ARCHIVES. De Gaulle et la Bourgogne, une histoire complexe

Colombey-les-Deux-Eglises est à 30 kilomètres de la Bourgogne, et ce n'est pourtant pas la région préférée de Charles de Gaulle. Il n'y a effectué que 2 voyages officiels. À l'occasion du 50e anniversaire de sa mort, lundi 9 novembre, retour sur les liens entre le général et la Bourgogne.  
Charles de Gaulle et le chanoine Kir au musée des Beaux-Arts de Dijon, devant le tombeau des pleurants en avril 1959.
Charles de Gaulle et le chanoine Kir au musée des Beaux-Arts de Dijon, devant le tombeau des pleurants en avril 1959. © Archives municipales de Dijon 3 K 112
"Vive Dijon, vive la Bourgogne, vive la République, vive la France !" C'est par ces mots que le premier président de la Cinquième République conclut son discours aux Dijonnais, le 19 avril 1959, place de la Libération. Une visite dans la capitale des Ducs, dernière étape d'un voyage de trois jours dans la région. L'une des rares attentions de Charles de Gaulle pour la Bourgogne.

Colombey-les-Deux-Églises (Haute-Marne), son lieu de villégiature, a beau n'être qu'à une heure et demie de Dijon, trente minutes de la Bourgogne, les liens de Charles de Gaulle avec la région n'ont jamais été très forts. Il ne se déplacera que peu en terre bourguignonne ; un seul voyage, sur dix années à la présidence de la République. 
 

Le grand voyage d'avril 1959, à la rencontre de "son peuple"


Il n'est élu que depuis quelques mois lorsqu'il se rend en Bourgogne, pour un déplacement officiel. Un marathon de trois jours entre Auxerre (Yonne), Clamecy et Nevers (Nièvre), Mâcon et Le Creusot (Saône-et-Loire), puis Beaune et Dijon (Côte-d'Or). 
 
Cette visite du 16 au 19 avril 1959 s'inscrit dans une grande tournée à travers la France. "De Gaulle veut montrer qu'il est le président du peuple de toute la France, il veut rencontrer son peuple et il met en place les bains de foule", raconte Jean Vigreux, professeur d'histoire-contemporaine à l'Université de Bourgogne. Une foule qui dans chaque ville l'acclame. "Il y a une adhésion au général pour la fondation de la Cinquième République, au regard des crises de la Quatrième. Il est considéré comme celui qui va ramener une stabilité au pays."

L'occasion pour De Gaulle de rassurer dans cette période de tensions, en pleine guerre d'Algérie. Il déclare d'ailleurs aux Auxerrois : "Les affaires de la France ne sont pas faciles, vous le savez tous comme moi ; et cependant, je veux vous dire que, malgré certains obstacles, certains nuages qui pèsent encore aujourd'hui sur nous, je suis sûr de l'avenir du pays, je suis sûr de l'avenir de la France."  
 
Au Creusot, il se félicite de la modernisation de la France après une visite de l'usine Peugeot. "Au Creusot, on est quelque chose comme un pilote pour l'activité française toute entière", exprime Charles de Gaulle.
  
Son plan de route l'envoie ensuite à Dijon. Cette étape se veut une marque d'apaisement dans sa relation avec le chanoine Kir. Lui aussi ancien résistant, le député-maire de Dijon est pourtant "violemment anti-gaulliste", décrit Claude Patriat, professeur émérite de sciences politiques à l'Université de Bourgogne. 

Après avoir assisté à la messe en la cathédrale Saint-Bénigne, Charles de Gaulle découvre la commande centralisée de la SNCF, la faculté des sciences, le Palais des Ducs. Il tient ensuite un discours sur la place de la Libération et en profite pour rendre hommage au Chanoine Kir : "En octobre 1944, dans les grandes joies et les grandes espérances de la Libération, j’avais à ce moment-là, à côté de moi, le maire que vous avez aujourd’hui."

Le voyage se termine aux hospices de Beaune, reçu en grandes pompes par Roger Duchet, premier édile de la ville, pourtant partisan de l'Algérie française. Ce sera l'ultime passage de Charles de Gaulle en Bourgogne.
 

Première visite officielle à la Libération


La région n'est pas totalement inconnue pour De Gaulle. Quinze ans plus tôt, l'homme de la France libre traverse les villes libérées, du nord-est du pays. Il effectue alors sa première visite officielle à Dijon, le 23 octobre 1944. En présence du maire de l'époque George Connes, il clame alors : "Nous avons à nous reconstruire. Notre pays est gravement mutilé, gravement abîmé dans ses ports, dans ses communications. Nous avons à redresser cela de manière que nous redevenions plus forts, plus puissants que nous ne le fûmes jamais."
 
Discours du général De Gaulle aux Dijonnais, le 23 octobre 1944.
Discours du général De Gaulle aux Dijonnais, le 23 octobre 1944. © Archives municipales de Dijon 9Fi4

Selon Claude Patriat, le Général de Gaulle s'est également rendu dans la capitale des Ducs en mars 1949, cette fois pour raison personnelle. Il rend alors hommage au Général Henri Giraud, militaire et homme politique, rival de Charles de Gaulle dans la direction des forces alliées. "Son meilleur ennemi", indique le professeur en sciences politiques.  
 

La Bourgogne, terre anti-gaulliste


De Gaulle n'avait d'ailleurs que peu d'amis dans la région, peu d'alliés politiques. Ce qui explique en partie ces quelques déplacements. Contrairement au Nord ou la Normandie, la Bourgogne n'est pas une terre gaulliste.

"La Bourgogne a une tradition de droite rurale, conservatrice, et indépendante. C'est d'ailleurs en Côte-d'Or qu'est fondé le premier parti de droite d'après-guerre, le centre national des indépendants et des paysans, par le maire de Beaune Roger Duchet. Et ce parti aura beaucoup de poids, ce sera une forte concurrence pour le parti de De Gaulle", explique Claude Patriat. "Il y avait beaucoup de figures anti-gaullistes, qui symbolisaient la résistance d'une France profonde."

Et malgré "une forte reconnaissance envers l'homme de la Libération", les Bourguignons "n'adhèrent pas au gaullisme et le parti ne s'implante que tardivement, en 1951", développe Jean Vigreux.

Son allié le plus fidèle dans la région est à l'époque Robert Poujade qui ravira le siège de député du chanoine Kir en 1967, après maintes tentatives. Il deviendra ensuite maire de Dijon en 1971. Ce n'est donc qu'après la mort de De Gaulle qu'a lieu le "véritable tournant" de la poussée gaulliste en Bourgogne, selon Claude Patriat. 

 
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