Procès Lelandais : des "excuses" à la condamnation à 20 ans de réclusion, revivre en intégralité les 7 jours d'audience

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Écrit par France 3 Alpes

Nordal Lelandais a été condamné, ce mardi 11 mai, à 20 ans de réclusion pour le meurtre d'Arthur Noyer. Tout au long de son procès, l'ex maître-chien a maintenu avoir tué le jeune militaire par accident. Retrouvez l'intégralité des débats, jour par jour, dans cet article.

 

C'était le premier rendez-vous avec la justice pour Nordahl Lelandais. L'ancien maître-chien, impliqué également dans la mort de la petite Maëlys, était jugé depuis le 3 mai dernier pour le meurtre du caporal Arthur Noyer en avril 2017. Durant ces sept jours d'audience, le trentenaire de Domessin a maintenu avoir tué accidentellement le jeune militaire au cour d'une bagarre. Il a également présenté à plusieurs reprises ses excuses à la famille, sans jamais convaincre de sa bonne foi. Ce mardi 11 mai, la cour d'assises de Savoie l'a finalement reconnu coupable de meurtre et condamné à 20 ans de réclusion. 

De l'audition des ex petites-amies de l'accusé, aux témoignages déchirants de la famille Noyer, en passant par l'expertise des psychiatres... Des "excuses" de Lelandais à sa condamnation, revivez l'intégralité de ces sept jours d'audience dans cet article.

 

Lundi 3 mai, Jour 1 du procès 

 

 

  • La première journée d’audience s’est attachée à faire la lumière sur un homme "discret" et "assez secret". Après avoir ordonné la nullité d'un rapport d'expertise psychiatrique, accédant ainsi à la demande formulée par la défense de Nordahl Lelandais, la cour s'est intéressée l'après-midi à la personnalité de l'accusé et à son parcours. Un parcours décrit comme "normal", "sans difficulté majeure" durant l'enfance et l'adolescence. Puis marqué à l'âge adulte par une instabilité professionnelle et sentimentale. 

 

  • Interrogé sur sa vie intime, Nordahl Lelandais dit avoir eu "une dizaine" de relations amoureuses "depuis toujours", et se souvient d'une femme en particulier qu'il a "beaucoup aimée". Après une rupture douloureuse, il décrit une descente aux enfers. En 2017, l'année du meurtre, alors qu'il voit ses amis se mettre en couple et avoir des enfants, lui vit chez ses parents, sans travail ni petite amie. Il se met à consommer de la cocaïne - "une quinzaine, une vingtaine" de prises par jour - et de l'alcool. 

 

  • Appelée à la barre, la mère de l'accusé témoigne : "C'était un enfant désiré, normal, doux, gentil". "Ce qu'il s'est passé par rapport à Arthur, je ne l'ai pas vu venir", reconnaît la septuagénaire. Puis elle s'adresse à son fils : "Je te demande Nordahl de dire toute la vérité, pour les parents d'Arthur". "Maman je vais dire la vérité, tu me l'as déjà demandé plusieurs fois", répond Nordahl Lelandais, avant de présenter ses excuses aux proches d'Arthur Noyer. 

 

  • L'un des témoignages marquants de la journée a été celui de l'aumônier de la prison de Saint-Quentin-Fallavier. A la barre, le sexagénaire, qui a rendu visite au suspect plusieurs fois durant sa détention, raconte "l’évolution de Nordahl" qui l'a conduit aux aveux en mars 2018. "J’ai vu sa conscience se déverrouiller petit à petit. Je me souviens de cette rencontre, face à face, essayant de soutenir votre visage avec vos mains, et après un très long moment de silence, vos larmes se sont mises à couler en abondance. Là je me suis dit que Nordahl avait retrouvé ce trait d’humanité qui le reliait encore à la société des hommes".

 

Revivre, minute par minute, cette première journée d'audience ICI.

