FEUILLETON : une semaine dans les airs à l’aéroport de Saint-Yan en Saône-et-Loire

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Écrit par Muriel Bessard

Installé en pleine campagne, dans le Charolais-Brionnais, l’aéroport de Saint-Yan (Saône-et-Loire) possède pourtant des installations dignes de grands aéroports. Grâce à la présence d’un centre de l’Ecole nationale d’aviation civile qui forme les pilotes de lignes. Ce feuilleton vous propose donc de prendre l’air et de découvrir ce site où travaille 90 personnes toute l’année.

C’est un monde que l’on connaît mal. Celui des avions, des pilotes, des contrôleurs, des avitailleurs… Un monde où chacun travaille avec l’autre et dépend de l’autre. Un monde où la sécurité est omniprésente. L’aéroport de Saint-Yan, situé dans une région connue pour ses vaches et ses moutons, a pourtant tout d’un grand avec ses pistes toutes neuves, sa tour de contrôle, son service de secours aéroportuaire, son musée et deux “hôtes” de qualité : l’ENAC (école nationale d’aviation civile) et le lycée Astier qui forme aux métiers de la mécanique aéronautique. Prêts pour le décollage?      

Aérodrome ou aéroport?

L’aérodrome de Saint-Yan est à la fois un aérodrome et un aéroport. L’aérodrome est constitué par les aménagements nécessaires au décollage et à l’atterrissage (pour résumer: les pistes). L’aéroport fait référence aux activités (trafic aérien, vols commerciaux…).  L’aérodrome de Saint-Yan est né à la fin des années 30 lorsque l'armée de l'air crée un terrain d'aviation de secours. Il s’est développé au fil du temps grâce à la présence de l’Ecole nationale d’aviation civile. “C’est une structure très importante, explique son directeur Patrice Reverdy, il a fallu agrandir les infrastructures pour répondre à la demande de l’école de pilotage. Aujourd’hui c’est un très gros employeur avec 90 personnes travaillant sur le site” en comptant ceux de l’aérodrome et ceux de l’ENAC.

L’aéroport est géré par un syndicat mixte constitué de la région, le département de Saône-et-Loire et 3 communes environnantes (de Saint-Yan, Varenne-Saint-Germain et l'Hôpital-le-Mercier). Il est financé par des taxes versées par chaque avion qui passe par l’aérodrome, des prestations payées par l’ENAC (avitaillement, tractage ou repoussage des avions) et la location de hangars pour les avions de particuliers.   

L’aérodrome de Saint-Yan dispose de trois pistes, une de plus de 2 km, une  d’1,2 km et une plus courte en herbe. Elles ont été entièrement refaites à l’été 2021 pour améliorer leur état et leur portance, c'est-à-dire leur capacité à supporter des avions lourds. 8,4 millions d’euros ont été engagés. “Vu le vieillissement de la structure, il y avait des risques de décollement de cailloux qui auraient pu faire des dégâts sur les avions, explique Georges Bordat, le président de l’aéroport de Saint-Yan. Si nous n’avions pas fait ces travaux, dans quelques années, les avions n’auraient pas pu atterrir ou décoller”. Les travaux ont également permis d’équiper la piste de de leds multidirectionnels, visibles de partout. C’est le 1er aérodrome de France à s’être équipé d’un tel éclairage.

Pour gérer le trafic sur l’aérodrome, Saint-Yan Air Business (SYAB) qui gère le site, emploie une 10aine de personnes parmi lesquelles des techniciens de maintenance et des avitailleurs. Ce sont ces derniers qui sont chargés de faire le plein des avions, en fonction des besoins de pilote. Une mission importante : les bimoteurs utilisés par l’ENAC consomme environ 100l de carburant à l’heure!  

L’aérodrome possède également un service de pompiers sur place : 3 agents qui assurent une permanence de 7h30 à 24h. Deux fois par jour, ils font le tour des pistes (“l’état de surface”) pour vérifier qu’aucun objet n’y traîne. Jacques Therville, pompier à Saint-Yan : “Les gens manquent parfois d'attention. Ils posent leur téléphone ou leur classeur sur l’aile de l’appareil et partent voler. L’avion décolle mais pas le téléphone!”. C’est une mission importante rappelle le pompier : “le crash du Concorde en 2000 qui a fait près de 120 morts était dû à une pièce de métal tombée de l’avion précédant”.  

"On retrouve plein de choses sur une piste : des bouts de bois, des morceaux de métal, même des téléphones".

