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Emmanuelle Pireyre, auteure lyonnaise : “Maintenant, les chimères sont possibles”

Emmanuelle Pireyre, auteure lyonnaise de Chimère (Editions de l'Olivier) / © Jérome Thiery
Emmanuelle Pireyre, auteure lyonnaise de Chimère (Editions de l'Olivier) / © Jérome Thiery

C’est la rentrée, aussi, pour les écrivains. L’association Auvergne Rhône-Alpes Livre et Lecture soutient leur talent, et assure la promotion, en particulier, de 15 auteur(e)s vivant dans la région. Dont, "Chimère" le dernier roman d'Emmanuelle Pireyre

Par Yannick Kusy

Prix Médicis en 2012, Emmanuelle Pireyre est une lyonnaise besogneuse. Cinq années de travail méticuleux, de collecte d’informations et d’écriture auront été nécessaires à la naissance de cet ouvrage à la fois original, parfois inquiétant, et souvent drôle.

Yannick Kusy : Votre roman est particulièrement difficile à résumer. Vous y mêlez avec habileté plusieurs personnages dont les destins se croisent subtilement. Et vous stimulez l’intérêt de vos lecteurs autour de plusieurs thèmes aussi différents que la recherche, la démocratie participative, les peuples tziganes… Et si vous le présentiez vous-même ?

Emmanuelle Pireyre : On peut partir du titre, par exemple. La chimère, c’est une sorte d’animal « homme-chien ». En fait, j’étais en train de travailler sur les OGM, pour rédiger un article pour le journal Libération. Et, à force de lire des documents sur ce sujet que je ne connaissais pas très bien, je suis tombée sur des articles qui disaient que les chimères « homme-animal » étaient autorisées depuis 2008 au Royaume-Uni. Cela m’a fait dresser les cheveux sur la tête. Et puis, fait étrange… les enfants de mon entourage lisent souvent des livres qui font très peur… je trouvais cela horrible. Et je me suis dit tout d’un coup « En fait, le passage est en train de se faire dans la réalité » Avant, le loup-garou était un mythe, et maintenant, les chimères sont possibles. Et voilà... Je me suis dit qu’il fallait écrire un livre là-dessus.

YK : Et, cependant, votre livre, ce n’est pas seulement ça. Ce qui rend votre récit compliqué et formidable en même temps. On vous retrouve dans cette histoire, en tant que narratrice. Vous y racontez tout cela, c'est vrai. Mais, parallèlement, vous nous invitez à suivre le déroulement de conférences européennes de démocratie participative. Ces conférences vont convoquer, par pays, des groupes de citoyens tirés au sort, pour travailler sur des thèmes. Et les français vont alors hériter du… « temps libre ». Au final, toutes vos idées, vos personnages et leurs histoires se croisent. Comment y parvenez-vous ?

EP : C’est un long travail, au départ, de documentation. Chaque petite chose, dans ce livre… Je suis allée la prélever quelque part, en fait. Et, avec cela, je construis mon intrigue. Ce serait difficile de vous raconter comment je m'y prends. Mais c'est vrai que c'est très long. 

YK : L’un de vos principaux personnages est une jeune tzigane, qui s’appelle Wendy. Vous êtes, là-aussi, très précise sur le mode de vie tzigane, et sur leur façon de voir la vie des autres. C’est très drôle, sans jamais se moquer.

EP : Oui. Je voulais surtout parler de l’Europe, en fait. Les OGM, les chimères... sont des sujets qui se « décident » au niveau européen, ce qui oblige à changer d’échelle. C’est pour cela que dans mon livre, la conférence de citoyens se passe au niveau de l’Europe. Et en faisant mes recherches, je suis tombée sur cette info géniale qui explique que les tziganes sont le seul peuple qui vit vraiment à l’échelle européenne. Les frontières, pour eux, n’ont pas d’importance… Ils devraient, en fait, être notre modèle. On devrait tous vivre à cette échelle-là. Eux sont « obligés » d’être rattachés à des pays pour des contrariétés administratives un peu désuètes. J’ai trouvé que ce peuple, qui est souvent mis de côté, et laissé pour compte… pourrait être notre modèle.  Cela m’a semblé une idée passionnante.

YK : Dans votre histoire, Wendy veut sauver les "gadjé", en leur faisant réaliser qu’ils se trompent de chemin. Donc elle part en quête de ceux qu’elles appellent les « paysans » malades pour les soigner…

EP : C’est cela. Et là aussi, le rapport est inversé. D’habitude, on pense plutôt qu’il faut aider les populations –comme eux- en difficulté, et là c’est l’inverse. Wendy se dit qu’il faut venir en aide à « ces pauvres gadjé, tellement mal avec leurs guerres… leurs chimères… »

Le résultat de ces histoires mêlées est plutôt efficace. Emmanuelle Pireyre reconnaît volontiers que l’humour dont elle fait usage dans son style littéraire n’est pas obligatoirement celui qu’elle utilise dans la vie. Ce qui garantit un écrit très ciselé, rythmé, et documenté. On ne s’ennuie jamais.
« Chimère » est publié aux Éditions de l’Olivier





 

L'association "Auvergne Rhône-Alpes Livre et lecture" met en avant une sélection de 15 ouvrages cette année.

Lionel Bourg, C’est là que j’ai vécu (Quidam éditeur)
Cécile Coulon, Une bête au paradis (L'Iconoclaste)
Jean-Laurent Del Socorro, Je suis fille de rage (Actusf)
Astrid Éliard, La Dernière Fois que j’ai vu Adèle (Mercure de France)
Brigitte Giraud, Jour de courage (Flammarion)
Nicole Giroud, L’Envol du sari (Les Escales)
Catherine Gucher, Et qu’importe la révolution ? (Le Mot et le reste)
Hubert Mingarelli, La Terre invisible (Buchet • Chastel)
Julie Moulin, Domovoï (Alma éditeur)
Laurence Nobécourt, Le Chagrin des origines (Albin Michel)
Olivier Paquet, Les Machines fantômes (L'Atalante)
Pierre Péju, L’OEil de la nuit (Gallimard)
Emmanuelle Pireyre, Chimère (Éditions de l'Olivier)
Jacky Schwartzmann, Le Coffre (La Fosse aux Ours)
Sébastien Verne, Des vies débutantes (Asphalte)

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