 

Mardi 4 mai, Jour 2 du procès

 

 

  • « Désolé Arthur, je sais que tu es face à moi aujourd’hui. Désolé pour ta famille. » Nordahl Lelandais a livré sa version des faits au deuxième jour de l’audience. Il reste sur la version qu’il avait donné au fil des auditions : une bagarre avec le caporal Noyer qui aurait conduit à sa mort. « A un moment, il tombe en arrière. Sur le moment, je ne réalise pas. Je ne réagis pas vraiment, a reconnu le trentenaire. Au bout d’un moment, je m’avance vers lui pour le réveiller. Je sens qu’il n’y a plus de mouvement de sa part. Je mets ma main sur son torse, je ne sens aucun mouvement, je mets mes doigts au niveau de sa carotide, je ne perçois aucun pouls. Je ne comprends pas vraiment ce qu’il se passe. » Lelandais dit avoir tenté de le réanimer sans succès. Il a alors roulé en direction du col de Marocaz pour y déposer le corps.

 

  • Cinq partenaires de Nordahl Lelandais à la barre. Quatre femmes et un homme ont été appelés mardi matin, dressant un portrait contrasté de l’accusé. La première, Chloé, estime qu’il avait une « emprise » sur elle mais qu’il ne lui a « jamais fait de mal physiquement ». Elle avait 17 ans et lui 29 à l’époque de cette relation « pas vraiment amoureuse ». Une seconde évoque des « menaces » au moment de la rupture : « Je vais te faire bouffer le carrelage », « Je vais te jeter à la Dent du Chat ». Elle décrit Lelandais comme un homme « jaloux et possessif » capable de « se mettre en colère fortement ». Une autre pointe les « mensonges » et « tromperies » de l’accusé, estimant qu’il peut se montrer manipulateur. Un homme évoque des rencontres à caractère sexuel. « J’étais consentant, il n’a jamais fait de choses déplacées », insiste le témoin qui a rencontré Lelandais « moins de cinq » fois. Il évoque sa consommation de cocaïne, « quasiment à chaque fois » qu’ils se voyaient. « Pour moi, il était normal », a estimé Helena, une autre partenaire de Lelandais qui n’a « rien à lui reprocher ».

 

  • « Il pouvait péter les plombs pour pas grand-chose ». Un ancien « très bon ami » de Nordahl Lelandais a décrit quelqu’un de « caractériel et impulsif », taiseux, pouvant se montrer jaloux.

 

  • Le directeur d’enquête retrace les investigations sur la disparition du jeune caporal. C'est un "fait divers relayé par la presse" qui a amené les gendarmes sur la piste de Nordahl Lelandais : la disparition de Maëlys à l'été 2017. Le mis en cause a été entendu par une section spécialisée dans les sciences du comportement qui ont décelé une « froideur émotionnelle » et un « détachement » à l’annonce de la découverte du crâne d’Arthur Noyer. Lelandais a toujours tenu un « discours d’une neutralité manifeste » qui n’a « jamais varié »

 

Revivre, minute par minute, cette deuxième journée d'audience ICI.

 

 

Mercredi 5 mai, Jour 3 du procès

 

  • « Merci pour ce moment d’humanité ». Le témoignage de Nassim, très bon ami de Nordahl Lelandais, a ému la cour d’assises mercredi soir. L’accusé, qui avait très peu dévoilé ses émotions jusqu’ici, a fondu en larmes dans son box, adressant un signe de la main pour dire au revoir à Nassim avant de plonger la tête dans ses mains. « Soulage-toi de la vérité. Soulage ton âme. Le mal est fait. Vis ce qu’il te reste à vivre plus léger. Dans tous les cas, rien ne pourra le changer. Accident, préméditation, il n’y a que toi qui le sais. Mais il faut bien se rendre compte d’une chose, c’est les dommages collatéraux. Il y a un acte et il y a les dégâts autour. A côté de la famille d’Arthur Noyer, à côté des parents de Nordahl, je suis un petit dommage collatéral. Malgré tout, tout ceci me fait énormément souffrir. Même par respect pour toi-même, arrête tout ce cinéma et dis ce qu’il y a à dire », a déclaré le témoin à la barre, le « dernier dans son groupe de potes » à avoir cru en l’innocence de Lelandais. L’avocat de la défense, Me Jakubowicz, n’a « pas voulu gâcher ce moment d’humanité » en posant des questions, essuyant une larme avant de remercier le témoin. Nordahl Lelandais, debout face à Nassim, a remercié celui qu’il considère toujours comme un ami. « J’ai toujours dit que t’étais quelqu’un de vrai. Je ne sais même pas quoi te dire tellement j’ai honte envers la famille d’Arthur, envers toi, envers tout le monde. Tu resteras toujours dans mon cœur. »

