Covid-19 : "on ne peut plus tenir, on ne tient plus", face à la cinquième vague, le cri de détresse des soignants de l’hôpital de Besançon

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Écrit par Sophie Hienard
Au CHRU Minjoz, 97 lits ont été fermés ces deux dernières années et 42 ont été gelés en raison du manque de personnel.
Au CHRU Minjoz, 97 lits ont été fermés ces deux dernières années et 42 ont été gelés en raison du manque de personnel. © Florence Petit - France Télévisions

Au CHRU Minjoz de Besançon, le personnel hospitalier alerte sur le manque de moyens, l’épuisement des soignants dans un contexte de reprise épidémique.

Ses yeux se ferment doucement, puis s’ouvrent à moitié. Ses lunettes s’embuent, légèrement. Carole Duchez prend une grande inspiration. Cette aide-soignante, responsable syndicale SUD au CHSCT, raconte : « Ce qu’on vit tous les jours dans les services, c’est tellement fatigant, déshumanisant, pour les patients pour nous que… Je ne sais pas comment les choses peuvent évoluer, surtout avec une cinquième vague qui arrive. »

C’est un constat partagé par beaucoup au CHRU de Besançon. L’hôpital public ferme des lits : 97 ont été condamnés ces deux dernières années, et 42 viennent d’être gelés, faute de personnel, d'après le syndicat SUD. Très critique envers la stratégie étatique de l’hôpital public, Laurent Thines, neurochirurgien et représentant local du collectif Inter-Hôpitaux, ne mâche pas ses mots. Le médecin entonne, l’air grave : « Quand on entend son ministre de la santé qui ment en permanence sur les plateaux télé, dans les interviews, en disant qu’il n’y a pas de suppressions de lit à l’hôpital, alors qu’au CHRU de Besançon, il y a une centaine de lits qui ont été fermés à l’hôpital, c’est juste insultant. »

Une dynamique qui semble peser sur l’hôpital, comme l'explique l’aide-soignante Carole Duchez : « Les lits fermés, ce n’est jamais une bonne nouvelle. On voit depuis plusieurs années que les lits ferment, ce qui surcharge les lits qui restent, et qui épuisent le personnel. On est dans un cercle vicieux. »

Le découragement du personnel soignant

« Le personnel est épuisé, physiquement, psychiquement. Le covid nous a demandé beaucoup d’effort, beaucoup d’adaptation et on ne peut plus tenir, on ne tient plus. Les gens sont épuisés », reprend Carole Duchez, du syndicat SUD. L’absentéisme grimpe à 10,5%, quand la moyenne annuelle tourne habituellement autour de 6%.

Un chiffre qui ne surprend malheureusement pas Leslie Casenove, infirmière. Cette responsable syndicale SUD au CHSCT indique : « La charge de travail est importante dans les services. Les possibilités de remplacement dans les services sont devenues minimales, c’est-à-dire que les agents se remplacent entre eux d’un service à l’autre. Et à un moment, quand on ne peut plus, on ne peut plus. »

« Des services qui sont à l’os »

Cet appel à l’aide, c’est un cri de souffrance, étouffé depuis une vingtaine d’années. D’après le neurochirurgien Laurent Thines, si le covid a mis un coup de projecteur sur les conditions de travail de l’hôpital public, il ne peut effacer les restrictions budgétaires qui ont été mises en place jusque-là : « La situation n’est pas tendue, elle est catastrophique à l’hôpital. Ces vingt à trente ans de politique qui ont été menés contre l’hôpital public nous amènent à avoir des services qui sont à l’os, alerte le Professeur. Pour tous les services, on est à l’effectif minimal voire un peu en dessous de l’effectif nécessaire pour fonctionner au quotidien. Et on ne peut plus gérer les variations de personnel, les absences pour congés maternité, pour congés maladies. »

Et pour Carole Duchez, aide-soignante, les conséquences ne concerneront pas uniquement le personnel soignant : « On n’a pas été entendus, et malheureusement, ce sont les patients qui en payent le prix. » Et cela est déjà visible, dans plusieurs services. Leslie Casenove, infirmière et responsable syndicale SUD, prend un exemple : « Le service de maladie infectieuse a 20 patients, dont dix de covid. Sur le nombre d’infirmières présentes, il y en avait qu’une le matin et une l’après-midi pour 20 patients. C’est du jamais vu dans ce service, qui a été un service dédié au covid, où il y a eu beaucoup de moyens qui ont été mis en place pour faire face à cette situation. »

60 postes de déficit

Des conditions de travail et d’accueil dégradées qui nuisent aussi au renouvellement des troupes. Cette année, il y a eu 656 départs pour 596 arrivées, d'après le syndicat SUD. Soit 60 postes de différence, de déficit. Carole Duchez, du syndicat SUD, reprend : « Beaucoup de gens quittent l’institution de l’hôpital parce qu’ils sont désabusés, déchantés, et ce qu’ils imaginaient de leur profession ne ressemble pas à la réalité des faits : une surcharge de travail quotidienne, pas de temps pour s’occuper des gens, pas l’humanité qu’ils attendaient et donc ils vont voir ailleurs. Certains de nos collègues envisagent même de changer de profession. »

Et c’est d’autant plus difficile pour celles et ceux qui viennent de sortir d’école. Car leurs premières expériences risquent de trahir l’image idéalisée qu’ils et elles auraient pu avoir du métier. Ce que l’aide-soignante du syndicat SUD, détaille : « Les jeunes professionnels quand ils viennent en stage dans les services, quand ils voient la réalité du travail, ils n’ont pas envie de rester. Peu de jeunes diplômés postulent à l’hôpital parce qu’ils n’ont pas envie de vivre ça. »

A l’aube d’une cinquième vague, l’hôpital se tient prêt, debout, mais frêle, fragilisé par un contexte sanitaire difficile. Le CHRU de Besançon, comme de nombreux établissements de Bourgogne-Franche-Comté, se sont déclarés comme « hôpital en tension ». Une manière de signifier à l’ARS la très forte fréquentation des urgences et donc la tension accrue sur les lits. Actuellement, seul le Centre Hospitalier Intercommunal de Haute-Comté à Pontarlier a déclenché son plan blanc, dispositif pour « mobiliser immédiatement les moyens de toute nature dont il dispose en cas d’afflux de patients, ou pour faire face à une situation sanitaire exceptionnelle. »

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