Municipales : à Lyon, Emmanuel Macron préfère l'ancien monde

Le 3 octobre dernier, Gérard Collomb et David Kimelfeld lors de l'inauguration de la Tony Parker Adequat Academy / © MaxPPP / Maxime Jegat
Le 3 octobre dernier, Gérard Collomb et David Kimelfeld lors de l'inauguration de la Tony Parker Adequat Academy / © MaxPPP / Maxime Jegat

Un an après avoir claqué la porte du gouvernement, Gérard Collomb est en passe d'être désigné candidat de LREM pour la métropole de Lyon. La nouvelle n'a pas été démentie par l'Elysée. 

Par D.P. avec l'AFP

"Il a fait exactement comme il faisait avec le PS. Ni plus ni moins", juge un proche. Un an après avoir claqué la porte du gouvernement, Gérard Collomb est en passe d'être désigné candidat de LREM pour la métropole de Lyon.
Annoncée par plusieurs médias cette semaine, la nouvelle n'a pas été démentie par l'Élysée, qui semble à l'origine du choix de l'ex-ministre de l'Intérieur aux dépens de David Kimelfeld, son ex-dauphin devenu rival.
        
Le parti devrait entériner cette décision à la fin du mois. Cela n'empêche pas M. Kimelfeld, président sortant de la collectivité candidat à sa succession, de la tenir déjà pour acquise en convoquant son premier meeting de campagne mercredi
à Lyon. "Kimelfeld s'est sorti lui-même du jeu en annonçant qu'il n'en respecterait pas la décision si elle ne lui était pas favorable", note une source au sein de LREM. La pilule est d'autant plus difficile à avaler pour David Kimelfeld qu'il était seul, sur le papier, à briguer l'investiture d'En Marche! - M. Collomb ne la réclamant
pas officiellement.

"Ici, on ne s'est jamais présenté sous une étiquette partisane", avait souligné celui-ci en redevenant maire à l'automne 2018. À l'époque, la petite phrase fait les gros titres. Certains lui reprochent de
cracher dans la soupe, son portefeuille à peine rendu. D'autres y voient un signe supplémentaire de sa brouille avec le chef de l'État.
"C'était oublier l'histoire. Au PS déjà, Collomb imposait sa candidature de facto", commente aujourd'hui un ancien cadre socialiste local. "Quand il a dit qu'il ne voulait pas d'étiquette, ça voulait juste dire qu'elle lui revenait par défaut", abonde une élue centriste lyonnaise. La suite lui a donné
raison.

David Kimelfeld, pourtant, s'était posé avec succès en outsider, plus jeune
        
A 58 ans contre 72, plus écolo, plus social, David Kimelfeld est l'incarnation d'un vrai "nouveau monde" plutôt qu'une version ripolinée de l'ancien. Légitime à conserver un poste que Gérard Collomb lui avait confié en partant à Paris sans lui reprendre à son retour.  Les premiers mois, sa candidature séduit d'autant plus qu'elle suscite l'ire de M. Collomb, flagrante parfois en public.
"Il y a une forme d'hystérisation de la situation. On est dans un spectacle d'égos et de cyniques", tacle en février un observateur parisien. "Collomb est en train de créer un bazar sans nom. Son retour n'est pas ce qu'il espérait", abondait un député LREM du Rhône.
        
La direction du parti considère à l'époque que les deux hommes sont "condamnés à s'entendre" mais que c'est à l'ex-ministre de céder en se contentant de la mairie pour le scrutin à venir.
"Ses relations avec Kimelfeld vont s'adoucir. Collomb se rend compte qu'il a perdu une partie de son socle de parlementaires et de réseaux d'élus", assurait alors un de ses membres.
Mais au contraire, la situation n'a cessé depuis de s'envenimer.
C'était mal le connaître que de croire que le baron, élu depuis 2001, abandonnerait la course à la métropole, qu'il a créée et où se concentre le pouvoir. Ainsi, à l'été, il parvient à retourner la situation à son avantage.
        
Le président avait proposé un mandat "partagé en deux"
 
Déplacement de Emmanuel Macron à Lyon le 9 octobre 2019 -Emmanuel Macron, président de la République, salue Gérard Collomb, maire de Lyon, à son arrivée à la préfecture du Rhône / © MaxPPP / M.J.
Déplacement de Emmanuel Macron à Lyon le 9 octobre 2019 -Emmanuel Macron, président de la République, salue Gérard Collomb, maire de Lyon, à son arrivée à la préfecture du Rhône / © MaxPPP / M.J.


"Je ne comprends pas qu'on veuille tuer celui à qui l'on doit tout. On ne peut pas le pilonner comme ça (...) Macron ne peut pas le lâcher en rase campagne", glisse un ministre début juillet. Le président a d'abord tenté une médiation en proposant un mandat partagé aux
deux hommes, solution que David Kimelfeld a refusée au risque d'apparaître, malgré lui, en dissident.Avant d'adouber, au final, celui qui fut son premier soutien de poids et sans lequel, à ses yeux, LREM aurait du mal à conserver son fief.
"Collomb a toujours dit que la question se règlerait entre lui et Macron. Il n'attendait rien du parti", souligne l'un de ses fidèles adjoints, Jean-Yves Sécheresse. "Ils se sont enfermés dans leur duel mais avec une différence : Collomb a toujours
su s'affranchir des étiquettes au moment des élections. Kimelfeld s'est battu vainement pour une investiture qu'il était seul à demander, il aurait dû renverser la table dès le début", estime l'élu écologiste Pierre Hémon.
 

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