 

  • « Dis-leur ce qu’il s’est passé. » Tout au long de l’après-midi, les amis les plus proches de Nordahl Lelandais se sont succédé à la barre. Tous ont évoqué un fêtard, boute-en-train, un bon copain prêt à rendre service quand il le fallait. Tous aussi l’ont exhorté à « dire la vérité » aux parents d’Arthur Noyer. « Tu le sais au fond de toi. Je pense que tes amis le savent ce qu’il s’est passé, dis-leur. On t’a vu quelques heures après. Tu étais beau, tu étais festif. Tu ne peux pas dire que c’est un accident, c’est pas possible », lui a lancé Alexandra, une amie proche avec qui il avait passé une soirée festive quelques heures après la disparition d’Arthur Noyer. Invité à s’expliquer sur les raisons de sa présence à cette soirée, Lelandais a indiqué avoir « besoin de voir ses amis sans leur expliquer », « pour oublier ». « Si je peux donner mon opinion Nordahl, a dit Alexandra avant de quitter la salle, tu avais besoin de lumière, tu avais besoin de briller. Tu as choisi une drôle de façon de t’en faire. Tu avais tout pour réussir autrement. »

 

  • Quel était l’état d’ébriété d’Arthur le soir de sa disparition ? C’est aussi la question qui a agité les débats ce matin aux assises de la Savoie. « La défense a voulu faire apparaître un Arthur ivre, ivrogne, par terre, les bras en croix, peut-être quelqu’un qui s’adonnait à la drogue », a dénoncé Me Boulloud, avocat de la famille Noyer, avant l’ouverture de l’audience. Véronique, qui est restée une trentaine de minutes avec le caporal alors qu’il venait de se faire voler son téléphone le 12 avril 2017, décrit quelqu’un de « très alcoolisé », qui « titube » mais tient des propos « lucides ». Un officier de police venu à sa rencontre après le vol de son téléphone confirme. Pour autant, il était « calme, très calme. Il n’y avait pas d’agressivité, pas de trouble à l’ordre public ». De même, il ne semblait pas vouloir se venger des deux hommes qui lui avaient dérobé son téléphone. Deux témoignages qui viennent contrecarrer la version des faits livrée par Nordahl Lelandais.

 

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Jeudi 6 mai, Jour 4 du procès

 

 

  • "Je resterai digne Arthur, je te l’ai promis." Les proches du jeune caporal lui ont rendu hommage devant la cour jeudi soir. Didier, son père, s'est adressé à "Lulu" ainsi qu'il l'appelait avant sa naissance "parce que c’était un prénom indéterminé". Arthur, ce gamin rieur, jamais trop loin de sa famille. "Vous lui avez volé sa vie à Arthur", a déclaré sa mère, Cécile Noyer-Maltet, en s'adressant à l'accusé. "Je pourrai plus jamais le serrer dans mes bras. Je pourrai pas le voir vieillir. J’ai été obligé de l’enterrer, c’est horrible ça." Arthur, ce "gamin bien" qui tenait ses "potes" pour "deuxième famille". "Mais à cause de toi Nordahl, a lancé son frère Quentin, je récupère tous mes potes à la petite cuillère, mes parents, mes grands-parents." Arthur, ce "bébé bien sage et mignon" à qui sa grand-mère Monique a adressé une dernière lettre. Lui qui a laissé un si grand vide en disparaissant un soir d'avril 2017. "Son meilleur copain avec qui il allait à l’école a eu un petit garçon. Son deuxième prénom, c’est Arthur, s'est rappelée sa mère. Et ça, c’est le plus beau… C’est le plus bel hommage."

 

  • Les causes de la mort pas formellement établies. Les experts qui ont examiné le squelette d'Arthur Noyer ont formulé plusieurs hypothèses mais ne peuvent en avancer aucune avec certitude. La plus probable est une mort causée par un traumatisme du rachis cervical associé. Une hypothèse "possible", "conforme" à la version des faits livrée par Nordahl Lelandais, mais qui souffre de nuances. "Les rixes ou les agressions sont des causes peu fréquentes de fracture du rachis cervicale", a rappelé un médecin légiste. Sans compter que l'état "alcoolisé" du jeune militaire rend "peu probable" la thèse de la bagarre avec l'accusé.