Jacques Therville, pompier à l'aéroport de Saint-Yan

Les pompiers d’aéroport consacrent beaucoup de temps à la formation et aux entraînements : ils ont l’obligation de pouvoir intervenir sur toute la zone aéroportuaire dans un délai de 3 minutes ! Une fois par semaine, ils répètent –comme pour de vrai- une manœuvre et chaque jour, ils se forment sur un logiciel en ligne : “il y a des moteurs de types différents, des réacteurs ou des turbopropulseurs à hélice, explique Nicolas Millon, pompier. Il y aussi des carburants différents et les techniques d’intervention ne vont pas être les mêmes selon les avions. La taille de l’avion aussi est importante, elle va donner le nombre de pompiers et le véhicule adéquat.”  

10 contrôleurs aériens assurent la sécurité de l’aéroport de Saint-Yan. Ils sont 3 en permanence dans la tour de contrôle à surveiller l’espace aérien au dessus des pistes et jusqu’à plusieurs 10aines de km alentours. Chaque aéronef (avion, hélicoptère, ULM...) dans cet espace est identifié et l’information communiqué à tout pilote dans la zone. "Notre mission, explique un de ces contrôleurs, c’est d’avoir une connaissance la plus claire possible de la position des avions dans l’espace aérien pour la transmettre de la façon la plus précise possible aux pilotes. Notre but est de ne jamais entendre parler de nous”.        

140 pilotes sont formés chaque année à Saint-Yan

L’explosion du transport aérien après la 2nde guerre mondiale fait apparaître le besoin criant de former des personnels de qualité. C’est ainsi qu’est créée l’Ecole nationale d’aviation civile (ENAC) en 1948. Le siège est à Orly et, depuis 1969, à Toulouse. L’ENAC compte 7 centres de formation dont celui de Saint-Yan spécialisé dans le bimoteur.  

Les élèves pilotes de ligne sont sélectionnés sur concours (une vingtaine de places par an sur 2.500 candidatures !) et se forment pendant 2 ans sur les différents sites de l’ENAC. A Saint-Yan –où tous viennent passer environ 3 mois-, ils apprennent le vol sur bimoteur : “les stagiaires viennent ici acquérir en maturité et une spécialisation sur bimoteur, explique Jean-Pierre Hello, directeur du centre ENAC à Saint-Yan. Ils apprennent d’abord sur monomoteurs pour des raisons évidentes de coût, puisqu’il n’y a qu’un moteur, donc une seule consommation d’essence. Et après, il faut qu’ils apprennent sur bimoteur parce qu’on y apprend tout ce qui est pannes : les systèmes sont plus complexes et ils ont à gérer plus de situations compliquées”.

Une formation que les pilotes devront compléter ensuite, après leur embauche par une compagnie, pour apprendre à piloter l’avion sur lequel ils voleront (Airbus, Boeing…). L’aéroport de Saint-Yan offre en outre un atout insolite : sa météo. Presque tous les centres de l’ENAC sont au sud, où la météo est bonne. Piloter à Saint-Yan, c’est piloter dans des conditions moins favorables (nuages, brouillards, pluie…) !  

"A Saint-Yan, on apprend à voler dans les nuages".

Jean-Pierre Hello, directeur de l'ENAC Saint-Yan

Lors de leur formation, les stagiaires passent aussi sur des simulateurs de vol où ils apprennent à gérer des pannes graves. Le centre ENAC de Saône-et-Loire en compte 3. Les instructeurs de l’école choisissent des “scenarios” pour les stagiaires dans lesquels ils peuvent modifier les conditions météo, l’environnement, les vitesse de vent et de nombreuses pannes différentes, voire plusieurs à la fois. L’aspect technique est bien sûr le 1er élément évalué.

Mais comme l’avoue Philippe Lèguevaque, pilote instructeur à l’ENAC, “on regarde aussi l’aspect non technique : le stagiaire prend-il en compte d’autres menaces ou d’autres paramètres extérieurs, une météo qui se dégrade ou une autre panne? On regarde comment il se comporte et s’il arrive à gérer les priorités”. “Le fait de répéter, répéter, répéter une procédure, reconnaît Kevin Regnault-Tissier, pilote, ça permet de mieux la connaître et moins stresser si ça arrive en vrai”.  

L’ENAC possède également à Saint-Yan son propre atelier de maintenance. Une 15aine de mécaniciens y entretient la dizaine de bimoteurs du centre. Ils s’occupent des pannes du quotidien comme des grosses révisions obligatoires pour chaque appareil au bout d’un certain nombre d’heures. “On a un cahier des charges plus strict que pour les voitures ou les camions concernant le type d’usure ou le potentiel des pièces, explique Stéphane Joblot, responsable d’atelier. Quand on remet un avion en vol, il est à 100% de ses capacités, pas à 80%”.  

