Coronavirus COVID 19 : à Tignes, Boris, saisonnier, privé de contrat et de logement

Peu de temps après le début du confinement lié à l'épidémie de COVID 19, Boris a reçu un mail de son employeur pour rompre son CDD. Il a décidé de ne rien signer et de rester dans son logement de fonction. 
Vue de la station de Tignes-le-Lac en Savoie
Vue de la station de Tignes-le-Lac en Savoie © Webcam Tignes.net
Voici la teneur du mail que Boris (le prénom est changé) a reçu de son employeur il y a une semaine. Le groupe étranger qui l'emploie lui signifie que son contrat est rompu, et le prie de quitter son appartement de fonction dans les deux jours.

Dans ce mail, qui nous a été transmis, l'employeur demande à Boris de signer "une lettre de rupture anticipée de CDD", qui lui aurait été transmise au cours d'une réunion qui selon lui n'a jamais eu lieu.

L'employeur invoque l'article L.1243-1 du code du travailOr ce dernier précise que "sauf accord des parties, le CDD ne peut être rompu avant l’échéance du terme qu’en cas de faute grave ou de force majeure, et cette règle lie à la fois le salarié et l’employeur". L'épidémie de coronavirus peut-elle être considérée comme un cas de force majeure ? Pourquoi ne pas avoir recours au chômage partiel qui permettrait aux salariés d'être indemnisés quasi totalement (84% du net), une solution prônée par le gouvernement ? 

Lorsqu'ils découvrent ce mail, Boris raconte que les salariés sont encore sur place pour ranger et nettoyer.

Ils sont une quinzaine à travailler dans la brasserie située à Tignes. Quand le confinement a été décidé, ils se sont posés des questions, forcément. Leur employeur leur a demandé de fermer l'établissement le samedi soir, et de revenir le lundi pour nettoyer. Mais aucune précision sur la suite, toujours d'après Boris. 

Le problème, c'est qu'ils n'ont affaire à personne physiquement. Seuls les responsables sont en contact avec les patrons. Et eux-même ont du mal à les joindre, c'est ce qu'ils affirment aux salariés. 
 
Les rues vides de Tignes en période de confinement
Les rues vides de Tignes en période de confinement © TDR

 

Priés d'accepter une rupture conventionnelle et de quitter leur logement 


"On a décidé de ne rien signer", explique Boris. 

Depuis, pas de versement de salaire. "Mon compte est vide, je n'ai pas un sou de côté", précise le saisonnier. "En 28 ans de saison, c'est la première fois que je ne suis pas payé". Son responsable lui dit qu'il y aura une paie en avril. Difficile de tenir jusque-là...

Boris a 48 ans. Il est cuisinier saisonnier. Il est originaire de Poitiers, a passé 20 ans à Val d'Isère et 10 ans à Tignes. De contrat en contrat, il vit dans la station à présent. Comme il est toujours logé par ses employeurs, il n'a pas d'appartement à lui. "Si je devais partir, je n'aurais aucun endroit où aller, je serais dehors, SDF", assure-t-il. "Et puis ma vie est ici maintenant".

Les plus jeunes sont rentrés chez eux avant la mise en place du confinement. Une dizaine est encore à Tignes. Comme Boris, ces saisonniers occupent toujours leur logement. "On bouge pas, on a pas le droit", ajoute Boris. Mais il l'avoue, c'est aussi quelque part une forme de résistance. Car son employeur le lui a aussi précisé par mail, s'il veut rester dans l'appartement, il doit "participer financièrement aux frais de logement". 

Son contrat se finissait à la mi-avril. Il devait ensuite enchaîner avec un job d'été dans la station. "Dans la restauration c'est dur, mais on a toujours du boulot", affirme-t-il. 

Boris a décidé de joindre les syndicats de saisonniers savoyards. Chez FO, le responsable départemental Pierre Didio, que nous avons joint au téléphone, se dit débordé. Car des salariés dans la situation de Boris, qui l'appellent au secours, il y en a beaucoup.

Le délégué syndical évoque un autre cas similaire, toujours à Tignes. Celui d'un grand restaurant d'altitude. "Ils étaient 200 à travailler dans cet établissement, on leur a dit du jour au lendemain que leur contrat était rompu". Il a réussi, dit-il, à convaincre l'employeur de les mettre en chômage partiel, que cela ne lui coûterait rien puisque l'Etat prenait tout en charge, et que "cela coûterait beaucoup plus cher aux Prud'hommes". 
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