 

  • Le témoignage de l'ancien co-détenu de Lelandais écarté. Il apparaissait comme un témoin-clé du procès, mais sa parole n'est pas apparue crédible ni aux yeux des parties civiles, ni à ceux de la défense. Nordahl Lelandais aurait confié à Farid être "descendu de la voiture, (avoir) pris un caillou et mis un coup de pierre" à Arthur Noyer. "On sait que les mensonges, c’est un peu comme les crimes. Ce n'est jamais parfait. Que doit-on retenir de vos déclarations sinon rien ?", a lancé Me Bernard Boulloud. Quant à Me Jakubowicz, il a souligné les propos contradictoires du témoin lors de ses différentes auditions. "Vous imaginez bien qu’on ne discute pas de choses très graves avec quelqu'un qu’on ne connaît pas du tout", a conclu Lelandais.

 

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Vendredi 7 mai, Jour 5 du procès

 

  • Lelandais maintient sa version des faits. Confronté à des éléments qui ont pu mettre en doute son récit de la nuit du 11 au 12 avril 2017, l’ancien maître-chien est resté sur ses propos. « C'est la dernière occasion », a même insisté son avocat, Me Jakubowicz en s’adressant directement à lui lors de son interrogatoire. « Ta version est cohérente mais tu as compris que la partie civile et la procureure générale ne la croit pas, a-t-il pointé après avoir retracé la nuit de la disparition d’Arthur Noyer minute par minute. Si cette version n'est pas la bonne, c'est le moment. Est-ce que ça s'est passé comme tu l'as dit, où tu l'as dit, et pour les raisons que tu as dit ? » Les mains jointes dans son box, les épaules courbées, Nordahl Lelandais a laissé planer un moment de silence avant de redire avec une voix posée : « Ce que j'ai dit, c'est ce qu’il s'est passé. » L’accusé réfute ainsi le mobile sexuel et reste sur sa version d’une bagarre avec le jeune caporal s’achevant par la mort accidentelle de ce dernier. Mais pour la procureure générale, Thérèse Brunisso, « la vraie question est de savoir comment Arthur Noyer a réagi quand il a vu que vous ne l’emmeniez pas à Barby. »

 

  • Les amis d’Arthur à la barre. Deux proches amis et une ex-petite-amie du jeune caporal ont témoigné devant la cour. Dans la lignée des précédents témoins, ils ont décrit quelqu'un de « sociable », « jamais agressif » ni « bagarreur ». « C’était quelqu’un de très drôle, de fous rires à en pleurer. C’était quelqu’un qui était apprécié de tous », s’est rappelé Mathilde, une amie de lycée. « Il mettait la joie de vive partout où il allait », selon son ex petite-copine. Et son meilleur ami, Jean-Baptiste, venu de Polynésie française pour le procès, a évoqué son entrée dans l’armée de terre. « Ca a été la meilleure période dans laquelle je l'ai connu (…) Le jour où il a intégré l'armée, tout a changé. Je ne l'ai jamais vu aussi bien dans ses bottes. » Son ancien chef de section au 13e BCA a parlé d'un « élément extrêmement bon dans sa carrière militaire » mais aussi d'un homme qui « avait gagné la confiance de ses chefs ». « Noyer, s’il y avait baston, c’était pas celui qui allait en mettre, a-t-il conclu. C’était plutôt le peace maker. »

 

  • Le programme des prochains jours d’audience. Lundi, des experts psychologues et psychiatres doivent témoigner à la barre. Seuls les deux auteurs d’une expertise, rejetée en début d’audience par la cour, ne seront pas présents en raison d’un « doute légitime » sur l’impartialité de l’un d’eux. Le président pourra également, à la demande de la défense, du ministère public ou parties civiles, lire des pièces et procédures présentes dans le dossier. Les plaidoiries des parties civiles, de la défense ainsi que le réquisitoire du ministère public devraient se tenir mardi. Quant au délibéré, il ne devrait pas être rendu avant mercredi.

