Filet anti-grêle : la nouvelle assurance sérénité dans les vignes du Beaujolais (Rhône)

A la moindre alerte aux orages, c'est le coup de stress pour les viticulteurs. Mais dans le Beaujolais, les vignes sont peu à peu protégées par des filets anti-grêle. L'investissement peut paraître couteux, mais c'est le prix de la sérénité. Et il est efficace !

Impuissants face aux aléas climatiques, les viticulteurs cherchent la parade. Dans le Beaujolais, certains expérimentent un système validé il y a deux ans par l'INAO : des filets anti-grêle. L'investissement peut paraître important lors de l'installation, mais tous ceux qui s'en sont équipés sont unanimes sur un point : à la moindre alerte orage, ils sont désormais plus sereins.

"J'ai arrêté d'allumer des cierges"

À Vauxrenard, au pied des monts du Beaujolais, Isabelle Perraud fait le tour d'une parcelle ravagée à 40% par l'intense épisode de gel de la mi-avril. Deux mois et demi plus tard, ce sont les alertes orages qui se succèdent, avec menace de grêle. "On essaye de palisser, de ranger la vigne dans les filets pour la maintenir et éviter de casser des sarments. On aimerait bien que les raisins survivants aillent jusqu'au bout", explique la vigneronne.

Le gel, le vent qui souffle trop fort, la grêle, la pluie, les maladies. Le métier de viticulteur est fait de stress permanent. Chaque alerte météo est anxiogène. Et l'effet est doublé par un sentiment d'impuissance. "En 2004, on a absolument tout perdu. En 2008 aussi. Après, chaque année, on a grêlé à 50%, voire plus." Isabelle Perraud l'avoue : elle en est venue à allumer des cierges. Faute de tout autre moyen de protection. Mais depuis l'année dernière, elle a arrêté et a équipé sa vigne de filets anti-grêle. 

Le prix de la sérénité

Épargnée par la grêle depuis l'installation des filets, Isabelle Perraud ne peut pas se prononcer sur l'efficacité du système. Mais non loin de là, à Régnié-Durette, Rémi Vincent, lui, en fait un bilan élogieux. L'œnologue et responsable technique sur cet autre vignoble du Beaujolais raconte que les filets ont été posés sur six hectares cette année. "En mettre partout, c'est difficilement concevable", compte-tenu du coût. Il faut en effet compter entre dix et douze mille euros l'hectare. La pose des filets a donc été choisie : sur des zones plus susceptibles d'être touchées par la grêle ou encore des parcelles dites stratégiques. Mais l'investissement vaut le coup, selon Rémi Vincent.

Les grappes sont protégées par le filet. Les bois également et les feuilles. On gagne en sérénité.

Rémi Vincent, responsable technique chez la Maison Jean Loron

Le retour sur investissement est réel selon Rémi Vincent. L'oenologue y voit trois gains possibles. "D'abord, la récolte. C'est-à-dire que, même quand il grêle, on a des raisins et du vin à vendre. Le second, c'est l'intégrité des bois, qui est très importante dans la vie de la vigne puisque c'est une plante pérenne et cela évite qu'elle souffre trop. Enfin, troisième avantage : le gain de temps pour palisser la vigne".

Dans un vignoble, le palissage consiste à relever les rameaux en croissance en mai-juin, afin de préserver la vigne et de permettre aux grappes de se développer. Un travail à la main qui s'économise avec la pose des filets.

Protection de la récolte et économie de main d'oeuvre

Rémi Vincent a fait son petit calcul. "On compte récupérer l'investissement du filet uniquement sur la main d'oeuvre de relevage. Et à la première grêle, le système sera remboursé." Comment est-ce possible ? Rémi Vincent en explique le principe : "Les filets sont installés dès que la végétation démarre, au stade d'une ou deux feuilles. Et le sarment pousse dans le filet. Ils ne s'enroulent pas les uns autour des autres." Le résultat est visible dans les rangs protégés. Adossés au filet, les pieds de vigne poussent droit. 

On a vraiment un plan de végétation qui est tout à fait homogène. Les sarments sont rangés comme on ne saurait pas le faire à la main.

Rémi Vincent

 

Ces filets anti-grêle sont utilisés depuis vingt ans déjà pour les raisins de table. Mais n'a été validé par l'Institut national de l'origine et de la qualité (INAO) et autorisé dans les vignobles il y a deux ans seulement. Il a d'abord fallu s'assurer que le système n'avait pas d'incidence sur le rendement ou encore la maturité des grains. Désormais, les filets font peu à peu leur apparition dans les rangs de vigne du Beaujolais. Et "oui, c'est efficace", rapporte Rémi Vincent. Le vignoble dont il a la charge technique a été touché par un épisode de grêle. Une parcelle non-protégée a été touchée à 80%. Et une autre où "seuls quelques grains" ont été grêlés en bordure du filet.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
viticulture agriculture économie beaujolais culture vins météo