« Les contes d’Hoffmann », la nouvelle production de l’opéra de Dijon, promet de bousculer le genre. Mikaël Serre, à la mise en scène, et Nicolas Chesneau, à la direction musicale, offrent une version très moderne de l'œuvre d'Offenbach. A découvrir du 14 au 23 décembre 2017 au Grand théâtre.

 

Une mise en scène stupéfiante !

Un grand lit rond trône au milieu du plateau. Des flippers l'entourent. Des vidéos - signées Sébastien Dupouey - sont projetées sur le rideau de fond de scène en lamé. Dans cette ambiance très seventies, du sang coule sur Antonia, un des personnages féminins. Des sons sont distillés çà et là ainsi qu'une ballade contemporaine. Ils sont l'œuvre du musicien suédois Peter Von Poehl.


La mise en scène de Mikaël Serre risque de bousculer plus d'un spectateur. On n'en attendait pas moins de ce dramaturge germanophone et germanophile aux multiples talents : il est également comédien, photographe, vidéaste, performeur. Il avoue volontiers d'être inspiré de l'esthétique des opéras rock des années 70 tels que Tommy ou Phantom of the paradise.

Humeurs kaléïdoscopiques



Mikaël Serre a été séduit par la très grande modernité des écrits d'Hoffmann dont Offenbach s'est inspiré pour son opéra au point d'en faire son personnage principal et de reprendre la trame de trois contes de ce maître du romantisme allemand. Sa modernité mais aussi sa noirceur et son aspect fantastique.

Mikaël Serre donne des indications sur le plateau. / © Nathalie Zanzola / France 3 Bourgogne
Mikaël Serre donne des indications sur le plateau. / © Nathalie Zanzola / France 3 Bourgogne


Dans la création dijonnaise, le poète est en pleine dépression car il se croit délaissé par sa maîtresse. Il boit. Au bout de l'ivresse et des abus, il se met à délirer. Une plongée dans les souvenirs et les désillusions amoureuses d'Hoffmann sous hallucinogènes.  « Cette œuvre joue avec des humeurs kaléïdoscopiques, des enchaînements de situations flamboyantes », analyse Mikaël Serre. « Elle interroge également notre capacité d'aimer face à un monde de plus en plus technologique. »

 

© Gilles Abegg Opéra de Dijon
© Gilles Abegg Opéra de Dijon

 

Une œuvre inachevée


Offenbach n'a pas pu achever « Les contes d’Hoffmann ». Il meurt le 5 octobre 1880 alors que son opéra est en cours de création à l'Opéra-Comique. Il a laissé essentiellement une partition chant-piano et n'a pas pu achever l'orchestration car le maître de l'opérette avait l'habitude de retoucher son travail en répétition jusqu'à la dernière minute.

© Nathalie Zanzola/ France 3 Bourgogne
© Nathalie Zanzola/ France 3 Bourgogne


L'orchestration a donc finalement été confiée à Ernest Guiraud. Dès la création, cette œuvre a donc connu de nombreux rajouts ou coupes qu'Offenbach n'aurait pas forcément approuvés si on en croit les dernières recherches en musicologie.

Une grande liberté


« Cet inachèvement laisse une grande liberté. Chaque interprète veut proposer sa propre version. Nous, on a pris un autre parti-pris. Au lieu de donner une dernière version, de l’achever, ce serait plutôt une première version. On s’est demandé ce qu’Offenbach aurait pu faire dans ce cadre, à Dijon, avec cette petite forme, avec un tout autre arrangement musical que celui de Guiraud. On n’a pas du tout collé à cette orchestration-là. On s’est permis de couper dans la partition d’Offenbach, d’essayer des choses. Avec respect toujours !  », précise Nicolas Chesneau, le chef d’orchestre.

Nicolas Chesneau à la direction musicale de ces contes d'Hoffmann / © Nathalie Zanzola/ France 3 Bourgogne
Nicolas Chesneau à la direction musicale de ces contes d'Hoffmann / © Nathalie Zanzola/ France 3 Bourgogne

 

© Gilles Abegg Opéra de Dijon
© Gilles Abegg Opéra de Dijon

 

Le pitch

Dans sa chambre d’hôtel, la cantatrice Stella s’apprête à rejoindre la scène où elle doit interpréter le rôle de Donna Anna du Don Giovanni de Mozart. Une dispute a eu lieu avec son amant, le poète Hoffmann, dont l’ego artistique a du mal à supporter le succès de sa maîtresse, et qui noie trop souvent sa jalousie dans l’alcool.


© Gilles Abegg Opéra de Dijon
© Gilles Abegg Opéra de Dijon


Pour rétablir la paix entre eux, Stella lui laisse un mot de réconciliation sur le miroir ainsi qu’une clé, et le quitte en l’abandonnant à lui-même. Mais l’agent artistique de la cantatrice, Lindorf, qui voit d’un mauvais œil la liaison de sa chanteuse avec un poète obscur qui pourrait nuire à sa carrière, efface le message et subtilise la clé, bien décidé à les pousser à la rupture. Hoffmann se réveille peu à peu, sous le regard et les sarcasmes de sa Muse, incarnation de son inspiration poétique pour qui Stella est une rivale, tandis que la chambre est prise d’assaut par une bande de groupies de la chanteuse amenés par trois amis d’Hoffmann.


Sous les effets conjugués de l’alcool, de la dépression et du délire poétique, Hoffmann commence alors à sombrer dans un univers irréel dans lequel son amante prend tour à tour l’aspect de trois femmes chacune exprimant une part d’ombre d’Hoffmann lui-même : Olympia, l’automate qui s’effraye de se sentir humaine, Antonia, l’amoureuse qui meurt de chanter, et Giulietta, diva légère et perverse qui cherche à lui voler son reflet…
© Gilles Abegg opéra de Dijon
© Gilles Abegg opéra de Dijon

 

Le reportage de M. Barate et T. Pfeiffer
                          Prise de son : B. Rouch
                          Montage : D. Cerna


Avec pour interlocuteurs: Mikaël Serre, metteur en scène
                                         Samantha Louis-Jean, soprano

Les contes d'Hoffmann à l'opéra de Dijon