Baguette à 29 centimes : "si la baguette coûtait si peu cher à produire, on roulerait tous en Ferrari !" dénoncent les boulangers de Bourgogne-Franche-Comté

Publié le Mis à jour le
Écrit par Arnaud Lefevre
La baguette à 29 centimes
La baguette à 29 centimes © France Télévisions

La baguette est à 29 centimes pendant au moins quatre mois dans les magasins Leclerc. Les représentants des boulangers de la région se défendent et en appellent au bon sens des consommateurs.

Dans cet hypermarché de la métropole dijonnaise, la baguette à 29 centimes se fait plutôt discrète. Pas de tête de gondole, pas d’affiche avec le slogan de l’enseigne qui prétend défendre le pouvoir d’achat « croûte que croûte » ! Elle est au fond du rayon, au niveau du sol.

Ces acheteurs ont eu du mal à la trouver. « J’ai entendu la pub à la radio. A ce prix-là, ça vaut le coup d’essayer, mais il n’y a pas d’étiquette pour savoir ce qu'il y dedans, ni d’où viennent les ingrédients ».  

Une concurrence « inadmissible »  

« C’est juste un coup de pub, mais le consommateur se pose légitimement des questions » dénonce Damien Vauthier, à la tête de quatre boulangeries dans le secteur de Montbéliard et président de l’union patronale des boulangers du Doubs. « Ils peuvent se permettre de baisser le prix d’un produit d’appel et de ne pas gagner d’argent dessus. Ils se rattrapent ailleurs. Il leur suffit d’augmenter celui de la boite de petits pois ou d’autre chose, personne ne le verra ».

Pour les artisans, une baguette à 29 centimes est forcément de la vente à perte. La matière première représente déjà 15%. Il faut y ajouter la main-d’œuvre, le prix de l’énergie pour la cuisson ou le loyer. « Si on vendait à 29 centimes, on n’aurait plus qu’à fermer boutique ».  

« Si la baguette coûtait si peu cher à produire, on roulerait tous en Ferrari ! »  

Bruno Liégeon, boulanger à Beaune

Le prix de la qualité

Bruno Liégeon est boulanger depuis plus de quarante ans à Beaune. En tant que président des boulangers de Bourgogne-Franche-Comté, il en a vu passer des pratiques agressives de la grande distribution. « Je suis triste qu’on s’en prenne à nous ». Il reprend à son compte la formule d’un économiste américain, Bernardo Trujillo, qui évoquait les produits d’appel comme « un ilot de perte dans un océan de profits ».

« Oui, la baguette de base est moins chère dans les grandes surfaces, mais regardez les autres produits, comme le pain complet. Ils sont souvent au même prix que chez nous. Le client est persuadé de faire une bonne affaire, alors il va tout acheter chez eux ».

En regardant les étiquettes du rayon de chez Leclerc, les autres articles sont effectivement loin du prix d’appel. Nous trouvons la baguette « 3 meuniers » à 75 centimes, la tradition à 90 centimes, le pain complet à 1,50 euro. 

La qualité des matières premières  

Autre point sur lequel les artisans martèlent leur différence, la traçabilité. « Nous sommes attachés à la qualité du blé, nous essayons de travailler au maximum en circuit court » renchérit Bruno Liégeon.

Sur ce terrain-là aussi, il accuse la grande distribution de se vanter de faire travailler des producteurs locaux seulement pour une petite minorité de produits.

Les consommateurs détiennent la vérité  

Sur l’avenir de son métier, Bruno Liégeon est confiant. « La grande distribution a fait fermer beaucoup de petits commerces, c’est vrai, mais nous résistons. Nous gardons nos parts de marché depuis 30 ans. En France, 7 baguettes sur 10 sont achetées chez des artisans, les consommateurs détiennent la vérité».

Il s’appuie sur un autre chiffre, celui du nombre de boulangeries, stable ces vingt dernières années dans la région, avec des fermetures dans les villages, mais des ouvertures dans les villes. 

D’ailleurs, le secteur peine toujours à recruter. C'est le cas aussi pour Leclerc, qui affiche dans son rayon une offre d’emploi pour trouver un boulanger !  

Comment est-elle, cette baguette ?  

De l’avis d’amateurs de bon pain, la baguette à 29 centimes ne peut pas cacher son aspect industriel et a peu de goût. Mais à ce prix-là, faut-il lui en vouloir ?!

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