Intermittents du spectacle : l'année blanche prolongée, "c’est une pièce de monnaie à la sortie de l’église"

Annoncée mardi 11 mai par les ministères de la Culture et du Travail, la prolongation, jusqu’en décembre 2021, de l’année blanche est loin de satisfaire les intermittents du spectacle qui continueront à occuper les lieux culturels comme le centre dramatique national à Besançon (Doubs).

La coordination intermittents et précaires de Franche-Comté occupe le CDN de Besançon.
La coordination intermittents et précaires de Franche-Comté occupe le CDN de Besançon. © France Télévisions

Le CDN de Besançon, le Centre Dramatique National, est occupé depuis le 11 mars. 62 jours aujourd’hui. " Notre motivation est entière et non-usée " prévient Christophe Gaiffe. L'annonce de la prolongation de l'année blanche, ne règle pas tout.

"Sur ma dernière déclaration d’impôts, j’ai inscrit une perte de 40% de mes revenus. Qui peut supporter ça ?" réagit Christophe Gaiffe, coordinateur des Intermittents et Précaires de Franche-Comté, et régisseur son depuis 40 ans. Il est intermittent depuis 34 ans, Christophe Gaiffe ne digère pas l’annonce des ministères de la Culture et du Travail de prolonger, jusqu’en décembre, l’année blanche pour les intermittents. Le dispositif avait été prolongé déjà jusqu'au 31 août.

" C’est une aumône, un saupoudrage, on a l’impression qu’on nous donne une pièce de monnaie à la sortie de l’église, qu’on donne aux gueux pour ne pas qu’ils meurent de faim la journée. Ce que le gouvernement nous donne ce n’est pas une année blanche, c’est un « quadrimestre » blanc. Je suis outré par ce comportement " dit-il. Pour Pedro Theuriet, intermittent, la réaction est un poil plus nuancé : "quatre mois en plus, c’est bien, mais c’est court, ce n’est pas suffisant " selon lui.

" Que le gouvernement nous donne ce qu’on veut maintenant "

« L’année blanche » avait été décidée en mai 2020 par le chef de l'Etat, Emmanuel Macron, pour les intermittents du spectacle qui n'avaient pas pu faire les 507 heures requises pour pouvoir percevoir des indemnités de chômage en raison de la fermeture des théâtres, des cinémas et de l'annulation des grands festivals d'été.

Mais les intermittents ne veulent pas d’un " quadrimestre ". Ils veulent une "année complète" et le retrait de la réforme de l'assurance chômage qui entrera en vigueur le 1er juillet menaçant de diminuer les allocations mensuelles des intermittents de l'emploi (guides conférenciers, employés dans la restauration, l'événementiel etc.)

" On ne s’est pas encore parlé en assemblée générale mais qu’est-ce qui changera entre maintenant et la fin de l’année. Rien ? Donc que le gouvernement nous donne ce qu’on veut maintenant " s’indigne Christophe Gaiffe.

Le dispositif des heures de travail est assoupli pour les intermittents de moins de 30 ans

La prolongation de l'année blanche jusqu'en décembre sera suivie en 2022 de mesures d'aide pour accompagner la reprise d'activité de quelques 120.000 professionnels du spectacle vivant en France. A ce dispositif s'ajoutent deux volets, dont un dédié uniquement aux jeunes intermittents de moins de 30 ans. Pour obtenir l'assurance chômage, ils devront justifier de 338 heures de travail sur douze mois contre 507 heures actuellement. " Ca sauvera quelques personnes, peut-être ceux du théâtre, car j’ose espérer qu’ils reprendront quelques tournées, mais c’est tout ", analyse Pedro Theuriet, intermittent depuis 27 ans.

Le troisième volet est un dispositif d'aide à l'emploi doté de 30 millions d'euros et qui va être également mis en place dans le but d'accompagner le retour des intermittents à l'emploi.

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
spectacle vivant culture covid-19