COVID-19 : les éleveurs sont appelés à ne plus vendre leurs animaux tant qu’on ne leur propose pas un juste prix

Depuis le début de la crise du Covid-19, la consommation de viande augmente. En revanche, le prix payé aux agriculteurs par les industriels et la grande distribution diminue. Conséquence : un appel à la grève des animaux, lancé depuis mi-avril partout en France.
 

© R. Ho-A-Chuck

Qu’est-ce que la crise du coronavirus Covid-19 met en lumière ?

C’est un signe qui interpelle : quand des voix très différentes décident de s’unir, c’est que la situation est devenue intenable.
C’est ce qui se passe en ce moment : la FNB (Fédération nationale bovine), les JA (Jeunes Agriculteurs) et la Confédération paysanne ont lancé un appel commun aux éleveurs. Ils leur demandent de garder leurs animaux à la ferme et de ne pas les vendre, tant que la grande distribution et les abatteurs ne leur proposeront pas un prix correct.

Depuis que la crise du coronavirus Covid-19 a commencé et que les gens sont confinés chez eux, ils font davantage la cuisine. Résultat : la consommation de viande bovine a augmenté : + de 18 % en valeur et en volume.

Les prix aussi ont augmenté et les consommateurs payent la viande plus cher.

Mais là où ça coince, c’est que les prix payés aux éleveurs continuent à s’effondrer, déplore Emilie Jeannin, éleveuse de bovins à la ferme de Lignières, en Côte-d’Or.
"Le consommateur achète la viande hachée une douzaine d’euros le kilo. Là-dessus, seulement 25 à 30 % vont dans la poche de l’éleveur. Ce n’est pas normal que les abatteurs et les grandes surfaces empochent deux tiers de la valeur, alors que ce n’est nous qui travaillons et nourrissons les animaux pendant trois à quatre ans. D’autant qu’on doit payer aussi les frais de vétérinaire, de bâtiments, etc."

 
Emilie Jeannin, éleveuse
Emilie Jeannin, éleveuse © Dalila Iberrakene
 

Reportage à Tavernay, en Saône-et-Loire : Valentin Chatelier, Romy Ho-A-Chuck

Avec : 

Pourquoi les élevages sont-ils menacés partout en France?


"Les industriels et la grande distribution baissent les prix payés aux agriculteurs et achètent bien en-dessous du prix de revient, ce qui met en péril la viabilité des élevages partout en France", confirment les syndicats agricoles qui ont décidé de passer à l’action.

Emilie Jeannin, qui est adhérente de la Confédération paysanne, va suivre le mot d’ordre."De la même façon qu’il y a eu une grève du lait il y a quelques années, cette fois on va lancer une grève de la viande. Cela veut dire qu’on va garder les animaux à la ferme et qu’on ne les vendra pas, tant que les prix qu’on nous propose resteront en-dessous des prix de production."

Engager un bras de fer implique des efforts, reconnaît l’éleveuse de Bourgogne : "cela va nous coûter plus cher de garder nos animaux, car il faut les nourrir. Mais, en ce moment, il y a de l’herbe dans les prés. Et même si la sécheresse menace, on tiendra. Combien de temps ? On verra, mais on tiendra pendant un certain temps, c’est sûr."


Pour Emilie Jeannin et ses collègues éleveurs, la situation ne peut plus durer. "Quand le gouvernement a lancé les Etats-Généraux de l’alimentation en 2017, le but était de mieux répartir la valeur et mieux rémunérer les éleveurs. Or, on s’aperçoit que rien n’a changé.

Le président de la Fédération nationale bovine a alerté les pouvoirs publics, mais il n’a toujours pas reçu de réponse. On perd de l’argent et le gouvernement ne réagit pas. Il faut savoir que le prix de production d’une vache charolaise est en moyenne de 4,72 euros par kilo de carcasse. Or, on est payé moins de 3,40 euros par kilo.
 

On est dans une société où les gros n’ont pas de comptes à rendre. Mais, ils n’ont aucune excuse, il faut qu’ils s’expliquent. Emilie Jeannin. 

 





 

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