 

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Lundi 10 mai, Jour 6 du procès

 

 

  • "Narcissique, borderline, psychopathe, mythomane". A l'issue de cette sixième journée devant la cour d'assises de la Savoie, quatre experts ont défilé à la barre pour dresser le portrait d'un homme qui présente "des troubles de la personnalité". Intervenu en dernier, le Dr Patrick Blachère a insisté sur le manque d'empathie de Nordahl Lelandais, et sur son incapacité à se remettre en question. "Il présente une personnalité clivée qui lui permet de se mettre à l'abri de la souffrance des autres". Le psychiatre savoyard le décrit également comme "mythomane". Hélène Dubost, psychologue clinicienne, a eu face à elle quelqu'un de "distant et froid". Même s'ils n'emploient pas les mêmes termes, les deux collèges de psychiatres qui ont rencontré Nordahl Lelandais s'accordent à dire que sa "dangerosité", qu'elle soit "psychiatrique ou criminologique" est importante. Pour le Dr Blachère, sa responsabilité au moment des faits "n'était ni altérée, ni abolie".
     
  • L'homme aux deux visages. Ce lundi matin, le Dr François Danet a lui mis en avant "un risque d'envahissement par un état dépressif et des idées suicidaires", et insisté sur "l'autoprotection narcissique" mise en place par l'accusé, pour éviter de sombrer dans "un effondrement psychique majeur"."S’il s’ouvre, il risque de s’effondrer. S’il se ferme, il peut maintenir un état de bien-être", a constaté le psychiatre qui décèle également une personnalité "perverse" chez l'accusé. Il a remarqué des comportements adaptés qui peuvent le faire apparaître comme sympathique, mais aussi un "clivage" avec "une dimension manipulatrice" qui peut prendre le dessus. La manipulation dont Nordahl Lelandais ferait preuve "n’est pas strictement utilitaire", d'après l'expert, "c’est pour ne pas perdre la face". "Il est dans la dissimulation", avait averti Hélène Dubost un peu plus tôt. "Il y a la face extérieure, le Nordahl Lelandais que l’on voit, et celui qu’il est en intérieur, qui n’est pas tout à fait en adéquation. Il peut manipuler, c’est son fonctionnement. Il joue ou se déjoue, il attend que les enquêteurs apportent les preuves". Pour autant, l'accusé ne présente pas de troubles schizophrène ou bipolaire, d'après le Dr Blachère.

 

  • La psychiatrie, une science ? Dans son rôle, tout au long de la journée, Me Alain Jakubowicz se sera attaché à reprendre les rapports des différents experts points par points. Au Dr Blachère, il reprochera ses "déclarations péremptoires" alors que l'expert n'a vu Nordahl Lelandais "que deux fois une heure et demie". Il fera à Hélène Dubost le procès de la partialité, estimant que la psychologue "donne l'impression de ne pas aimer Nordahl Lelandais". Il insistera sur ces moments où Nordahl Lelandais a pleuré à l'évocation de Maëlys ou d'Arthur Noyer pour évoquer l'"authenticité" "d'un homme nu dont le masque est tombé". L'avocat de la défense a par ailleurs vivement critiqué la lecture par le président des conclusions d'un rapport d'expertise établi dans le cadre de la procédure de l'affaire Maëlys, rapport que Me Jakubowicz attaque en cassation, mais que l'avocate générale a tenu à joindre au dossier.
     
  • "Ce que je vous ai dit, c'est ce qu'il s'est passé". C'est devenu son mantra. A chaque fois que le président ou que son avocat lui tendent une perche pour "ajouter quelque chose", livrer "une ultime déclaration car ensuite ce sera trop tard", Nordahl Lelandais se contente invariablement de cette phrase pour conclure la journée. Il aura trouvé très peu de choses à dire concernant les rapports des experts. Il a seulement contesté "le manque d'empathie" qui lui est reproché, indiquant qu'il "lit beaucoup de livres sur le bouddhisme" qui prône "l'empathie et la compassion". Nordahl Lelandais a enfin présenté une nouvelle fois ses excuses aux membres de la famille d'Arthur Noyer, "conscient qu'ils n'arrivent pas à les écouter". "Des excuses qui sont comme une grosse paire de gifles" a répliqué Me Bernard Boulloud, l'avocat de la famille Noyer.

 

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Mardi 11 mai, Jour 7 du procès

 

 

  • Après près de 7 heures de délibération, la cour d'assises de Savoie a reconnu Nordahl Lelandais coupable d'avoir donné la mort volontairement à Arthur Noyer. Elle le condamne à 20 ans de réclusion avec une peine de sûreté des 2/3.

