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Avec sa roulotte et son cheval, Marius le rémouleur parcourt la Côte-d'Or

Marius et Marguerite, sa jument. / © Matti Faye / France 3 Bourgogne
Marius et Marguerite, sa jument. / © Matti Faye / France 3 Bourgogne

Marius est rémouleur ambulant. Il se déplace de ville en ville en roulotte avec son cheval. Nous l'avons rencontré lors d'une étape en Côte-d'Or.

Par Matti Faye

Le convoi fait lever les regards et grandir les sourires. Il avance au pas, au rythme de Marguerite, jument de trait. Derrière elle, une roulotte vert sapin. Et Marius, casquette, lunettes rondes et barbe fournie.

Dans sa maison ambulante, il a tout ce qu'il lui faut pour vivre, mais aussi pour travailler. Car Marius est rémouleur ambulant : "Je parcours la France, de village en village. Je fais 10 à 15 kilomètres tous les trois jours et j'espère faire le Tour de France". Il a pris la route il y a quatre mois, de l'Ain, chez son père, où il a construit sa roulotte. Après 34 étapes et près de 400 kilomètres, nous l'avons rencontré un mercredi matin à Chevigny-Saint-Sauveur (Côte-d'Or), près de Dijon.
 
Marius a eu plusieurs métiers. De 15 ans à 55 ans, il a été cuisinier à Paris, avant d'affûter des couteaux dans la capitale. "J'aime les trucs qui ne sont pas comme les autres. À Paris, j'étais avec des sabots bressans, ma casquette, dans un taxi anglais, raconte-t-il. Je parcourais tous les grands restaurants de Paris. J'ai affûté les grands chefs de cuisine. Matignon, l'Élysée, Thierry Marx, Lignac… J'ai fait ça pendant cinq ans, avec ce rêve de partir en roulotte avec un cheval."
 
© Matti Faye / France 3 Bourgogne
© Matti Faye / France 3 Bourgogne

Il ne connaissait pas grand chose sur les chevaux. Mais il a appris. "Marguerite, c'est une Auxoise de quatre ans et demi. Je l'ai achetée à l'âge de deux ans. En fabriquant la roulotte, on l'a formée à marcher sur la route, à tirer une roulotte." Ce lien avec l'animal lui rappelle son enfance dans le Beaujolais : "Quand j'étais petit, j'étais avec le cheval dans les vignes. J'ai ce souvenir là."

D'ailleurs, Marius ce n'est pas son prénom, mais celui de son grand-père. L'artisan s'appelle en réalité Didier, Didier Mouche. Il a pris le nom de son grand-père lorsqu'il s'est lancé à Paris avec son taxi anglais. "Didier rémouleur, ce n'était pas possible", s'amuse-t-il. Ce sera donc Marius.

Il a construit sa roulotte de A à Z avec l'aide d'artisans. Il a ajouté à son engin une assistance électrique et un panneau solaire. "Ce qui fait que je n'ai pas besoin de deux chevaux. Un seul cheval suffit. Le deuxième cheval, c'est un moteur électrique".
 
© Matti Faye / France 3 Bourgogne
© Matti Faye / France 3 Bourgogne


Un voyage au rythme des rencontres

À chaque nouvelle étape, le rémouleur reçoit un accueil très chaleureux. "Il y a les anciens qui disent 'oh, un rémouleur. Ça existe encore ça ?'. Il y a les trentenaires qui disent 'c'est quoi un rémouleur ?'. Les enfants : 'oh elle est belle la jument'. Ils ne voient même pas qu'il y a un rémouleur."

Il fait connaître sa venue par les réseaux sociaux et par la presse. Et l'information passe bien semble-t-il. Devant la ferme du château de Chevigny-Saint-Sauveur les clients défilent. "C'est vrai qu'il y a une demande parce qu'il n'y a plus de rémouleur. Ça va de la coiffeuse qui amène ses ciseaux à la dame qui est avec son robot de cuisine."

Marius demande trois euros pour un couteau de cuisine, cinq pour un ciseau. "L'affûtage, ce n'est que pour me nourrir", dit-il. Un sponsor subvient, pour un an pour l'instant, aux frais de la jument. Il aimerait en trouver un second pour financer l'entretien et l'assurance de la roulotte.
 
© Matti Faye / France 3 Bourgogne
© Matti Faye / France 3 Bourgogne

L'affûteur a un rêve : voir sa roulotte entrer dans la cour de Matignon, la résidence du Premier ministre, au printemps. "Pendant l'hiver, je vais faire transporter la roulotte à Tours. Je ne peux pas passer le Morvan, c'est trop haut. Donc je vais faire basculer la roulotte en Tourraine. Comme ça, je vais pouvoir remonter par Orléans vers Paris. Je veux être au mois de mai à Matignon."

En attendant, il avance toujours au rythme du pas de sa jument et des rencontres qu'il fait sur sa route. "Je ne me projette pas sur du long terme. Ce qui me plaît là dedans c'est le rapport humain, qui m'a manqué un peu dans la vie de cuisinier." 
 

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