Procès après la morsure d'une fillette au centre équestre de Lescheraines, en Savoie

Illustration / © AFP
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Ce vendredi 7 novembre, le tribunal de Chambéry se penche sur un accident survenu en juillet 2013. Attaquée par un Doberman de plus de 30 kg, mordue au visage, Léa, 10 ans, n'avait dû sa survie qu'à l'intervention courageuse de ses camarades.

Par Céline Serrano

Le tribunal correctionnel de Chambéry a appelé deux personnes à comparaître. Le propriétaire du chien, Benoît Hinniger, pour blessures involontaires par agression d'un chien et divagation d'un animal dangereux. Autre personne appelée à comparaître, Aude Spellemaeker, la directrice du centre équestre de Lescheraines pour blessures involontaires par violation manifestement délibérée d'une obligation de sécurité ou de prudence. Le procès se joue donc autour de deux problématiques: la responsabilité du maître dans l'agression et la responsabilité du centre équestre qui accueille des enfants cavaliers. 

Les faits

Il était environ 16 heures, le vendredi 12 juillet 2013, au centre équestre de Lescheraines. Léa et quatre de ses copines se prenaient en photos et échangeaient leurs numéros de téléphone après avoir partagé une semaine de stage d'équitation. Seules, elles attendaient que leurs parents viennent les chercher. L'animateur en charge de leur groupe était parti avec d'autres enfants accompagner les chevaux dans un pré. Couché près des fillettes, un Doberman qu'elles connaissaient pour l'avoir côtoyé et caressé pendant leur semaine de stage.

Subitement, et sans raison apparente, le chien, adulte et pesant plus de 30 kilos, changeait d'attitude et se mettait à aboyer de façon très menaçante. Effrayées, les fillettes reculaient, Léa trébuchait et tombait à la renverse. Le chien se jetait sur elle, saisissait sa tête et la secouait dans tous les sens.

Parmi les quatre fillettes qui assistaient à l'agression, Célie, 14 ans, avait appris, lors d'un stage, comment maîtriser un animal. Courageusement, elle saisissait le Doberman, lui serrait le cou avec le bras, tentait de l'immobiliser et de lui faire lâcher prise. Les mâchoires du molosse s'écartaient alors du visage de Léa, mais il la mordait une seconde fois à la cuisse. Célie demandait alors à une deuxième fillette de saisir le chien par les pattes arrières et de le tirer pendant qu'elle lui faisait lâcher prise à nouveau. Seconde tentative réussie. Le chien prenait la fuite. Léa arrivait à se relever et les cinq enfants se réfugiaient en courant dans la salle commune du centre équestre. 

Alertée par les hurlements des fillettes, une maman, venue chercher son enfant, alertait immédiatement les secours. Léa était en sang. L'urgence était de stopper l'hémorragie. Le médecin du SAMU dictait à la maman les interventions nécessaires, qu'elle transmettait au propriétaire du chien arrivé sur place. Secouriste de formation, c'est lui qui pratiquait les premiers gestes d'urgence, stoppant l'hémorragie.

Pompiers et gendarmes arrivaient 20 minutes plus tard. Placée sous morphine, Léa présentait des plaies très profondes au visage et au cuir chevelu, son épaule droite était profondément meurtrie et l'ensemble de son corps lacéré par les griffes du chien. Évacuée par hélicoptère jusqu'au CHU de Grenoble, qui dispose d'une unité de reconstruction faciale, elle était opérée pendant plus de trois heures. Selon ses parents, plus d'une centaine de points étaient visibles sur son crâne à sa sortie du bloc.

La plainte des parents

De ce terrible accident, Léa s'en est plutôt bien sortie. Aucun organe vital n'a été touché, "le nerf facial a été sectionné mais a repoussé spontanément, et sa paralysie du front s'atténue petit à petit", explique sa maman. Un an et demi après les faits, elle doit malgré tout faire des séances de rééducation deux fois par semaine et il lui arrive encore d'être prise d'une peur panique en présence d'un chien.

Profondément choqués par ce qui est arrivé à leur fille, les parents de Léa l'ont aussi été par l'attitude des responsables du centre équestre de Lescheraines. "Ils ne nous ont pas informé lors de l'accident, n'ont jamais pris de nouvelles après", explique encore la mère. "La directrice du centre a même refusé de faire une déclaration d'accident à son assurance", ajoute-t-elle. 

C'est "cette négligence vis-à-vis des enfants dont ils avaient la charge, cette volonté manifeste de fuir leurs responsabilités", qui a conduit Serge et Catherine Buhé à porter plainte contre le centre. Ils ne demandent aucun dommages et intérêts, mais souhaitent vivement que ce centre équestre ne puissent plus accueillir d'enfants.

Le souvenir de l'incendie meurtrier

Lorsqu'on parle du centre équestre de Lescheraines, on pense bien sûr au dramatique incendie de 2004. Huit personnes, dont 6 enfants âgés de 12 à 14 ans, y avaient trouvé la mort. Lors du procès qui avait vu le propriétaire des lieux condamné à six mois de prison ferme pour non respect du code de l'habitation, le parquet avait souligné que l'homme n'avait de cesse "de se soustraire à ses obligations". Quant aux familles des victimes, choquées, selon elles, "par son indifférence manifeste", elles déplorent encore aujourd'hui que "pour lui il n'y a que le cheval qui compte, nos enfants n'ont pas de valeur". A l'époque, elles disaient regretter que sa condamnation n'ait pas été assortie d'une interdiction d'exercer.

Après le drame, le propriétaire du centre avait très vite relancé l'activité et refusé, toujours selon les familles, de céder un morceau de terrain pour l'implantation d'une stèle en mémoire des victimes.



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