Neuf ans après, des questions sur la mort de la gendarme Myriam Sakhri dans une caserne de Lyon

Le 24 septembre 2011, Myriam Sakhri est retrouvée morte dans une caserne lyonnaise. L'enquête conclut à un suicide. Neuf ans plus tard, le dossier pourrait être rouvert pour harcèlement et homicide involontaire en repassant mardi 26 janvier devant la Cour d'appel de Lyon.

En octobre 2018 la famille de Myriam Sakhri se rassemblait déjà devant le tribunal de Lyon, pour que toute la lumière soit faite sur cette affaire. Photo d'archive.
En octobre 2018 la famille de Myriam Sakhri se rassemblait déjà devant le tribunal de Lyon, pour que toute la lumière soit faite sur cette affaire. Photo d'archive. © FTV

La famille de Myriam Sakhri, 32 ans, n'a jamais cru à la thèse officielle. Depuis qu'on l'a découverte sans vie dans son logement de fonction, une balle dans l'abdomen et son arme de service à ses pieds, ses proches tentent de faire la lumière sur les mois qui ont précédé. La jeune femme d'origine algérienne, affectée au Centre d'opérations et de renseignements de la gendarmerie (Corg) du Rhône, se plaignait d'être harcelée par des collègues.

Elle avait contacté une association de défense des militaires, évoquant "injures racistes" et "humiliations". On lui avait conseillé de rassembler des témoignages et elle avait rappelé le 19 septembre, déterminée à porter plainte.

"Qui a tué le gendarme Myriam Sakhri ?", s'interrogeait l'Association de défense des droits des militaires (Adefdromil) après le décès.
Un mot retrouvé chez elle, "Merci à G. le connard!", désignant le colonel qui commandait le groupement du Rhône à l'époque, a déclenché une enquête pour harcèlement et discrimination. Procédure classée sans suite le 9 mars 2012, en même temps que la thèse du suicide était retenue.

Un Non-lieu

En vidant l'appartement, les proches de la défunte découvrent une douille sous le canapé, des lunettes d'homme sans propriétaire connu, un rideau de fenêtre arraché, tandis qu'un huissier relève le désordre. Le 14 juin 2012, la famille se constitue partie civile et une information judiciaire est ouverte pour harcèlement et meurtre. Le 31 octobre 2013, le juge d'instruction rend un non-lieu, confirmé en appel le 29 juillet 2014 puis par la Cour de cassation le 21 octobre 2015.

À l'époque, la justice écarte toute intervention d'un tiers, expliquant la présence des lunettes par "de nombreux visiteurs" et celle de la douille par des tirs de vérification sonore effectués par les enquêteurs. Les magistrats balaient aussi les faits de harcèlement. "De l'avis de tous ses collègues", écrivent-ils, c'est au contraire la gendarme qui, déçue de ne pas être mutée sur le terrain, aurait semé la pagaille au Corg en accumulant les congés maladie, ne travaillant pas la nuit et se disant victime d'insultes racistes - "bougnoule" - alors qu'on ne l'aurait traitée que de "feignasse". "Dans un contexte de forte alcoolisation", Myriam Sakhri se serait suicidée car elle venait d'apprendre sa prochaine comparution en correctionnelle pour des faits dénoncés en interne, concluait la chambre de l'instruction il y a six ans et demi.

Mais le dossier revient mardi devant la cour d'appel.

Ces dernières années, une amie juriste de la famille a recueilli de nouveaux éléments qui ont conduit le parquet général à requérir, le 18 décembre, la reprise de l'information judiciaire pour "harcèlement" et "homicide involontaire".  "Un pas décisif vers la manifestation de la vérité", ont salué les avocats des Sakhri, William Bourdon et Vincent Brengarth, pour qui ces témoignages inédits "mettent en évidence les faits de harcèlement" et "les conditions très contestables" de l'enquête initiale.

Ils soupçonnent la hiérarchie d'avoir orchestré un "front commun" contre les accusations de harcèlement en pointant le rôle du colonel G. - général de brigade aujourd'hui, il travaille à la direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN). Dans une attestation transmise à la justice, un ancien collègue affirme aujourd'hui que des questions posées dans le cadre d'une procédure interne, avant le décès, avaient été "orientées pour porter préjudice à Myriam" et qu'il y avait répondu "sous pression". "J'en veux beaucoup à celles et ceux qui l'avaient sous leurs ordres et ont failli à leur mission", écrit également un formateur à la retraite, convaincu qu'une "brillante carrière" attendait celle qui venait de commencer sa formation d'OPJ.

Sollicitée par l'AFP, la DGGN a répondu qu'il ne lui appartenait pas de s'exprimer sur une affaire judiciaire en cours.
 

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