 

  • "Pas un monstre, ni un prédateur sexuel". Ce mardi après-midi, les trois avocats de la défense ont tenté de démonter l'image de Nordahl Lelandais, construite selon eux, par les médias depuis quatre ans, celle d'un "monstre" et d'un "prédateur sexuel". "C'est un homme d'une banalité affligeante", "un mec un peu lourd" qui "peut être violent verbalement et être vulgaire", "quelqu'un de paumé, cocaïnomane qui prend la mauvaise décision". "Un peu Dr Jekil et Mr Hide" concède aussi Me Jakubowicz, imputant ses actes à "une déchirure, une césure" dans sa vie en 2017. Un portrait loin de celui qu'avait dressé Me Bernard Boulloud, l'avocat de la famille Noyer, en ouverture de cette journée, le "qualifiant de gendre idéal devant les juges" mais de quelqu'un "de lâche, qui veut sauver sa peau et se fiche de la souffrance des autres". Un acteur qui aurait eu quatre ans et vingt jours pour "apprendre sa pièce de théâtre et la répéter".

 

  • Le mobile sexuel. Pour l'avocate générale, "c'est le seul mobile qui peut être envisagé". Thérèse Brunisso se demande comment Arthur Noyer a réagi "quand il réalise qu'ils ne vont pas dans la bonne direction (à St Baldoph plutôt qu'à Barby) ?". La représentante du ministère public ajoute que Nordahl Lelandais peut aussi refuser de reconnaître ce mobile sexuel "prosaïquement (...) parce que s’il le reconnaît lors de ce premier procès, il sera obligé de le reconnaître lors du procès sur la mort de Maëlys De Araujo. Il y a pour lui un enjeu considérable". Des "interprétations" que Me Alain Jakubowicz s'est attaché à démonter lors de sa plaidoirie, estimant que Nordahl Lelandais avait "un plan homme et un plan femme (...) disponibles (...) s'il avait une pulsion sexuelle qu'il (devait) absolument assouvir". 

 

  • Nodahl Lelandais avait-il l'intention de tuer Arthur Noyer ? C'est la question majeure à laquelle les jurés sont chargés de répondre. L'avocat de la famille Noyer l'avait admis dès le début de la matinée, "l’accusation aura toutes les difficultés pour apporter la preuve de l’élément intentionnel du meurtre". "Ce qu’il voulait, cet homme, c’était parvenir au crime parfait", a déclaré Me Bernard Boulloud invitant les jurés à juger "un meurtrier, capable de tuer et de rester sans affect, capable de maquiller, de cacher ses proies après les avoir tuées".  Pour l'avocate générale, cette intention retenue dans la qualification de meurtre est prouvée par le fait que Nordahl Lelandais ait caché le corps, et éteint ses téléphones. "Les violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner", a-t-elle dit, "c’est la rixe rapide, le coup de poing mal placé et la victime qui s’effondre. L’auteur ne va pas cacher le corps. L’auteur ne va pas se comporter comme Nordahl Lelandais s’est comporté en périphérie de son acte criminel."  Une accusation que Me Jakubowicz réfute : son client "ne voulait pas tuer Arthur Noyer. Il n'y a rien de prémédité, il n'avait aucune raison de tuer Arthur Noyer, rien ne le prédestinait à ça". Pour l'avocat, l'intention homicide à l'instant T, ne tient pas. 
     
  • 30 ans de prison requis, d'ultimes excuses. L'avocate générale a requis une peine de 30 ans de prison assortie d’une période de sûreté de 20 ans ainsi que d’un suivi socio-judiciaire de 10 ans. "Nordahl Lelandais est un homme dangereux pour ses semblables et je vous demanderai d’en tenir compte dans votre appréciation de la peine", a dit Thérèse Brunisso aux jurés. Invité à s'exprimer une dernière fois avant que la cour ne se retire pour délibérer, Nordahl Lelandais à une nouvelle fois présenté ses excuses à la famille Noyer, salué leur "dignité et leur intelligence qui force le respect". Attaqué par Me Boulloud ce matin pour ne pas avoir regardé sa victime pendant les sept jours d'audience, Nordahl Lelandais a ensuite fixé le portrait d'Arthur Noyer pour lui adresser ses excuses. "Je n’ai jamais voulu ça", a-t-il dit pour conclure.

 

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