Suisse : exposition à Genève sur la fascination pour la guerre et l'aspiration à la paix

Plusieurs pages du manuscrit original de Léon Tolstoï "Guerre et Paix" ont été autorisées à quitter la Russie pour la première fois depuis la publication du livre dans les années 1860. / © FABRICE COFFRINI / AFP
Plusieurs pages du manuscrit original de Léon Tolstoï "Guerre et Paix" ont été autorisées à quitter la Russie pour la première fois depuis la publication du livre dans les années 1860. / © FABRICE COFFRINI / AFP

"Mein Kampf" et un traité de paix datant de 4.500 ans illustrent le combat éternel des hommes entre la fascination pour la guerre et l'aspiration à la paix. Ces ouvrages figurent parmi les 135 manuscrits et autres documents présentés dans une exposition organisée à la Fondation Martin Bodmer. 

Par AM avec AFP

Le livre d'Hitler "Mein Kampf" et un traité de paix datant de 4.500 ans -- le plus vieux du monde -- illustrent le combat éternel des hommes entre la fascination pour la guerre et l'aspiration à la paix. 

Ces ouvrages figurent parmi 135 manuscrits, livres, documents et autres oeuvres précieuses présentés dans une exposition organisée près de Genève à la Fondation Martin Bodmer.

Plusieurs pages du manuscrit original de Léon Tolstoï "Guerre et Paix" ont été autorisées à quitter la Russie pour la première fois depuis la publication du livre dans les années 1860.

Chacune des pages jaunies, couvertes de l'écriture élégante et dense en cyrillique de l'écrivain russe, truffées de mots barrés et de notes dans la marge, a été assurée pour 725.000 euros. 
 
Le commissaire de l'exposition Pierre Hazan a confié à l'AFP qu'il était ravi d'avoir pu inclure "ce trésor qui appartient à la Russie mais aussi au patrimoine mondial".


"Abomination" 


L'ouvrage, dont l'intrigue se déroule à la veille de la bataille décisive de 1812 entre les soldats de Napoléon et l'armée russe, illustre parfaitement l'exposition dont le message est que "la guerre n'est pas une partie d'échecs mais une abomination", a-t-il souligné.

Dans le sous-sol de la Fondation, des déclarations de guerre et des documents de propagande sont exposés sous un éclairage tamisé, à côté de traités de paix et de messages diplomatiques. 

On peut ainsi voir l'original de la déclaration de guerre de la France à la Prusse en 1870 et une reproduction d'une carte de l'Europe signée en 1939 par Joseph Staline et le ministre allemand des Affaires étrangères Joachim von Ribbentrop, définissant les sphères d'influence des deux pays.

Mais les traités de paix pouvaient aussi se graver dans la terre cuite, comme en témoigne le "clou de fondation" du roi Entemena, sur lequel est inscrit en signes cunéiformes des accords de fraternité avec le roi Uruk vers 2430 avant J.-C. dans ce qui était alors la Mésopotamie (actuellement l'Irak). 

Ailleurs, une rangée de vitrines présente une collection impressionnante de traités de paix, dont l'original, orné d'un sceau de cire rouge, du décret de ratification en 1648 des Traités de paix de Westphalie, qui mirent fin à la Guerre de Trente Ans en Europe. 

 M. Hazan, qui travaille comme médiateur au Centre pour le dialogue humanitaire de Genève, pense que dans le contexte mondial de migrations et de conflits, il est temps de "faire un pas en arrière et réfléchir au moment historique que nous sommes en train de vivre".
 

"Charge historique" 


 L'exposition, organisée avec l'ONU et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), veut également célébrer les réalisations du système multilatéral, qui est de plus en plus remis en question. 

L'exposition, qui se poursuivra jusqu'en mars 2020, montre notamment le célèbre "passeport Nansen". 

L'explorateur polaire norvégien Fridtjof Nansen, qui fut le premier Haut-commissaire aux réfugiés de la Ligue des Nations, ancêtre de l'ONU, mit en place en 1922 ce document pour les apatrides et les réfugiés, dans la foulée de la Révolution bolchévique.

"Pour moi, le passeport Nansen, c'est peut-être ce qu'il y a de plus beau dans cette exposition en termes de multilatéralisme", a commenté M. Hazan.

Le commissaire de l'exposition se souvient des réticences des restauratrices à travailler en même temps sur des ouvrages aussi opposés que "Mein Kampf" -- une édition originale signée par l'auteur -- et "Le Journal d'Anne Frank", également en édition originale.

"Elles se sont dit : ça n'est pas possible de travailler ces deux livres simultanément. Et donc elles ont décidé de les traiter séparément." Les deux ouvrages sont exposés à deux endroits éloignés l'un de l'autre.

"Je crois que ces livres ont une charge historique, ils irradient quelque chose, des onde positives et des ondes négatives" comme dans la nature humaine, a-t-il estimé.  
 

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