaient s'acquitter du remboursement de leur "dette" à l'égard du réseau, d'un montant suffisamment important pour leur imposer des années d'activité. Le pasteur leur fournissait des logements, de la nourriture, un chauffeur et une voiture pour aller sur leur lieu de travail, et des camionnettes pour accueillir leurs clients. L’entreprise rapportait entre 100 000 et 150 000 euros par mois.

17 des protagonistes interpellés ont été écroués, dans l'attente de leur procès, dont 12 personnes dans la juridiction de Lyon. 

Reportage de Mathieu Boudet, Béatrice Tardy, Patricia Chalumeau, Jean Jacques Buty

Intervenants : Maria, prostituée indépendante / Jean-Marc Droguet, Directeur de l'Office Central pour la Répression de la Traite des Etres Humains / Sylvain Guiton, Pasteur, membre du Conseil National des Eglises Evangéliques de France



Bonus


En supplément, nous vous proposons un extrait supplémentaire de l'interview de M. Jean-Marc Droguet, Directeur de l’Office Central pour la Répression de la Traite des Etres Humains, à la direction centrale de la Police Judiciaire, à Paris. Il nous éclaire sur le mode de fonctionnement de ce réseau, qui a été mis à jour après 15 mois d'enquête.

Prostitution
Extrait d'interview supplémentaire



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