“L’Evangile selon Saint-Yan”

Un musée dédié à l’histoire de l’aéroport de Saint Yan a été créé en 2007 par des anciens mécaniciens et pilotes. Il est ouvert tous les jeudis matin, géré par une 15aine des membres de l'APASY (Association Patrimoine Aéronautique de Saint-Yan).

L'aéroport de Saint-Yan a été créé en 1938 et a été successivement utilisé durant la seconde guerre mondiale, par les Français au début de la guerre, puis par les Allemands, de 1943 à 1945. “C’était une vaste prairie, raconte Jacques Bord, ancien pilote instructeur. D’ailleurs à l’époque, on n’appelait pas ça un aérodrome mais un champ d’aviation. C’était un champ, on pouvait décoller, atterrir dans toutes les directions”. En 1948, l'État décide de créer sur le site un centre de l'École Nationale d'Aviation Civile (ENAC). L'aérodrome de Saint-Yan prend alors rapidement de l'ampleur. En quelques années, la plateforme change de physionomie. La station météo est construite dès 1953, puis, la tour de contrôle en 1956. Une première piste en dur est inaugurée en 1961 et une deuxième en 1964, tandis que la première s'allonge.

"La voltige c'était pas seulement de la fantaisie ou de l'acrobatie, la voltige c'était aussi la maîtrise totale du vol".

Patrice Notteghem

Le centre de l’ENAC est créé à Saint-Yan pour faire de la formation pratique. A l’époque, il n’existe pas de méthode pour apprendre à piloter. Les “instructeurs” non formés opèrent par imitation, il y a beaucoup d’accidents. La direction de l’aviation civile confie donc une mission à un des pilotes de l’ENAC, Louis Notteghem : mettre au point une méthode d’apprentissage qui réduirait les risques. Elle est vite devenue populaire et reprise dans les aéroclubs. Un journaliste la baptise même “l’Evangile selon Saint-Yan”. “Elle était très scientifique, explique Patrice Notteghem, son fils et auteur d’un livre*, il fallait que l’élève comprenne la raison de ses gestes et des mouvements qu’il imprimait à l’avion. L’autre principe, c’était de mettre le pilote en difficulté pour pouvoir se rattraper dans des circonstances défavorables (panne de moteur, gros coup de vent)… donc on mettait le pilote dans une mauvaise posture. Et une des manières d’apprendre ça, c’était la voltige pendant une figure de voltige, l’avion n’est pas dans une situation normale. Donc l’élève se rendait compte ainsi que même dans une posture anormale, il était possible de maîtriser l’avion.”  

* “L’Evangile selon Saint-Yan de Jean-Loup et Patrice Notteghem et Philippe Dubois    

Un lycée au plus près des pistes

L’aérodrome de Saint-Yan accueille également sur son site un atelier de formation du lycée Astier. C’est un plus pour les élèves : “on est dans le quotidien d’un mécanicien, développe Anthony Pacaud, directeur du lycée Astier, délégué aux formations professionnelles,  il aura l’habitude d’avoir des avions qui tournent autour et puis on peut voir différents avions qu’on n’a pas l’habitude de voir”.

 Ce lycée, basé à Paray-le-Monial, propose deux formations aux métiers de l’aéronautique : le bac pro en aéronautique pour la maintenance des gros avions (gros porteurs ou avions de ligne) et le bac pro aviation générale pour former les professionnels de la maintenance des aéronefs légers (moins de 2 tonnes). L’accent, là encore, est mis sur la sécurité. “On essaie d’amener les élèves à prendre conscience de leur responsabilité, explique Fabrice Billaut, professeur en maintenance aéronautique. Chez nous, les machines ne volent pas et on peut donc corriger plus de défauts que si les avions volaient. Il y a une rigueur supplémentaire par rapport à la mécanique générale.

"Quand on est en l’air, on ne peut pas se mettre sur le bord de la route pour réparer si quelque chose ne va pas!”

Fabrice Billaut, professeur en maintenance aéronautique au lycée Astier

Les élèves viennent de toute la France pour suivre ce cursus de 3 ans. Ils sont 24 par promotion et sont souvent passionnés d’aviation comme Lilian Beausset qui apprend à piloter des planeurs en parallèle de sa formation en aviation générale :  “j’ai fait une seconde générale mais ça m’a ennuyé. J’ai toujours voulu travailler dans l’aéronautique qui est ma passion depuis que je suis petit. Ma mère me racontait que quand j’étais petit, dès qu’il y avait un avion, je regardais le ciel.” Hugo Roy, élève de 1ère en aéronautique option système, vient, lui, de Besançon. “C’est l’école la plus proche pour moi et et elle a bonne réputation”. Il avoue lui aussi rêver de travailler dans l’aviation depuis tout petit. Il avait d’ailleurs dit à son grand-père “une fois que tu partiras, je te rejoindrai dans le ciel avec les avions”.

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