Lyon : l'ex-compagne de Gérard Collomb a occupé un emploi sans activité réelle

Gérard Collomb et ses adjoints ont tenté de déminer ces éléments troublants avant la publication du rapport, lors d'une conférence de presse, ce mercredi 13 novembre. / © Maxime Jegat / Maxppp
Gérard Collomb et ses adjoints ont tenté de déminer ces éléments troublants avant la publication du rapport, lors d'une conférence de presse, ce mercredi 13 novembre. / © Maxime Jegat / Maxppp

Un rapport de la Chambre régionale des Comptes relève que l'ex-compagne de Gérard Collomb a bénéficié, pendant près de 10 ans, d'un emploi en tant qu'agent municipal sans réaliser d'activité avérée. Elle bénéficiait par ailleurs du montant maximum d'heures supplémentaires permis par la loi.
 

Par Mathieu Boudet

Dans un rapport consacré aux finances de la ville de Lyon, la Chambre régionale des comptes (CRC) pointe l'emploi d'un agent de la ville, qui n'exerçait apparemment pas d'activité réelle. Or l'agent visé, Meriem Nouri, est l'ex-compagne du maire Gérard Collomb. Des conclusions de ce rapport, qui ne sera rendu public que le 19 novembre prochain, ont été dévoilées à la presse ce mercredi 13 novembre. 

 

"Pas d'éléments" pour justifier le service de cet agent

Le rapport remet en cause la réalité de l'emploi de madame Nouri sur une période de  près de 10 années. Il affirme ainsi "ne pas disposer d'éléments matériels" pour justifier cet emploi comme agent municipal. D'abord, pendant 5 ans à partir de 2010, son "activité alléguée par la ville sur des fonctions d'accueil et d'information du public n'a fait l'objet d'aucune traduction administrative". Ensuite, les 3 années suivantes, entre 2015 et 2018, "l'agent n'a été affecté à aucun emploi de la ville correspondant à son grade et à ses fonctions effectives""Dans ces conditions, la chambre ne dispose pas d'éléments matériels attestant du service fait par cet agent sur la période courant de l'année 2010 au mois d'avril 2018", conclut la CRC.

 

Un maximum d'heures supplémentaires

Le rapport de la Cour régionale des Comptes s'intéresse également à la rémunération de cet agent apparemment sans activité. Au cours de leur instruction, les magistrats de la Chambre ont notamment constaté que dans le logiciel des ressources humaines de la collectivité, l'ex-compagne de M. Collomb était la seule "à bénéficier d'un forfait mensuel de 25 heures supplémentaires", montant maximum autorisé par la loi. Sa rémunération brute mensuelle était de 2 480 euros.

Mme Nouri est employée par la ville de Lyon depuis 1995. Elle a d’abord été embauchée comme agent non titulaire de catégorie C puis titularisée comme agent administratif en juin 2005. De 2005 à 2009, elle est affectée dans des mairies d’arrondissement puis, à partir de 2009, elle est - officiellement - en charge de l'accueil et de l’information de proximité sur des projets urbains, notamment à la mission Serin puis à la maison du projet Rives de Saône jusqu’à l’été 2015. 

 

Gérard Collomb devance la publication du rapport

Prenant les devants alors que le rapport de la CRC ne doit être rendu public qu'après le prochain conseil municipal, prévu lundi 18 novembre, Gérard Collomb et ses adjoints ont tenté de déminer ces éléments troublants lors d'une conférence de presse, ce mercredi 13 novembre au matin, à la mairie de Lyon. Gérard Collomb a d'abord réaffirmé n'avoir eu "connaissance des faits qu'en février" 2019. Puis il a assuré que "cette agente", qu'il n'a pas nommée, "a travaillé à la mission Serin, à la mission Rives de Saône. Elle a effectivement travaillé et il y a des dizaines de personnes qui l'ont vue dans ce poste". 

