Lyon : les travailleuses du sexe toujours plus fragiles

A l'occasion de la journée mondiale contre les violences faites aux travailleuses (et travailleurs) du sexe, un rassemblement est organisé, ce mardi 17 décembre, à Lyon. Des collectifs démontrent les effets néfastes de la loi visant à sanctionner les clients, qui serait, selon elles, un échec. 

La politique lyonnaise anti-racolage pousse les prostituées à s'éloigner du centre-ville pour s'installer sur des routes de plus en plus reculées. Elles sont alors d'autant plus exposées aux agressions.
La politique lyonnaise anti-racolage pousse les prostituées à s'éloigner du centre-ville pour s'installer sur des routes de plus en plus reculées. Elles sont alors d'autant plus exposées aux agressions. © Stéphane Guiochon / Maxppp
De plus en plus fragiles. C'est le constat qui s'impose au regard d'études menées par diverses associations auprès des travailleuses (et travailleurs) du sexe. A l'occasion de la journée mondiale contre les violences faites aux travailleuses (et travailleurs) du sexe, un rassemblement est organisé, ce mardi 17 décembre sur la place des Terreaux à Lyon, pour dénoncer les effets néfastes d'une loi pourtant censée les protéger davantage. 
 
 

Plus de précarité, plus de risque et de violences

5 collectifs ont appelé à la manifestation, dont le syndicat du travail sexuel (Strass), des associations axées sur la santé et les maladies sexuelles telles que le Sida, (Cabiria, Aides et Frisse) et l'association Médecins du Monde. Ces collectifs dénoncent les effets de la loi visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées, promulguée il y a 3 ans. Selon les acteurs de terrain, celle-ci a entraîné des conséquences en termes de précarisation, une plus forte exposition aux violences et l’augmentation des prises de risques des prostituées. La criminalisation des clients "a contribué à précariser les travailleuses du sexe les plus marginalisées, notamment les femmes migrantes travaillant dans la rue. Celles-ci sont poussées à accepter des clients ou des pratiques plus risquées pour leur santé et leur sécurité".
 

Chiffres à l'appui

Introduisant en France la pénalisation des clients, cette loi de 2016 était censée inverser les rapports de force entre les travailleuses du sexe et leurs clients, ces derniers prenant alors les risques en achetant des services sexuels. Mais selon les associations, cette mesure a eu l’effet inverse. "La quasi-totalité des travailleur.ses du sexe et toutes les associations interrogées décrivent une perte de pouvoir dans la relation avec le client", rapportent-elles : retrait du préservatif, vol de l’argent pendant ou après la passe, chantage, agression...

Dans un rapport de l’Observatoire de l’accès aux droits et aux soins de 2018, Médecins du Monde note que 42% des travailleuses (et travailleurs) rencontrées dans ses programmes sont davantage confrontées aux violences et 38% rencontrent davantage de difficultés pour imposer le port du préservatif depuis l’adoption de la loi de 2016. Enfin selon cette enquête, 78% seraient confrontées à une diminution de leurs revenus.*


Quand Lyon éloigne les prostituées

En 2002, la municipalité lyonnaise est la première à prendre un arrêté anti-racolage. Conséquence, selon les associations : les femmes qui travaillaient auparavant sur les quais et en centre-ville s'installent, de façon isolée, sur des routes "de plus en plus reculées, de moins en moins visibles, notamment sur les routes de campagnes", expliquent les observateurs, ce qui "les rend plus vulnérables aux agressions et aux pressions des clients."

Les arrêtés municipaux semblent particulièrement bien mis en oeuvre, contrairement à la pénalisation des clients. Les travailleuses du sexe en camionnettes auraient écopé de 7 800 amendes pour stationnement ou trouble à l'ordre public, tandis que seulement "9 clients*" auraient été verbalisés, dans les 8 premiers mois de l'année 2019, selon un collectif du Rhône. 
 

Revenir en arrière ?

Fortes de ces constats, les associations demandent "l’abrogation de la mesure pénalisation des clients, des arrêtés municipaux et plus largement de toutes les mesures législatives nationales ou locales qui pénalisent le travail du sexe", ou encore la réintégration de ces travailleuses dans l’espace public et leur accès au droit commun. 
Face à ce bilan négatif, l’évaluation gouvernementale de la loi se fait toujours attendre.


*[NDLR : Tous les chiffres cités ci-dessus émanent des associations et collectifs mentionnés. Ils n'ont pas pu être vérifiés, sourcés, et confrontés aux autorités par notre rédaction à ce jour.]
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