Un tableau d’Ingres retrouvé à Lons-le-Saunier

© France 3 Franche-Comté - Hugues Perret
© France 3 Franche-Comté - Hugues Perret

C’est une incroyable découverte qui a été réalisée cet automne à Lons-le-Saunier et présentée aujourd’hui à la presse. Une toile oubliée du peintre Jean-Auguste-Dominique Ingres était entreposée depuis près d’un siècle dans un grenier de l’ancien hôpital Hôtel Dieu !

Par Clément Jeannin

Un tableau d’Ingres retrouvé à Lons-le-Saunier
reportage de Clément Jeannin et Hugues Perret

Oubliée des hommes. Entreposée aux côtés de vieux tableaux déchirés et de reliques poussiéreuses. Presque deux siècles après avoir été peinte par l’un des plus importants peintres français du 19ème siècle, la toile d’Ingres croupissait dans la vieille chapelle de l’ancien hôpital jurassien, quasi inoccupé depuis la création du Centre Hospitalier.
La toile d’Ingres lors de sa première présentation à la presse fin janvier / © Clément Jeannin
La toile d’Ingres lors de sa première présentation à la presse fin janvier / © Clément Jeannin

C’est un historien travaillant pour la DRAC de Franche-Comté qui, lors d’un recensement des œuvres présentes à l’Hôtel Dieu, a fait cette découverte en automne dernier. En voyant cette image de la vierge avec à ses pieds un roi français, l’historien s’est remémoré un célèbre tableau d’Ingres. Il a ensuite vu écrit sur la toile « Don du Roi », suivit d’une date : 1826.
La preuve de la valeur « royale » du tableau / © Clément Jeannin
La preuve de la valeur « royale » du tableau / © Clément Jeannin

À travers la couche de poussière, on reconnaît le visage de la Vierge Marie. À ses pieds, un roi brandissant sa couronne et son sceptre. La toile est très grande, mesurant 4 mètres 30 de long sur 3 mètres 40 de large. Il s’agit de la répétition, d’une deuxième version, d’un très célèbre tableau d’Ingres : «  le Vœu de Louis XIII ».

En 1820, le roi Charles X commande à l’artiste, à l’époque en exil en Italie, une toile pour célébrer la consécration de la France à la Vierge Marie par le roi Louis XIII. Ce tableau fera sensation en 1824 au Salon des Arts de Paris et consacrera Ingres comme chef de file de l'école classique.


Une deuxième version du « Vœu de Louis XIII »


Dans l’histoire de l’art français, il se murmurait qu’Ingres avait réalisé avec l’aide de ses disciples une deuxième version de ce tableau sur la demande de la Maison Royale. Non pas une copie, mais bien une seconde version, celle-ci étant horizontale alors que la première œuvre était verticale. Ce tableau, d’après les historiens en art, n’avait jamais été retrouvé. On avait pourtant à l’époque découvert une facture de 6 000 Francs. Et on savait que le tableau d’Ingres offert à la ville de Montauban avait été payé…3000 Francs !

Depuis la découverte cet automne du tableau, les musées de la Ville de Lons-le-Saunier et de la Direction Régionale des Affaires Culturelles tentent de remonter le fil de l’histoire.

Le tableau, au dos duquel figurent deux C entrecroisés suivis de 112 (n° d’inventaire de la collection de Charles X), a été donné en 1826 à la Ville de Lons. « Le Vœu de Louis XIII » a alors orné l’église Saint-Désiré. En 1936, les archives de la ville mentionnent de gros travaux de rafraichissement du lieu de culte, nécessitant d’entreposer les ornements dans la chapelle de l’Hôtel Dieu.
Il semblerait que depuis près de 80 ans, le tableau d’Ingres ait été abandonné là, au milieu d’un capharnaüm d’objet médicaux et de statues religieuses.

Le tableau va-t-il pouvoir rester dans le Jura ?


Il va donc maintenant falloir le restaurer. Nettoyer la toile, faire revivre les couleurs et repositionner l’œuvre sur son châssis originel, lui aussi laissé à l’abandon dans une réserve de l’Hôtel Dieu.

Si la Ville et les services de la Drac n’ont pas communiqué plus tôt sur cette œuvre, c’est dans le but de la protéger. Pendant tout le temps de son reconditionnement, nécessaire pour pouvoir ensuite l’enrouler et la déplacer vers un atelier de restauration, il ne fallait pas ébruiter son existence pour éviter tout cambriolage ou détérioration de l’œuvre, cachée derrière une simple porte, à côté des services de l’hôpital fonctionnant toujours. 

Ce début de restauration est pris en charge par la Drac et par la Ville. Le souhait du maire de Lons-le-Saunier, Jacques Pélissard, est d’agrandir le Musée municipal et de faire de ce « Vœu de Louis XIII » la véritable star de l’établissement, volant du coup la vedette aux tableaux de Courbet et aux statues du Jurassien Jean-Joseph Perraud.

Le tableau d'Ingres restera-t-il au musée de Lons
Jean-Luc Mordefroid, Responsable des collections Musée des Beaux-Arts de Lons-le-Saunier / Jean-Philippe Huelin, Adjoint à la culture - mairie de Lons-le-Saunier / Jacques Pélissard, Maire UMP de Lons-le-Saunier // reportage de Clément Jeannin et Hugues Perret

 

Un tableau précieusement déplacé des réserves
Dorothée Gillmann, responsable des collections au musée des Beaux-Arts de Lons-le-Saunier - Interview signée Hugues Perret



Jean-Auguste-Dominique Ingres

Montauban 1780 - 1867 Paris

Peintre français. Elève de David, grand prix de Rome en 1801, il se distingua par la pureté et le raffinement de son dessin. Professeur devenu chef de l'école classique face au romantisme, il a transcendé les règles académiques par un génie souvent étrange. Ses portraits, peints ou dessinés sont d'une exceptionnelle qualité.

La Grande Odalisque 1814
Roger délivrant Angélique 1819
Le vœu de Louis  XIII 1824
L'Apothéose d'Homère  1827
Stratonice 1840
Le Bain Turc  1859-1863

Source : Le Petit Larousse

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