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La place des Terreaux « déburenisée » et végétalisée, le débat agite la métropole de Lyon

Pour vous mettre à l'ombre place de terreaux, une solution: sortir le porte-monnaie pour aller sous les parasols / © PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP
Pour vous mettre à l'ombre place de terreaux, une solution: sortir le porte-monnaie pour aller sous les parasols / © PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP

Dans une missive en forme de missile, le vice-président de la métropole de Lyon en charge du développement durable affirme que la protection de l’œuvre de Buren ne tient pas juridiquement.
 

Par Arnaud Jacques

C’est un vice-président en charge du développement durable agacé qui a publié une tribune ce matin chez nos confrères de Lyon Capitale. L’élu EELV de  la métropole de Lyon Bruno Charles s’explique « ça fait trois ou quatre fois que je pose la question pour modifier la place des Terreaux, et je n’ai aucune réponse. Alors je prends la liberté de publier cette tribune ».
 

Une place invivable en période de canicule


Dans sa tribune, Bruno Charles souligne que « la place n'offre aucune possibilité aux familles et aux enfants pour s'asseoir autre que les terrasses de café qui la bordent. Si vous ne pouvez pas payer, circulez ! »
Une place de passages et «  la pire de la presqu'île en termes d'îlot de chaleur urbain. »
 

Une place « intouchable »


Bruno Charles a donc pour projet de végétaliser cette place pour la rafraîchir et la rendre plus accueillante pour les passants. Mais à chaque fois, on lui répond que l’œuvre de Daniel Buren est protégée et ne peut pas être modifiée, selon un contrat signé avec la ville sous l’ère de Michel Noir. « ça fait un moment que je dis que les arguments de Buren ne tiennent pas. J’ai demandé le contrat, on ne me l’a pas donné. Mais la jurisprudence est claire, on ne peut pas être propriétaire de l’image d’une place publique. »
Dans sa tribune, l’élu vert s’appuie sur l’avis de l’avocate Mylène Lussiana. Selon elle, la cour de cassation a énoncé en 2005, après un procès contre des éditeurs de cartes postales, que l’œuvre de Buren et Drevet "se limite à l’alternance orthogonale de 69 mini fontaines de marbre, bordés de 14 piliers qui sont librement reproductibles, car ressortissant du domaine public." Selon Me Lussiana, "la jurisprudence considère également que le droit moral de l’architecte ne doit pas aboutir à figer, pour l’éternité et de manière absolue, un ouvrage public."

Pour Bruno Charles, "il ne faut pas avoir peur de modifier cette place. Ce sera à Buren de nous attaquer, mais je ne pense pas qu'un tribunal administratif lui donne raison."
 

La présidence de la métropole n'a pas été avertie de cette publication


Le service de communication a fait remonter la tribune au cabinet du président de la métropole dès sa publication ce jeudi 25 juillet dans la matinée. "Nous n'avons pas eu de proposition de tribune, il n'y a pas eu de contact entre David Kimelfeld et Bruno Charles à ce sujet" nous confie-t-on au cabinet. Malgré tout, on se veut plus précis: "Juridiquement, il y a en effet une ouverture pour faire de petits aménagements comme installé des arbres en bac." Quant à penser à des travaux plus importants, 'l'œuvre peut être soumise à modification pour l'intérêt général. Supprimer un îlot de chaleur est un argument, mais avec les 69 petites fontaines actuelles, il peut ne pas être retenu".
La métropole rappelle également que la végétalisation de la place se heurte à une impossibilité technique: "une étude de faisabilité de plantation en pleine terre a révélé que la dalle au-dessus du parking ne résisterait pas. Pour végétaliser, il faudrait tout reprendre".
Et lorsqu'on évoque ce contrat entre Buren et la ville, à la métropole aussi il est difficile d'obtenir des informations précises.
 

Buren et Lyon: je t'aime, moi non plus


Bruno Charles rappelle dans sa tribune les erreurs de conception de la place et que, dès son inauguration en 1995, il a fallu multiplier les travaux pour réparer les 69 petites fontaines, reprendre l'usure prématurée des dalles et la fontaine Bartholdi qui s'enfonçait.
En août 2015, Daniel Buren rappelait que la place devait en théorie être interdite aux véhicules et que rapidement, des camions y ont stationné, "déréglant la planification des granits" selon l'artiste qui regrettait le manque de dialogue avec la ville.
"C’est désastreux pour moi. On peut avoir un jugement par rapport à une œuvre terminée. Là, il ne peut être que négatif " confiait-il. Avant de se faire plus menaçant: l’œuvre « a été faite pour cette place, c’est là qu’elle doit rester et elle doit rester propre. S’il faut que j’accepte qu’elle soit détruite, qu’on la retire du patrimoine, ce n’est pas gagné d’avance », prévenait-il.
Une attitude qui semble encore avoir de l'effet sur les choix politiques de la ville et de la métropole.
 

Une œuvre symbole d'une époque


La place des Terreaux a été rénovée "à une époque où les personnalités politiques devaient avoir de grands projets, alors Michel Noir est allé voir un artiste parisien, Buren" rappelle Bruno Charles, "mais elle n'est plus adaptée à son époque, le changement climatique est là". "La ville et la métropole pensent être liées juridiquement à cette oeuvre, elles ne le sont pas" assure-t-il.

Mais ce débat par presse interposée n'indiquerait-il pas que des élections approchent?

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