Bourgogne-Franche-Comté : comment trouver des candidats pour les métiers en tension ?

© STEPHANE MORTAGNE - maxPPP
© STEPHANE MORTAGNE - maxPPP

Même si le chômage diminue, de nombreux postes restent vacants dans l’hôtellerie-restauration, le BTP, l’industrie, les transports logistiques, les services à la personne, etc… Pour trouver des candidats, la Région tente de nouvelles approches comme le théâtre-forum.  
 

Par B.L.

1-Pourquoi l’hôtellerie-restauration ne parvient pas à recruter ?

De nombreux secteurs connaissent de gros problèmes de recrutement. C’est le cas de l’hôtellerie-restauration notamment en ce qui concerne les serveurs et tous les métiers de la relation client.

"Ce sont des métiers pas très sexy à cause des horaires décalés, des salaires peu attractifs, du travail debout … C’est pourquoi la Région Bourgogne-Franche-Comté s’investit beaucoup pour les valoriser. Il ne faut pas oublier que ce sont des métiers de partage, qui permettent de voyager.

Nous avons besoin de ces métiers car le tourisme est un secteur important pour la région. On a des projets très structurants comme les climats de Bourgogne, la future cité de la gastronomie, etc", explique Océane Charret-Godard, vice-présidente du conseil régional en charge de la formation continue et des mutations économiques.
 
 

2-Comment trouver des candidats ?

"On a fait une enquête sur la métropole dijonnaise pour comprendre pourquoi les hôteliers-restaurateurs ne parvenaient pas à recruter. Quand on les écoute, ils disent qu’ils veulent des personnes qui sachent :
-s’adapter aux différentes clientèles, car les touristes chinois n’ont pas les mêmes exigences que les touristes européens
-utiliser les nouveaux outils numériques
-parler anglais
-informer les touristes sur le patrimoine local. "

Trouver des candidats ayant ce profil n’est pas évident.
"La Région a donc décidé de travailler avec les acteurs de la filière touristique pour réadapter les formations. Cela passe, par exemple, par le théâtre-forum, où l’on met en scène des situations de travail dans lesquelles les participants doivent trouver des solutions aux problèmes rencontrés. Car ces métiers s’apprennent surtout sur le terrain et pas dans des salles de classe. Les modules théâtralisés permettent de travailler sur les compétences sociales, les savoir-être (ou soft skills)", précise Océane Charret-Godard.
 
 

3-Comment rendre les formations plus attractives ?

Pour tenter de lever certains freins, la Région Bourgogne-Franche-Comté mise sur :

-une revalorisation de la rémunération des stagiaires : ils touchent aujourd’hui 652 euros par mois (au lieu de 401 euros), soit une hausse de plus de 250 euros. Pour un mineur (primo demandeur d’emploi) qui percevait auparavant 130,34 euros, sa nouvelle rémunération est passée à 455 euros par mois.

-un triplement des indemnités de transport : l’indemnité mensuelle de transport fixée par décret à 32,93 euros est triplée par la Région pour atteindre 98,79 euros (hors travailleurs handicapés). Elle est versée aux stagiaires justifiant d’une distance domicile-lieu de formation de plus de 15 km.

-un complément de rémunération : il s’agit d’une aide forfaitaire de 200 euros pour les stagiaires des formations agréées par la Région, qu’ils soient indemnisés ou non par Pôle emploi. Cette aide permet de faire face aux frais liés à l’entrée en formation (notamment les déplacements, la garde d’enfants,l’achat de matériels…)

"Ce n’est pas l’alpha et l’oméga, mais quand on est déjà dans une situation précaire et compliquée, savoir qu’on peut aller se former et qu’on n’y perdra pas financièrement, c’est quand même important", dit Océane Charret-Godard.

"On fait le pari que la situation va s’améliorer si on bouge tous les maillons de la chaîne : la rémunération, la prescription plus rapide, le travail rapproché avec les entreprises pour que les formations soient vraiment adaptées à leurs besoins, la valorisation des métiers…  Mais il faut accepter que cela prenne du temps."

 
 

4-Comment expliquer qu’on n'arrive pas à recruter dans ces secteurs depuis des années ?

"Jusqu’à présent, on partait du principe qu’il y a beaucoup d’offres d’emploi disponibles d’une part et des publics qui n’ont pas d’emploi d’autre part. On pensait que tout le monde allait se rencontrer, mais ça ne se passe pas comme ça, ce n’est pas aussi simple.

Ce qu’on fait actuellement n’a jamais été fait. On n’a jamais été aussi loin dans le côté "on se réinterroge tous". C’est aussi le sens de cette communauté des organismes de la formation professionnelle de Bourgogne-Franche-Comté qui a été lancée jeudi 12 septembre 2019.

On ne fait pas reposer la responsabilité de la formation uniquement sur les organismes en leur disant il faut innover, il faut, il faut…Mais on leur dit, on va le faire ensemble, on va vous aider, on va créer les conditions de l’intelligence collective", conclut vice-présidente du conseil régional en charge de la formation continue et des mutations économiques.
 


 

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