VIDEO. "Je me suis effacée", ados et aidants, ils sont nombreux à porter ce poids

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Écrit par Ana K. .

Ce 6 octobre est une journée nationale des aidants. Ils accompagnent une personne de leur entourage en perte d'autonomie. Quand on dit aidant, on pense adulte ou concubin mais il y a aussi un million d'adolescents, en France, dans cette situation. "Des invisibles" fragilisés dans leur vie sociale et à l'école.

À l’échelle nationale, on estime qu’entre 8 à 10 millions de personnes ont un rôle d’aidants. Sur la métropole lyonnaise, quelque 165 000 personnes prennent soin d’un proche âgé, malade ou en situation de handicap.

Un rôle de chaque instant, prenant, parfois jusqu'à l'épuisement physique et émotionnel. Dans beaucoup de familles, la personne qui aide devient indispensable au malade ou aux proches du malades. Pourtant les conséquences sur sa vie sociale, scolaire, professionnelle, sociale sont indéniables. 

Les aidants ne sont pas toujours des adultes, nombre d'enfants, d'adolescents remplissent ce rôle aussi. 

Comment être présent avec l'autre, comment respecter les choix du malade, comment rester soi-même. Des questionnements difficiles qui viennent un peu tôt dans la vie et une confrontation avec la mort ou la dépendance, violente et bouleversante. 

"La pause Brindille" a été créée pour que les adolescents concernés puissent en parler entre eux et avec des adultes avisés. "Je vous partage mon histoire d'aidante de ma maman qui était malade et qui est décédée. Je parle face caméra, pour aider les jeunes qui vivent des situations similaires afin qu'ils. elles se sentent moins seul.es.", raconte Adeline dans la vidéo ci-dessous. 

La pause brindille accompagne une centaine de jeunes aidants de 8 à 25 ans à Lyon. Cellule d’écoute, ateliers collectifs, l'association souhaite briser l’isolement. Axelle Enderlé, fondatrice de l'association, explique qu'il est indispensable de passer de la honte à la fierté.

La plupart des familles ne tiendrait pas s’il n’y avait pas l’engagement des jeunes

Axelle Enderlé,

fondatrice de la pause brindille

"Les aidants sont des piliers essentiels au système de santé. Ce qu’ils font pour leur famille est énorme. La plupart des familles ne tiendrait pas s’il n’y avait pas l’engagement des jeunes. Aujourd’hui malheureusement, il y a une prévalence des maladies et des handicaps qui est beaucoup plus fort qu’il y a quelques temps. Donc, on a vraiment de plus en plus de jeunes, précise Axelle Enderlé, la fondatrice de l'association. On le voit à la pause brindille, certains ont même plusieurs proches qui sont en vulnérabilité. Ils ne vivent pas la jeunesse que nous avons vécue et il faut vraiment le prendre en considération."

L’association espère une prise de conscience de l’état, des professionnels de santé pour mieux détecter les situations de souffrance et éviter que la détresse des aidants ne débouchent sur un mal être, voire une dépression.

"Mon rôle, c’était de faire le clown pour faire rire ma sœur, c’était beaucoup de soutien moral"

A la voir, coquette, volubile, épanouie, difficile d'imaginer qu'Emy a traversé une adolescence perturbée par la maladie de sa petite sœur, Elina. 

Sa sœur cadette a été emportée par une tumeur cérébrale, après deux années de traitement, deux ans durant lesquels Emy a placé sa vie entre parenthèse. "Mon rôle c’est de faire le clown pour faire rire ma sœur, c’était beaucoup de soutien moral, se souvient-elle. Il me fallait toujours être présente, voir si tout allait bien, il y avait beaucoup de choses à gérer et beaucoup de stress."

Emy a enfilé le costume d'aidante, un rôle qui a considérablement impacté sa vie. "Il y a beaucoup de peine donc on ne doit pas être un souci en plus. Et c’est vrai que je me suis totalement oubliée dans ce chemin là, je me suis effacée. La priorité ne devait pas se porter sur moi, l'attention, ce n'était pas pour moi puisque j’allais bien. Au final, non, je n’allais pas du tout bien et j’étais détruite de l’intérieur. J’ai renfermé une dépression pendant des années". 

Faute de prise en charge psychologique, de prise en compte de son rôle, ses résultats scolaires chutent. Elle a l’impression d’être invisible. "Je subissais une situation, on m’a laissée dans une fosse aux lions où je ne savais pas comment faire, comment gérer, à qui parler..."

Avec le recul, elle réalise que ce qui lui a manqué c'est un service d’écoute disponible le soir, car, "le soir, on est seul face à soi-même," conclut-elle.

Emy est désormais bénévole à l'association, elle offre l'écoute attentive qui lui a manquée.

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