ARCHIVES. François Mitterrand, de Cluny à Château-Chinon et Solutré, les images d'un président en Bourgogne

François Mitterrand a partagé près d'un demi-siècle d'histoire avec la Bourgogne. De ses actions dans la Résistance près de Cluny dans les années 1940 à sa dernière ascension de la roche de Solutré en 1995, retour sur le lien entre le chef d'Etat aux deux septennats et la région. 

Le président de la République François Mitterrand en mai 1985, lors de son ascension annuelle de la Roche de Solutré, en Saône-et-Loire.
Le président de la République François Mitterrand en mai 1985, lors de son ascension annuelle de la Roche de Solutré, en Saône-et-Loire. © ERIC FEFERBERG / AFP

Le 21 mai 1981, François Mitterrand devient le premier président de gauche de la Vème République. Né à Jarnac, en Charente, le 26 octobre 1916, celui qui a réalisé le plus long mandat présidentiel en France a pourtant de fortes attaches en Bourgogne.

Résistant dans le maquis de Cluny (Saône-et-Loire), ville où il rencontre son épouse Danielle Mitterrand, élu local de la Nièvre et maire de Château-Chinon, l’homme politique a toujours gardé un lien particulier avec la région qu’il retrouvait chaque année à travers son pèlerinage à la roche de Solutré (Saône-et-Loire). À l’occasion des 40 ans de son élection à la tête de l’Etat, retour sur les liens inamovibles entre François Mitterrand et la Bourgogne.

Cluny, là où tout commence

Au début des années 1940, François Mitterrand se fait appeler François Morland et anime dans la Résistance un réseau de libération de prisonniers de guerre à Cluny, en Saône-et-Loire. C’est dans le maquis de la commune qu’il rencontre Danielle, dont la famille a quitté Verdun (Meuse) en 1940.

Le père de celle qui se nomme encore Danielle Gouze s’est installé à Cluny. Il refuse de recenser les élèves et professeurs juifs du collège dont il est principal. En Saône-et-Loire, ce militant de la SFIO, ancêtre du PS, donne des cours particuliers et abrite des clandestins, des maquisards mais aussi des héros de la résistance, dont Henri Frenay et Berty Albrecht.

Danielle Gouze, qui sort de l’adolescence est elle-aussi engagée dans la Résistance en tant qu’agent de liaison. Le 28 octobre 1944, François Mitterrand épouse Danielle, la veille de ses 20 ans. Le couple se rend régulièrement à Cluny, dans la maison familiale des Gouze, la Romada, acronyme composé à partir des prénoms des trois enfants de la famille, Roger, Madeleine et Danielle.

Une bâtisse à l’histoire riche que l’homme politique a à cœur de commémorer tout au long de sa carrière. Lors de ses visites, la maison se transforme souvent en lieu de revendication. Comme en 1983 où des salariés de MotoStandard à Mâcon mis au chômage viennent offrir une tondeuse au président de la République. Ils sont rejoints quelques jours plus tard par des employés de Saint Gobin, inquiets pour leur avenir.

En 2011, la mort de Danielle Mitterrand ramène l’histoire du couple à Cluny. Si François Mitterrand est enterré à Jarnac, c’est dans le caveau familial en Saône-et-Loire que repose l’ancienne première Dame de France.

Une carrière d’élu local dans la Nièvre

Très attaché à Cluny, c’est pourtant dans la Nièvre que François Mitterrand mène toute sa carrière d’élu local. En 1946, il remporte sa première élection, les législatives. Il devient alors député du département, mandat qu’il occupe pendant 12 ans. En 1959, il est élu sénateur de la Nièvre. Une affaire de palais. Après trois ans au palais du Luxembourg où siègent les membres du Sénat, il retrouve le palais Bourbon de l’Assemblée nationale en 1962. Enfin, en 1964, il accède à la fonction de Président du conseil général de la Nièvre.

Pour consolider son ancrage territorial, François Mitterrand se fait également élire maire de Château-Chinon en 1959. Fonction qui constituera son plus long mandat politique. Attaché au terrain, il revendique sa proximité avec la population dans un reportage : "Je suis ici pratiquement toutes les semaines. Il est très rare que je manque ce que je considère comme un devoir à l'égard des habitants de Château-Chinon. En plus je m'y plais. Quand je reviens ici je retrouve un vaste cercle d'amis, des travaux concrets et pratiques".

En parallèle, François Mitterrand se prépare à d’autres desseins. En 1965 et en 1974, il est candidat à l'élection présidentielle.

De la Bourgogne jusqu’à l’Elysée

C’est donc en 1965 que François Mitterrand, bien implanté dans la Nièvre, affiche pour la première fois ses ambitions nationales au grand jour. Après avoir poussé Charles de Gaulle jusqu’au second tour des élections présidentielles et obtenu 44% des voix dans ce qui était un défi audacieux, l’élu nivernais retourne dans son fief pendant presque une décennie.

En 1969, à la suite de la démission de De Gaulle, la gauche fait campagne en ordre dispersée. François Mitterrand passe son tour mais met la main sur le Parti socialiste deux ans plus tard. Candidat à l'élection présidentielle en 1974, il perd la bataille des urnes et termine derrière Valéry Giscard d'Estaing au second tour. La revanche vient sept ans plus tard. Le 21 mai 1981, François Mitterrand est élu président de la République.

Et comme symbole de son attachement au terrain local, il fait sa première apparition en tant que chef de l’État sur la terrasse de l’hôtel du Vieux Morvan à Château-Chinon. Des images qui restent attachées à l’histoire de la commune, au même titre que la fontaine commandée et inaugurée en 1988 par François Mitterrand.

Le pèlerinage mitterrandien à Solutré

Un jour de 1946, Roger Gouze, frère de Danielle Mitterrand, lui fait découvrir à quelques kilomètres de Cluny, la roche de Solutré, site emblématique de Saône-et-Loire. Sous le charme, François Mitterrand se promet d’y revenir chaque année lors de la Pentecôte pour une ascension rituelle.

En 1981, François Mitterrand nouvellement élu, le pèlerinage prend une dimension politique et symbolique. Le président ne manque aucun rendez-vous et se rend sur les lieux ou à proximité chacune des années de ses deux septennats.

Une véritable tradition qui attire à la fois la presse, les proches et les partenaires politiques du chef de l’Etat. Roger Hanin, beau-frère de François Mitterrand, Jack Lang, son ministre de la culture ou encore Georges Kiejman, ministre de la communication en 1991 feront le voyage.

Lassé et désireux de revenir aux origines paisibles de ce qui était un pèlerinage familial, François Mitterrand pose littéralement un lapin à la presse en 1992. Il se rend en effet quelques kilomètres plus loin, à la roche de Vergisson. Une entorse avant de renouer avec la tradition l’année suivante.

En 1995, malade et fatigué des suites de son cancer, il ne fait que quelques pas au bas de la roche. Il s’agira de sa dernière apparition à Solutré. La fin d’une tradition respectée pendant près d’un demi-siècle.

> Les 40 ans de l'élection de François Mitterrand : Feuilleton par E. Pinsonneaux et R.Nectoux

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