Lyon : les cliniques privées au secours des urgences ?

Alors que les personnels des hôpitaux publics sont en grève depuis 5 mois, les cliniques privées assurent qu'elles peuvent permettre de soulager leurs urgences. / © Stéphanie Para / Maxppp
Alors que les personnels des hôpitaux publics sont en grève depuis 5 mois, les cliniques privées assurent qu'elles peuvent permettre de soulager leurs urgences. / © Stéphanie Para / Maxppp

Alors que les urgences publiques sont saturées, les cliniques privées de la métropole de Lyon se présentent en alternative pour les patients. Moins sollicitées alors qu'elles assurent une prise en charge sans surcoût, elles se disent victimes de préjugés.

Par Mathieu Boudet

Un triste record. En 2018, 21 millions de patients ont été accueillis dans les services d'urgence français. Un chiffre qui a doublé en 20 ans. Les hôpitaux publics sont saturés et leurs personnels sont en grève depuis 5 mois. Dans ce contexte, des cliniques privées lyonnaises rappellent qu'elles peuvent participer au désengorgement du secteur public. Elles communiquent pour lutter contre les préjugés dont elles estiment faire l'objet. Nous sommes allé voir sur place.
 
 

2 fois moins d'attente

Il est 11 heures, aux urgences de la polyclinique de Rillieux-la-Pape, près de Lyon, et le calme règne dans la salle d'attente. Dans ce service de taille plus modeste que ceux des grands hôpitaux publics lyonnais, une dizaine de personnes attend. Un magazine sur les genoux, une dame, qui pense s'être fracturé le poignet après une mauvaise chute, patiente depuis "2 bonnes heures", et craint de devoir attendre "peut-être encore 2 bonnes heures". Mais elle relativise : "je suis déjà allé aux urgences publiques, et on y reste la journée..." De fait, si les urgences privées n'échappent à l'affluence, elles revendiquent deux fois moins d'attente que leurs homologues du public. "Le temps d’attente pour un premier contact médecin est estimé à 2h30 en moyenne, contre 6h en moyenne pour les urgences publiques", rapporte la communication du groupe Vivalto Santé, 3e groupe hospitalier privé de France. 

 

Pas plus cher que le secteur public...

De nombreux patients préfèrent pourtant se rendre à l'hôpital public. Certains pensent, à tort, que la prise en charge des frais est moindre dans le privé. Une idée reçue à laquelle les cliniques privées veulent tordre le cou. "C'est exactement la même prestation ! Comme dans les urgences publiques, il y a le tiers payant pour la prise en charge immédiate, et pas de dépassement d'honoraires," explique Frédérique Gama, Présidente de la Fédération Hospitalière Privée Auvergne Rhône-Alpes. Les urgences privées appliquent en effet les même tarifs que dans les hôpitaux publics, correspondant à une consultation conventionnée de secteur 1. Mais il ne faut pas s'y tromper. Si toutes les urgences bénéficient des mêmes prises en charges, les services de consultations et les interventions classiques, non urgentes, incluent des dépassements d'honoraires. 

 

...Et les mêmes compétences

A la polyclinique de Rillieux-la-Pape, Marielle Gellin, Responsable du service des urgences, s'interroge. "Est ce qu'il y a une mauvaise information, est ce que les gens pensent qu'on est mieux soigné dans les hôpitaux publics ? Ce n'est pas le cas puisque les compétences sont les mêmes, [les personnels de santé] suivent les mêmes formations !" L'Agence Régionale de Santé (ARS) délivre en effet des habilitations d'exercice identiques aux hôpitaux comme aux cliniques privées, de 7 ans renouvelables, et effectue des contrôles réguliers. Les urgences privées assurent aussi bien des interventions en orthopédie, qu'en problèmes digestifs, ou encore en traumatologie. Mais les structures ne couvrent pas toujours toutes les pathologies, et peuvent être amenées à renvoyer certains patients vers des centres publics pour des cas spécifiques. 

 

Le privé dénonce les pratiques du SAMU

Si les urgences privées sont moins sollicitées, ce n'est pas seulement à cause des idées reçues des patients. C'est aussi parce que le SAMU privilégie instinctivement l'hôpital public lors de ses prises en charge. "La régulation nous oublie complètement, regrette Frédérique Gama. On n'a aucun patient qui nous vient de la régulation, alors qu'on a tous les services pour les recevoir !" Selon des personnels des urgences privées, les agents du 115 refuseraient d'alimenter les structures privées et feraient le choix délibéré d'orienter systématiquement les patients vers le service public. Dans la clinique de Sainte-Foy-les-Lyon, un membre du personnel raconte : "il y a quelques semaines, une personne a chuté à 2 rues d'ici, juste à côté de la clinique, et elle a dû appeler le 115. Ils l'ont amené sur un hôpital lyonnais !"

 

Une piste pour désengorger le public ?

Alors que les annonces récentes de la ministre de la santé, notamment vouées à soulager les urgences publiques n'évoquent pas la piste des cliniques privées, les acteurs du secteur militent pour être davantage sollicités. "On peut fluidifier les parcours de soin en intégrant tous les acteurs de la santé, y compris les urgences privées", conclut la présidente de la FHP (Fédération Hospitalière Privée) Auvergne Rhône-Alpes. Pour autant, les urgences privées n'en connaissent pas moins les mêmes maux que leurs homologues publiques :  "on a exactement les même problématiques : on a des vraies urgences, et des gens qui n'ont pas forcément besoin de venir [ici], des choses qui datent de plusieurs jours, voire de plusieurs mois", explique Anne Goubsky, médecin urgentiste à la polyclinique de Rillieux. 

 

Quels établissements à Lyon ? 

Au total, la région Auvergne Rhône Alpes compte 18 établissements privés proposant un service d'urgences, et la métropole de Lyon en compte 6 : la Sauvegarde et Mermoz à Lyon, l'hôpital de l'Est Lyonnais à Saint Priest, la Polyclinique du Nord à Rillieux, et celle du Beaujolais à Arnas. 3 établissements s'y ajoutent, dont le statut est intermédiaire entre le privé et le public : appelés "ESPIC" il s'agit des centres St Joseph – St Luc de Lyon, GHM Portes du Sud à Vénissieux, et le Médipole de Villeurbanne.


 
Les cliniques privées dans la métropole de Lyon. / © FTV
Les cliniques privées dans la métropole de Lyon. / © FTV


 
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