Violences faites aux femmes : des emballages de baguettes de pain comme armes de lutte

Entre le 19 et le 27 mars, le collectif féministe #NousToutes distribue 615 000 sacs à pain papier dans les boulangeries françaises. Ils sont enrichis d’un violentomètre ainsi que de numéros utiles en cas de violence d'un conjoint ou d'un ex-conjoint. À Dijon, 35 commerces y participent.

Le collectif #NousToutes lance l'action "baguettes de pain".
Le collectif #NousToutes lance l'action "baguettes de pain". © #NousToutes et Alexandra De Assunçao

Lutter contre les violences faites aux femmes grâce à des sachets de baguettes de pain ? C’est l’objectif que s’est lancé le collectif féministe #NousToutes. Entre le 19 et le 27 mars, les militant(e)s de l’organisation vont distribuer 615 000 emballages de baguettes de pain partout en France et dans les DOM-TOM. Ceux-ci ont la particularité de comporter un violentomètre ainsi que des numéros utiles à contacter en cas de violences conjugales. Un dispositif qui permettrait de toucher potentiellement 1 850 000 personnes.

À Dijon, les distributions dans les boulangeries des différents secteurs ont déjà commencé. Les 16 bénévoles dijonnais ont ainsi rendez-vous avec 35 boulangeries pour leur apporter environ 70 sachets chacune.  

Le violentomètre : qu'est-ce que c'est ?

Le violentomètre est un outil de prévention qui permet de mesurer le degré de violence dans un couple. Il facilite ainsi l'évaluation de la dangerosité de certains comportements du quotidien, parfois normalisés par les victimes. Le dispositif a d'abord été utilisé en région parisienne et par l’association « En Avant Toutes ».

Il est conçu à partir d’exemples concrets divisés en trois catégories, de la plus saine à la plus dangereuse : "profite" ; "vigilance, dis stop" et "protège-toi, demande de l'aide". Les comportements les plus sains sont ainsi représentés en vert : «respecte tes décisions, tes désirs ou tes goûts » ou "s'assure de ton accord pour ce que vous faites ensemble". La deuxième catégorie, colorée en orange, appelle à la vigilance face à des attitudes telles que "te fais du chantage si tu refuses de faire quelque chose" en passant par "te manipule" ou "t'isole de tes proches". Enfin, le degré le plus nocif, coloré en rouge, rapporte des actions telles que "t'oblige à avoir des relations sexuelles" ou encore "te menace avec une arme". De cette manière, une vingtaine de comportements sont rapportés afin de favoriser la prise de conscience. 

Le violentomètre permet d'évaluer le degré de violence de certains comportements du quotidien.
Le violentomètre permet d'évaluer le degré de violence de certains comportements du quotidien. © #NousToutes

 La baguette est vraiment l’objet du quotidien en France. Elle peut vraiment devenir un instrument efficace de prévention.

Valentine Morel, du comité local #NousToutes de Dijon

Les boulangeries sont de véritables lieux stratégiques pour faire passer des messages : « Même avec les confinements ou les couvre-feux, les boulangeries restent ouvertes. Les gens continuent d’y aller, comme à la pharmacie ou dans les supermarchés » explique Valentine Morel militante du comité #NousToutes de Dijon. En France, près de 6 milliards de baguettes de pain sont conçues chaque année. « La baguette est vraiment l’objet du quotidien en France. Elle peut vraiment devenir un instrument efficace de prévention. Mettre ces informations sur des sacs à pain peut-être vraiment utile pour les femmes afin de mettre parfois en lumière le degré de violence auquel elles font face » précise la militante. Comme une bouteille à la mer dans le fléau des violences conjugales, le collectif #NousToutes espère ainsi éveiller les consciences sur certains gestes du quotidien parfois toxiques. Ils souhaitent également apporter des aides en indiquant des numéros de téléphones appropriés, tel que 39 19.

Une sortie anodine 

En effet, ce dispositif s’adresse à toutes. Certaines femmes isolées sont parfois privées de sorties par leur conjoint. Le déplacement à la boulangerie, cette sortie anodine, peut alors être synonyme d'une véritable bouffée d’air frais. Un message de prévention à destination des femmes victimes ou témoins, mais également des hommes : « On espère toucher aussi les hommes, qu’ils se rendent compte aussi, et apporter une certaine éducation. On aimerait vraiment qu’il y ait plus de formation à l’écoute » souligne la militante Valentine Morel.

Une mobilisation massive

Cette initiative inspirée par la maire de Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis) a été rendue possible grâce à une cagnotte mise en ligne sur la plateforme Leetchi. Ainsi, plus de 32 700 euros ont été récoltés pour l’impression de ces sachets de baguettes de pain. Ils ont ensuite été envoyés dans toute la France et sont distribués dans des boulangeries favorables à cette action, par les 3 000 militant(e)s bénévoles. « L’objectif initial était de 10 000 euros. Il a été dépassé en deux jours. Ils ont donc augmenté progressivement le plafond de la cagnotte » rapporte Valentine Morel.

 

Le collectif #NousToutes a été fondé en juillet 2018 en réaction aux violences sexistes et sexuelles. Chaque année, 225 000 femmes sont victimes de violences physiques ou sexuelles en sein de leur couple. Depuis le premier janvier 2021, 24 femmes ont été tuées par leur conjoint ou leur ex-conjoint. Au cours de l'année 2020, 100 féminicides ont été perpétrés. Avec la crise sanitaire, on recense une hausse de 60% des signalements de violence, notamment en raison des confinements.

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