VIDEO. Le fournisseur officiel de préservatifs des travailleuses du sexe de Lyon et sa région prend sa retraite, il cherche un repreneur

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Écrit par France 3 Rhône-Alpes. Propos recueillis par S. Goldstein

Jérôme Bénozillo est capotier, c'ets à dire qu'il fournit les préservatifs aux travailleuses du sexe de la région lyonnaise. Il veut prendre sa retraite et cherche un repreneur, digne de confiance.

Jérôme Bénozillo est capotier. Il est le fournisseur officiel de préservatifs des travailleuses du sexe de Lyon et sa région. Après 20 ans de bons et loyaux services, il s'apprête à raccrocher et cherche un successeur. 

Un job né du hasard

Rien ne le prédestinait à cette activité. Tout a commencé en 2003. Jérôme est en recherche d'emploi. Sur un salon à Düsseldorf en Allemagne, il a la drôle l'idée d'acheter des jolies boites de préservatifs. "Je pensais les vendre dans les bureaux de tabac mais ça n'a pas marché. Pour m'en débarrasser, j'ai eu l'idée de les offrir aux prostituées. Quand j'y suis retourné une deuxième fois pour vider mon stock, des demoiselles m'ont dit que ça les arrangerait que je leur en vende. Et là j'ai dit pourquoi pas". Jérôme pensait faire ça le temps de trouver un "vrai" job.
Confronté à un drame familial, il s'est mis à travailler la nuit et pouvait s'occuper de ses enfants la journée. Ensuite, comme tout bon représentant, il a élargi sa gamme avec des produits d'hygiène pour répondre parfaitement aux besoins de sa clientèle. Il a même fait fabriquer des préservatifs spécialement adaptés de bonne qualité et a ouvert une boutique sur internet.

"Chacune d'entre elles est un roman"

Aujourd'hui, le truculent commerçant vend 1 million de capotes par an. C'est autant de passes réalisées sur la grande métropole lyonnaise. Chaque semaine, 250 prostituées l'attendent. Les habitudes sont rodées pour éviter au capotier une accusation d'aide à la prostitution, ce qui est illégal et sanctionnable. "C'est la garde à vue directe ! Il faut que ce soit les filles qui demandent. Je ne peux rien leur proposer. La ronde des rendez-vous est donc toujours la même. "Elles reconnaissent le camion, elles savent que je passe les mêmes jours chaque semaine. Elles me font un signe de la main, un appel de phare, un petit coup de klaxon pour m'interpeler".

Au fil du temps, de belles relations d'amitié se sont tissées. Jérôme considère certaines de ses clientes comme des amies et éprouve une affection sincère et beaucoup de respect envers elles. Il connait leur vie, leurs galères, leur coups de blues. "J'ai rencontré des filles intelligentes, intéressantes avec un cœur gros comme ça. Chacune d'entre elles est un roman".
Pour ses clientes, le capotier est un repère. "C'est comme un parent. Toutes les filles sont habituées à lui. On le connait depuis longtemps. C'est dur qu'il s'arrête" regrette l'un de ses "copines". 

Les travailleuses du sexe, chassées des centres-villes, se retrouvent à la campagne

Ces dernières années Jérôme Benozillo a été le témoin des sanctions de la ville de Lyon l'égard de ses travailleuses du sexe. En 2006, elle prend une série d'arrêtés municipaux anti-stationnement pour les camionnettes sur la presqu'ile puis rue par rue. Des années répression, des années tension. "Il y avait des grandes razzias de la fourrière qui emmenaient 20 / 30 camionnettes à la fois ! Les filles travaillaient de moins en moins. Leur revenu était devenu dérisoire. Elles ont migré vers l'aéroport et vers le département de l'Ain". Les communes concernées ont réagi à leur tour pour les chasser encore plus dans la campagne.
Il y avait 250 prostituées à Lyon intramuros il y a 19 ans. Il en reste aujourd'hui moitié moins. "La répression a chassé les travailleuses du sexe à la campagne et a fait baisser les prix. Elles se sont retrouvées isolées et on a vu des agressions avec meurtres" regrette Jérôme qui ne les a pas lâcher pour autant. Il leur rend visite une fois par semaine. "Pour cette tournée, je fais 150 km mais vu que je voie entre 100 et 150 clientes, ça reste rentable".

A la recherche d'un successeur digne de confiance

Jérôme rêve de retraite mais n'a pas dit son dernier mot. Il veut profiter de sa famille, de ses enfants et petits-enfants mais espère garder le contact avec certaines de ses clientes. Le capotier est très vigilant pour sa succession et cherche le bon candidat avec beaucoup de rigueur. "C'est un vrai métier qui est parfois difficile et à risque". Il veut confier ses clientes à la bonne personne, "capable de ne pas céder à la gaudriole". A bon entendeur...

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Le fournisseur officiel de préservatifs des travailleuses du sexe de Lyon et sa région prend sa retraite, il cherche un repreneur ©France Télévisions