Son adjoint délégué aux ressources humaines, Gérard Claisse, ne conteste pas l'absence d'activité relevée par la CRC. Il a d'abord regretté que cette situation soit le résultat d'une "inertie administrative regrettable" qui "a laissé libre cours à l’intéressée pour mener (d’elle-même) des actions d’intérêt général", et ne permet "pas de conclure à un emploi fictif". L'adjoint au maire a par ailleurs affirmé que cette situation ne pouvait "pas être imputée au maire" de Lyon. Évoquant le problème des forfaits d'heures supplémentaires, "sorte de rémunération complémentaire", et celui des agents municipaux "en attente d'affectation" aujourd'hui, M. Claisse a affirmé que le cas de cette agente n'était "pas un cas singulier".

 

L'opposition dénonce la défense de Gérard Collomb

Les conseillers municipaux républicains ont réagi en publiant un communiqué, ce mercredi, dénonçant la stratégie de Gérard Collomb dans cette affaire : "le maire de Lyon a convoqué la presse à la présentation de ce rapport au mépris de l’article R 241-18 du code des juridictions financières", qui prévoit que ces éléments ne peuvent être communiqués qu'après la présentation du rapport au conseil municipal, dénoncent les Républicains. "Une fois encore, celui qui est maire de Lyon depuis 18 ans, qui a été parlementaire pendant 24 ans et Ministre de l’Intérieur pendant 17 mois s’assied sur les lois de la République", déplore Stéphane Guilland, président du groupe Les Républicains et apparentés.

Contactée, la Cour Régionale des Comptes confirme en effet qu'elle ne peut publier publiquement l'intégralité du rapport avant la tenue du Conseil municipal dans lequel celui-ci doit d'abord être présenté. Il n'est donc pas possible jusqu'à cette date, notamment pour les journalistes, de consulter l'intégralité du rapport, et donc de confronter les éléments communiqués par la mairie de Lyon à la réalité du rapport à ce stade. 

 

Une épine dans le pied du candidat Collomb ?

Ces conclusions interviennent dans un contexte électoral sensible, alors que Gérard Collomb, investi par la LREM, brigue la présidence de la métropole lyonnaise en 2020, face, entre autre, à David Kimelfeld, actuel président de la métropole, et lui aussi issu du mouvement En Marche.

Dans ce contexte, le dossier de cet emploi problématique pourrait nuire à la campagne du candidat Collomb. Lors de leur enquête, les magistrats de la Chambre des comptes avaient alerté en février dernier le parquet de Lyon et Gérard Collomb sur la situation de l'agent Meriem Nouri. Le parquet national financier avait alors ouvert une enquête sur de "possibles détournements de fonds publics" au profit de l'ex-compagne du maire de Lyon. Des perquisitions avaient été menées en juin à l'Hôtel de Ville et au domicile de Gérard Collomb. 

Selon une biographie du maire de Lyon parue en 2013, celui-ci a rencontré Meriem Nouri alors qu'elle travaillait à la Fédération socialiste du Rhône. L’ouvrage évoque une histoire qui a duré 3 ans et a donné naissance à l’un des enfants de M. Collomb, remarié depuis 2001 avec son actuelle épouse Caroline. La réalité du travail exercé par cette femme a régulièrement fait l'objet de rumeurs dans le microcosme politique lyonnais, notamment dès la campagne municipale de 2008, avant que des éléments n'apparaissent dans le Canard Enchaîné au printemps dernier. 

 

Une "situation saine" des finances de Lyon

La CRC consacre 3 pages au cas de Meriem Nouri sur un rapport de plus de 300 pages qui, par ailleurs, rend compte de la situation générale des finances lyonnaises. L'adjoint aux finances du maire de Lyon, Richard Brumm, fait état d'une "situation financière saine de la commune". La Chambre des Comptes a examiné la gouvernance, la gestion des ressources humaines, la commande publique (marchés publics et délégations de services publics, relations avec les clubs sportifs), l’auditorium, l’orchestre national de Lyon, la gestion du parc automobile, la gestion du patrimoine, la situation financière et la fiabilité des comptes de la Ville de Lyon sur les exercices 2013 à 2017. Mais là encore, les données contenues dans ce rapport ne seront connues dans leur détail qu'à l'issue de leur publication, le 19 novembre prochain.
 

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