Le Blob et le réchauffement climatique : 451 volontaires participent en Bourgogne et Franche-Comté à une vaste expérience de science participative

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Le blob fascine. Ce n’est ni un animal, ni un végétal, ni un champignon. Il n’a pas de cerveau et pourtant cet organisme unicellulaire est capable d’une forme d’apprentissage.  En Bourgogne et en Franche-Comté, 451 volontaires participent à une expérience de science participative exceptionnelle. L’objectif de cette étude intitulée « Derrière le blob, la recherche »  est d’analyser l’impact du réchauffement climatique sur les blobs.

 « Ils sont à fond ! » s’enthousiasme Linda Gally à propos de ses élèves de première générale du Lycée agricole de Fontaines en Saône et Loire. Ces lycéens participent à une vaste expérience de science participative qui fascine tous ceux qui commence à s’y intéresser. 

Cela intrigue ! Les élèves, les collègues, le personnel du lycée, tout le monde vient voir notre expérimentation.

Linda Gally, enseignante en biologie et écologie au LEGTA de Fontaines

C’est en lisant une revue scientifique que Valérie Fajerman, enseignante en physique chimie au lycée agricole a découvert cette fantastique expérience de science participative initiée par le docteur Audrey Dussutour, directrice de Recherche CNRS à Toulouse et spécialiste reconnue des blobs. C'est elle qui pilote cette expérience de science participative qui réunit 13 700 volontaires. Voici la carte des volontaires en Bourgogne Franche-Comté.

Pour qu’une expérience soit valable, il faut qu’elle soit répétée de nombreuses fois. La précédente expérience menée par Audrey Dussutour a été réalisée sur 4000 blobs. Et le résultat est palpitant.

L’apprentissage n’est plus réservé à des organismes avec un cerveau, le blob est capable d’une forme d’apprentissage et d’une optimisation de ses déplacements pour assimiler sa nourriture.

Audrey Dussutour, directrice de Recherche CNRS à Toulouse

C’est ce qu’explique cette video tournée pour Arte. Ne manquez pas l’explication sur les goûts alimentaires des blobs !

Le blob n'a pas de cerveau mais il fait des choix

Blob est en fait le surnom des Physarum polycephalum, cela vient du titre d’un film américain de science-fiction tendance horrifique sorti en 1988. Ce petit organisme jaune vit naturellement dans les forêts, à l’abri de la lumière et sur des sols humides. Petit à petit, il grandit et se déplace pour trouver de la nourriture. Le blob est une cellule unique qui n’a pas de cerveau, pas de système nerveux.

« Le blob n’est composé que d’une seule cellule de très grande taille, explique le site du CNRS,  mais elle comprend des millions de noyaux (qui contiennent chacun une copie de son ADN) »

Pour l’expérimentation, deux espèces de Physarum ont été sélectionnées et envoyées aux familles, scientifiques, écoles, lycées qui ont été retenus par le CNRS. Cette expérience est accessible à tous à partir de 8 ans mais elle est exigeante.

Julymar Rodriguez et Aurélien Boucher, deux chercheurs du laboratoire Utinam de l’université de Franche-Comté, élargissent ainsi leurs connaissances. Ils préparent des thèses sur l’électro-polissage. Rien à voir avec la biologie.

« La biologie n’est pas notre cœur de métier mais cela a éveillé notre curiosité scientifique » précise Aurélien Boucher. Avec sa collègue, ils viennent sept jours sur sept à l’université faire les manipulations détaillées dans les protocoles envoyés par l’équipe du CNRS.

Avant de commencer l’expérimentation, il a fallu « réveiller » et nourrir les blobs. « Lorsque les conditions environnementales se détériorent, explique le site du CNRS, le blob va former un sclérote, un état dormant très résistant aux conditions externes : le blob attend que son environnement soit de nouveau favorable à sa croissance. C’est sous cette forme de sclérote qu’il peut être transporté facilement et que le CNRS l’a envoyé aux volontaires sélectionnés. »  

Une expérience 7 jours sur 7

Au lycée de Fontaines, les 31 élèves ont constitué des groupes de 4 pour se relayer tous les midis auprès des blobs. Ils manipulent les boites de Pétri, coupent, alimentent, photographient les blobs et ils prennent des notes. Le week-end, des lycéens rentrent chez eux, avec les blobs.

Cela apprend la rigueur scientifique, l’implication dans le temps, l’importance de l’hygiène, de la précision.

Linda Gally, enseignante en biologie et écologie.

Les lycéens bourguignons n’ont pas encore commencé l’expérimentation. Les chercheurs bisontins sont en pleine expérience.

Aurélien Boucher n’avait jamais entendu des blobs avant de recevoir le mail de leur directrice de thèse transmettant l’initiative du CNRS. Du coup, il a recherché des publications sur les blobs

Au laboratoire, nous communiquons beaucoup sur les blobs, c’est nouveau pour nous. Du coup, les visiteurs de l’IUT viennent voir l’expérience Aurélien Boucher

Aurélien Boucher, doctorants laboratoire Utinam

Avec Julymar Rodriguez, après une semaine de préparation,  ils ont prévu quinze jours d’expérimentation. «

Au début, cela nous prenait 1h30 le matin et le soir. Maintenant, c’est plutôt 45à 50’ deux fois par jour.

Aurélien Boucher

Que faut-il faire ? Cela serait trop long à détailler. Sur la page facebook de « Derrière le blob, la recherche » et sur le site du CNRS, de nombreuses videos détaillent comment respecter les protocoles.

« Les participants complètent des fiches de relevés et prennent des photos quotidiennement de leurs expériences. De plus, complète Audrey Dussutour, nous leur avons bien expliqué qu’une expérience scientifique dépend de l’honnêteté des expérimentateurs et que les erreurs sont humaines, mêmes les chercheurs en font.  Il faut simplement les signaler, pour les prendre en compte lors des analyses ».

L’objectif est d’exposer les blobs à différentes températures ambiantes en reproduisant ce qui a été constaté dans le cadre réchauffement climatique. Les vagues de chaleur présentent de multiples caractéristiques, notamment leur intensité, leur fréquence, leur durée. Il est généralement admis que l'intensité, la fréquence et la durée des vagues de chaleur ont toute trois augmenté depuis quelques années.

Lors du projet “Derrière le blob, la recherche”, vous n’allez donc pas vous contenter d'augmenter la température, vous allez chercher à étudier les effets de la durée, de l’intensité et de la fréquence des vagues de chaleur.

CNRS

Ce sont des lampes chauffantes dont les hauteurs ont été préalablement calibrées qui permettent d’obtenir les différentes températures demandées. L’étude devrait prendre fin en juin 2022. Toutes les données seront collectées et analysées par l’équipe du CNRS dirigée par Audrey Dussutour. Il faudra sans doute des mois de travail pour que les blobs nous livrent une nouvelle facette de leur fascinante vie.